L’école repensée

Repenser l’école. C’est le sujet de l’heure. On le voit par la quantité d’articles et de billets qui sont publiés dernièrement. Les gens sont en réflexion. On parle de changer nos édifices, nos structures organisationnelles, nos sources d’inspiration… On veut ce qu’il y a de mieux pour nous et nos élèves! Et ça m’amène à réfléchir. Il y a tellement de questions à se poser quand on se met à repenser l’école. Je vous en partage quelques-unes qui m’interpellent en ce moment et qui peuvent à mon avis nous aider à créer et à faire cette école repensée.

Quel est le point de départ de l’école repensée?

Quand on réduit l’éducation à sa forme la plus simple, on peut enlever les édifices, les directeurs, les manuels… On peut enlever bien des choses. À la fin, ce qui reste, pour qu’il y ait éducation, c’est un enseignant et un élève, en relation. L’idée de repenser l’école m’amène à essayer de voir les choses autrement. Et même quand j’essaie très fort d’imaginer un autre point de départ, je n’y arrive pas. Dans ma tête, le point de départ de l’école repensée est le même. Un enseignant et un élève, en relation.

Qu’est-ce que l’enseignement?

Quand on parle de repenser l’école, je crois que c’est davantage l’intention de cette relation qu’on veut revoir. Parce que c’est possible et nécessaire, grâce à (et non à cause de) Internet et aux technologies d’aujourd’hui. Revoir l’intention, les structures, les démarches, les cafétérias, les rôles, les espaces… Repenser ce qui se passe entre l’enseignant et l’élève. Alors, qu’est-ce que l’enseignement, dans cette école repensée? Qu’est-ce qui doit se passer dans l’école repensée pour qu’on se dise «Ah, il y a de l’enseignement là!» ? Et qu’est-ce qui doit se passer pour qu’on se dise «Ah, ça c’est de l’enseignement de haut niveau. Ça, on voudrait le voir à grande échelle.» ? Est-ce qu’il doit y avoir des stratégies à grande échelle dans l’école repensée? Après tout, on parle de personnalisation. À mon avis, tant qu’il y aura des indicateurs de réussite systémiques communs, on parlera de stratégies à grande échelle. Mais qu’est-ce que l’enseignement. On enseigne comment, quand tout le monde a Internet dans sa poche?

Une vision pour l’école repensée

J’offrais cette semaine la conférence La puissance du leadership pédagogique à mes collègues de la FEEP dans le cadre de #DSPP2017. J’essaie toujours de simplifier les choses. J’ai donc décidé de m’inspirer de visuels qui circulent depuis un certain temps pour produire un visuel qui pourrait refléter l’essentiel de l’école repensée. L’essentiel étant pour moi, la relation entre l’enseignant et l’élève et tout ce qui se passe entre les bulletins.

Le système traditionnel

Le bas de l’image reflète le système traditionnel où l’enseignant planifie son année en fonction du nombre d’unités qu’il a à «couvrir», les répartit dans le temps et mesure les élèves à la fin de chaque unité. Chaque crochet représente la note obtenue à la fin d’une unité. La moyenne de ces notes est reflétée au bulletin. La flèche en noir est bien droite parce que c’est habituellement l’enseignant qui est derrière le volant (sur le vélo, pour ceux qui ont entendu ma conférence). C’est un modèle qui a été très efficace pour transmettre des connaissances à grande échelle, pour mesurer la rétention de l’information et pour soutenir l’obéissance des élèves.

L’école repensée

Le haut de l’image présente une ligne rose qui est loin d’être bien droite. Dans un monde de compétences, c’est l’élève qui doit être derrière le volant de son apprentissage (sur le vélo). Et cela signifie qu’il aura besoin de temps, de multiples occasions d’essayer, de rétroaction, de soutien, d’une mentalité de croissance, d’un prof qui croit en lui. Flexibilité entre les bulletins. Parce qu’à court terme, si on est réaliste, il y aura encore des bulletins dans l’école repensée. «Bulletins» apparaît en jaune ici parce que je crois que les résultats des élèves seront étincelants. Pourquoi repenser l’école autrement…? Dans l’école repensée, le projet 20% devient le projet 100%. Dans ce contexte, on doit se réseauter, créer ensemble et documenter nos processus. La technologie prend tout son sens ici, dans ce nouveau modèle. Nouveau modèle flexible et personnalisé, nouveaux résultats. Je me demande, dans l’école repensée, si les élèves «en difficulté» seront les mêmes? Pensez-y.

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4 stratégies pour réussir dans un nouveau modèle

Présentement, je crois que le grand monde de l’éducation se promène entre le bas et le haut du visuel que je vous propose aujourd’hui. Essaie-erreur. Nous sommes en train de le vivre, ce processus qui développe notre compétence collective à dispenser cette école repensée. Une collègue cette semaine nous a dit qu’il fallait parfois essayer de nouvelles choses avant d’y croire.

Je vous propose donc 4 stratégies qui peuvent nous aider à réussir lorsqu’on essaie de nouvelles choses.

