La grande distraction

La semaine dernière, j’ai eu l’occasion de présenter un court atelier avec mon collègue @jpronb dans le cadre du Colloque des directions d’établissement scolaire francophone du Canada à Québec. La journée était animée par @thierryUdM. Il y avait environ 50 participants.

Après la conférence d’ouverture de Thierry Karsenti, un des participants a raconté au groupe l’impact qu’avait eu le iPad pour un des élèves de son école primaire. Un jeune garçon, appelons-le Simon, avait beaucoup de difficultés en mathématiques. Grâce au iPad et à quelques applications bien choisies, Simon est devenu le meilleur de sa classe en addition et en soustraction. Wow! Ce n’est pas rien. Quel impact, en effet!

Les limites de la technologie

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Selon le participant, qui est en fait le directeur de l’école, Simon n’avait pas de bonnes habiletés sociales. Il était différent quand il n’avait pas accès au iPad. De sorte que la direction remettait en question les bienfaits du iPad dans son école. Ça m’a fait réfléchir. La technologie a sans doute ses limites. La technologie ne peut pas tout faire. Et comme le dirait George Couros, si on place la technologie entre les mains d’un bon pédagogue, on peut transformer l’expérience d’apprentissage des élèves. Mais que faire pour Simon?

Empathie

Si je me place dans la peau du jeune Simon, je peux très bien m’imaginer comment il a dû se sentir avant de devenir le meilleur de sa classe en mathématiques. Selon le directeur, Simon était un élève en retrait, avait de la difficulté à se faire des amis et n’avait pas beaucoup de succès à l’école. Le iPad lui a permis de se démarquer, de vivre du succès. À l’école. Quand on devient le meilleur de sa classe en mathématiques, notre statut social change. À sa place, moi non plus je ne voudrais pas me défaire du iPad. Comme adulte, quand on trouve un outil technologique qui améliore notre rendement, notre efficacité, on ne veut pas s’en défaire! Pensez à votre cellulaire, par exemple. Pour Simon, un jeune garçon du primaire… Hmmmm. Le problème, ce n’est pas le iPad. Il faut voir dans le comportement de Simon, le réel besoin de l’enfant… et les limites d’un outil.

Le iPad lui a permis de se démarquer, de vivre du succès. À l’école. Quand on devient le meilleur de sa classe en mathématiques, notre statut social change. À sa place, moi non plus je ne voudrais pas me défaire du iPad. @bourmu

Les usages de la technologie

Dans sa conférence d’ouverture, Thierry Karsenti mentionnait que la clé dans l’intégration de la technologie, c’est que nous devons tous être techno-réfléchis. Il faut comprendre comment un outil peut nous aider, ou aider les élèves. Il faut aussi reconnaître quand un outil n’aide pas ou n’a pas d’impact. Dans le cas de Simon, le iPad a fait son travail. En effet, il a permis à Simon de s’améliorer beaucoup en mathématiques. Il est même devenu très motivé, voire engagé. Si ses habiletés sociales se sont déterriorées, c’est qu’il a besoin de soutien d’un être humain pour développer cet aspect de sa personne. Il faut également savoir que Simon se sent très en confiance avec son iPad puisqu’il a vécu du succès grâce à l’outil. S’il vit du succès socialement grâce à l’appui d’une personne, il se sentira aussi en confiance avec cette personne. C’est logique. Il faut simplement y penser et faire preuve d’empathie. Il faut se souvenir que ce sont les usages de la technologie qui la rendent utile ou non. Et les usages, ce sont les usagers qui en sont responsables.

Il faut se souvenir que ce sont les usages de la technologie qui la rendent utile ou non. Et les usages, ce sont les usagers qui en sont responsables. @bourmu

Au-delà de l’histoire de Simon

L’histoire du petit Simon m’a beaucoup fait réfléchir. Je me suis demandé ce qui arriverait à Simon si on lui enlevait l’outil qui lui donnait un sentiment de confiance. Ça m’a ensuite amené à réfléchir aux élèves de nos écoles intermédiaires et secondaires. Ils ont pratiquement tous un cellulaire. Laissez-moi reformuler. Pratiquement tous les élèves à partir de la 4e-5e année ont un appareil mobile qui leur donne accès à Internet. À tout le savoir de l’humanité. À toutes les personnes branchées, bonnes et moins bonnes, de notre planète. Dans bien des cas, on leur demande d’éteindre, de fermer, de cacher, de déposer leur cellulaire pendant les cours. Parce que sinon, ils sont distraits. Ils n’écoutent pas. Finalement, Simon, il représente tous nos élèves. Tous nos élèves sont branchés, ont un pouvoir (empowered) inégalé grâce à leur appareil mobile… entre les cours et après les heures de classe. Quand ils arrivent en classe, on leur demande de ne pas utiliser leur meilleur outil. Et on se demande pourquoi ils sont désengagés.

