Il faut se questionner pour innover

Mardi dernier, j’offrais la conférence La puissance du leadership pédagogique au personnel du Collège Pasteur, à Montréal. Je me sens toujours privilégié d’avoir la chance de rencontrer de nouvelles personnes en éducation. Des gens qui façonnent des vies au quotidien. Cette rencontre pédagogique était organisée dans le cadre de la Semaine des enseignantes et des enseignants et se voulait une occasion de parler pédagogie et de réfléchir ensemble aux possibilités qui s’offrent aux pédagogues dans le monde d’aujourd’hui. Particulièrement pour ceux et celles qui exercent un leadership pédagogique intentionnel et conscient au quotidien.

Quand je suis appelé à donner une conférence, on s’attend à ce que je présente des idées concrètes qui peuvent inspirer les gens et les amener à voir les choses autrement. À voir des possibilités qu’ils ne voyaient pas avant. C’est l’idée, n’est-ce pas? Mais les moments les plus riches pendant ma conférence sont, à mon avis, les moments où j’arrête de parler, que je donne le micro aux participants et que j’écoute leurs idées, leur vision des choses, leurs doutes, leurs inquiétudes, leurs questions, leurs innovations, leur vécu. Après tout, ce n’est pas ce que j’ai à dire qui est si important. C’est ce qu’ils pensent et ce qu’ils ressentent. La conférence est un prétexte pour échanger. Pendant ces moments d’échanges, j’apprends énormément. Nous avons tellement à apprendre de nos collègues, de leur vécu. Je vous partage aujourd’hui deux faits saillants de mes interactions avec le formidable personnel du Collège Pasteur.

Pour innover, il faut se poser les bonnes questions.

1er fait saillant. En parlant de pédagogie et des approches qui favorisent l’apprentissage, nous avons discuté de l’importance du processus. De donner le temps requis aux élèves pour faire les apprentissages. Les élèves n’apprennent pas tous au même rythme alors comment innover à l’intérieur de la boîte et leur donner une certaine flexibilité quant à leur rythme d’apprentissage? Un participant disait : «Ce sont de belles paroles, de belles idées. J’aimerais savourer plus de temps avec mes élèves en difficulté, mais j’en ai 29 autres qui me demandent de l’attention. Il y a une question de temps et de nombre. Comment je peux faire, concrètement?»  J’ai trouvé la question tellement bien formulée et tellement sincère. Et ça m’a frappé. J’avais partagé plus tôt que dans l’exercice de mes fonctions, je suis appelé à accompagner des écoles. J’expliquais aux participants que je n’arrive pas dans les écoles avec des réponses et un plan d’action déjà établi. J’arrive avec des questions. Nous partons des questions qui nous interpellent, nous avons des conversations et ensuite nous prenons les décisions et les actions qui nous semblent les plus pertinentes. C’est un cheminement. Pour innover, il faut se poser les bonnes questions. Le participant venait de poser une excellente question. «Comment je peux faire, concrètement, pour personnaliser mon enseignement quand j’ai 30 élèves?» Et là une autre membre du personnel a ajouté : «Bien moi, je ne suis pas tout à fait en accord. On peut prendre les forces de certains élèves pour aider d’autres élèves. Je réussis à le faire par exemple dans mes tâches d’écriture. J’invite les élèves forts à appuyer leurs amis en classe. C’est donc possible de passer plus de temps avec les élèves.» Si nous avions eu plus de temps, je peux simplement m’imaginer le nombre d’idées ou de possibilités le personnel aurait pu générer pour innover et se donner plus de temps avec chacun de leurs élèves. Pour innover, il faut se poser les bonnes questions. On dit que l’éducation vit un changement de paradigme grâce à Internet et aux nouvelles technologies. Que notre rôle d’enseignant n’est plus de transmettre de la matière mais de développer les compétences des élèves. Alors voici quelques questions qui peuvent nous permettre d’innover en salle de classe.

  • Comment doit-on planifier nos cours si nous ne sommes plus le point d’accès à la connaissance?
  • Comment la 1re question vient-elle redéfinir mon rôle et celui de l’élève?
  • Quelle démarche pédagogique, quels contextes permettent de développer les compétences de mes élèves?
  • Est-ce que tous les élèves doivent faire la même chose au même moment?
  • Comment les forces de mes élèves sont-elles mises au service de l’apprentissage dans ma salle de classe?
  • Comment ma démarche pédagogique permet-elle aux élèves de découvrir le programme? Parce qu’on ne couvre pas le programme, on le découvre.
  • Comment la démarche pédagogique active-t-elle les élèves?

«Comment je peux faire, concrètement, pour personnaliser mon enseignement quand j’ai 30 élèves?»

«Il faut évaluer pour enseigner.»

2e fait saillant. En discutant de la culture de l’évaluation qui prend souvent le dessus sur le quotidien, un participant a affirmé : «Mais il faut être prudent. Il ne faut pas exagérer avec l’évaluation. En fait, il ne faut pas enseigner pour évaluer. Il faut évaluer pour enseigner.» J’ai trouvé le choix de mots très intéressant. J’ai l’habitude d’entendre Évaluation au service de l’apprentissage. D’entendre qu’il faut évaluer pour enseigner laisse croire que l’enseignement vient après l’évaluation. Que l’évaluation, ce n’est pas la fin de la démarche pédagogique, c’est le début. Si l’acte d’enseigner doit mener à l’apprentissage, et non à un bulletin ou à registre de notes bien garni, il est logique de penser que l’évaluation informe et active la pratique professionnelle, dont la raison d’être est l’apprentissage d’un élève. Un peu plus tôt pendant la conférence, le même participant disait qu’il faut amener nos élèves à apprendre à apprendre. Quand on évalue, on constate s’il y a eu apprentissage ou non. S’il n’y a pas eu apprentissage, est-ce que la démarche d’enseignement s’arrête là? Ça dépend? De quoi? Un collègue m’a déjà dit : «Quand on évalue nos élèves, on évalue leurs apprentissages mais aussi leur niveau d’engagement, notre climat de classe, notre relation avec eux. L’apprentissage, c’est le résultat de bien des choses.» L’évaluation informe notre pratique. Après l’évaluation, c’est à nous d’agir. Il faut évaluer pour enseigner. Pensez-y. C’est tellement bien dit. Et là d’autres questions me viennent à l’esprit pour innover…

Merci à mes collègues du Collège Pasteur de m’avoir accueilli.

J’ai donné une conférence. Et j’ai appris.

Et vous, quelles questions guident vos innovations?

Si vous vous posez les bonnes questions et que vous croyez sincèrement qu’il y a des réponses, vous les trouverez.

Il faut se questionner pour innover.

Merci de vos commentaires 🙂

 

 

3 réflexions sur “Il faut se questionner pour innover

  1. Belle réflexion, Marius, qui remet en cause les fondements même de l’évaluation. Celle-ci sert beaucoup trop à « classer » les élèves au lieu de les aider à progresser dans leurs apprentissages.

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