Finalement, Simon, il représente tous nos élèves. Tous nos élèves sont branchés, ont un pouvoir (empowered) inégalé grâce à leur appareil mobile… entre les cours et après les heures de classe. @bourmu

Ah, moé, toé, là!adobe-spark-2

Dans un récent billet (Focusing on What Students Can Do), George Couros mentionnait que les élèves en ont assez de se faire parler de cyberintimidation. De se faire parler des choses qu’ils ne doivent pas faire avec la technologie. Il nous invite à mettre l’accent sur ce que les élèves sont capables de faire, sur ce qu’ils peuvent et/ou devraient faire. Nos élèves ont besoin de modèles et d’être accompagnés.

Ah, moé, toé, là! Quand vient le temps de parler de la place des cellulaires à l’école, je crois que ces mots vont bien aux élèves, qui en ont assez de se faire enlever leur outil. Et dans plusieurs cas ces mots vont aussi bien aux enseignants et aux directeurs, qui en ont assez de gérer cette distraction. Pourtant, cette distraction qu’est le téléphone intelligent amène les élèves, par leur désengagement, à nous fournir de précieux indices quotidiennement sur leur besoin d’être connectés, d’être engagés, d’être, et j’ose, «Empower-és». Or dans bien des cas, ces indices sont perçus comme du désengagement, un manque d’intérêt ou encore de la délinquance. Ah! la grande distraction. Et si on les utilisait intelligemment en salle de classe, ces outils? Je ne parle pas ici de seulement les permettre. Ce n’est pas suffisant. Il faut repenser notre pédagogie. Soyons techno-réfléchis! Comment peut-on mettre en valeur, démontrer le potentiel incroyable que nous offre l’accès à Internet? En réalité, les élèves nous attendent, cellulaire en poche. Ce point d’accès auquel ils n’ont point accès.

En réalité, les élèves nous attendent, cellulaire en poche. Ce point d’accès auquel ils n’ont point accès. @bourmu

Empowerment

Quoi qu’il en soit, toutes les écoles travaillent très fort pour la réussite scolaire de leurs élèves. On parle souvent de l’engagement des élèves. De l’engagement intellectuel. Et bien, je crois qu’il y a eu de l’inflation à cet effet. On veut que les élèves soient engagés, oui. Mais sans leurs outils. Engagés dans notre monde, notre pédagogie. Ça ne fonctionne pas. Avec les cellulaires, avec un accès à internet, avec de l’empathie, de l’accompagnement à la manière d’un entraîneur personnel, les enseignants ont tous le pouvoir de transformer l’expérience d’apprentissage de leurs élèves, de développer leur savoir-publier, leur savoir-devenir. Engagement intellectuel et Empowerment! Bonne nouvelle! Pratiquement tous les élèves ont un appareil mobile! Deuxième bonne nouvelle! Vous pouvez commencer dès maintenant!

La chose importante à garder en tête est qu’il ne faut jamais attendre une minute pour commencer à changer le monde. Anne Frank

Merci de vos commentaires

2 réflexions sur “La grande distraction

  1. Très bon texte. J’aime la référence techno-réfléchis… J’accompagne des enseignants avec divers projets où on utilise des technologies et je questionne souvent sur la pertinence d’un outil dans le contexte où il est utilisé. Et j’adore la phrase suivante «Ce point d’accès auquel ils n’ont point accès». Comme c’est vrai! Je vais sûrement vous l’emprunter, en citant bien la source, évidemment.

    1. Merci du commentaire, Gary. C’est bien apprécié. Quand j’ai entendu Thierry Karsenti parler de Techno-réfléchis, ça m’a allumé. L’histoire du jeune Simon également. L’accès à internet est à mon avis le héros obscur du virage au numérique. Ça change tout, pour tout le monde. Pas simplement pour les enseignants. Bon succès dans tes accompagnements. C’est très important comme rôle🙂

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