  1. Vivre ce qu’on veut enseigner : Dans le modèle traditionnel, on enseigne ce qu’on sait. Dans l’école repensée, on enseigne qui on est. On ne peut pas développer les compétences de nos élèves si nous n’avons pas ces compétences. Il faut donc vivre, développer ces compétences, peu importe comment on les nomme dans votre coin de pays. Pensez à l’image d’un entraîneur personnel dans un gym près de chez vous. Être ce qu’on enseigne.
  2. Commencer à l’enseigner : Pour aller loin, il faut simplement faire un premier pas aujourd’hui. Et en faire un de plus à tous les jours. Et s’ajuster. La puissance de l’action au quotidien.
  3. Réfléchir à ses expériences d’apprentissage et d’enseignement : On dit souvent qu’on apprend de nos expériences. Je crois qu’on apprend seulement des expériences auxquelles on prend le temps de réfléchir, d’évaluer, de tirer des leçons. La sagesse ne vient pas automatiquement avec l’âge 🙂 Prendre le temps d’analyser ce que vous apprenez (no 1) et ce que vous tentez d’enseigner (no2). On parle ici de compétences, bien sûr! Demandez de la rétroaction de vos collègues et de vos élèves! «Ça a l’air de quoi être mon collègue, être mon élève?» Intéressant!
  4. Se trouver un collègue pour vous appuyer : On ne peut pas réussir seul. Idéalement, si vous pouviez trouver un collègue qui veut cheminer avec vous ou qui est un peu plus loin dans son cheminement, ce serait génial. Comme le dirait une élève dans une vidéo, «Quand on est deux, il y a deux cerveaux»! Se soutenir les uns les autres dans nos efforts de repenser et de faire l’école autrement.

Repenser l’école. On est là, chers collègues. Et nous avons besoin de l’intelligence collective pour y arriver. Parce qu’on ne veut pas seulement la repenser, on veut la faire, cette école. C’est déjà commencé et c’est de toute beauté.

Dans quelques années, nous pourrons regarder derrière et se dire, «Wow! Te souviens-tu quand on se posait telle question? Regarde, cher collègue, l’école que nous créons (présent duratif) tous ensemble. Regarde l’école repensée, que nous vivons avec nos élèves.» Je crois qu’il n’y a pas de point d’arrivée pour l’école repensée. Ce sera un processus continu, à mon humble avis.

Il faut donc se poser les bonnes questions!

Quelles sont les questions qui vous interpellent quand vous repensez l’école dans votre tête?

Merci de les partager, on en a besoin!

15 réflexions sur “L’école repensée

  1. Je pense que la réflexion est à son meilleur pendant que nous vivons les changements. Dès que nous avons un besoin de changement (toujours pour le bien de l’élève et souvent aussi pour le nôtre), il faut agir. Une réflexion d’une trop longue durée semble inviter la crainte, l’hésitation. Un premier pas au quotidien invite la réflexion à ce que nous vivons et à l’amélioration. Il n’est pas possible d’éviter les échecs. Ils permettent autant si pas une meilleure réflexion à ce que nous apprenons et à ce que nous enseignons. Mes questions quand je repense l’école sont d’éviter les « Oui, mais que fait-on si… » et de poser les « Oui, ET quand cela se produira…je ferai/tenterai/j’essaierai… ». Merci pour la réflexion Marius!

  2. A reblogué ceci sur Annick Arsenault Carteret a ajouté :
    Je pense que la réflexion est à son meilleur pendant que nous vivons les changements. Dès que nous avons un besoin de changement (toujours pour le bien de l’élève et souvent aussi pour le nôtre), il faut agir. Une réflexion d’une trop longue durée semble inviter la crainte, l’hésitation. Un premier pas au quotidien invite la réflexion à ce que nous vivons et à l’amélioration. Il n’est pas possible d’éviter les échecs. Ils permettent autant si pas une meilleure réflexion à ce que nous apprenons et à ce que nous enseignons. Mes questions quand je repense l’école sont d’éviter les « Oui, mais que fait-on si… » et de poser les « Oui, ET quand cela se produira…je ferai/tenterai/j’essaierai… ». Merci pour la réflexion Marius!

    1. J’aime beaucoup ton approche Annick. Ne pas essayer d’éviter les échecs. Les prendre pour acquis et réfléchir plutôt à nos plans B, C, D… Il y a 26 lettres dans l’alphabet 🙂 Merci de ton commentaire!

  3. Je suis un de ceux qui sont en plein dedans, depuis quelques années je remets tout en question dans ma pratique, dans ma manière de penser l’éducation.
    Je veux que mes élèves aiment apprendre, je ne veux pas seulement que mes élèves soient engagé dans leur apprentissage, je veux les habiliter à pouvoir y faire des changements.
    Je veux rendre les choses plus vrais, plus authentiques, bref, arrêter de faire semblant.

    Et pour que tout cela se réalise, comme tu l’as si bien dit, la relation est à la base de tout : ‘They don’t care how much you know until they know how much you care’ (pas certain de qui ça vient).

    La relation permet de faciliter la communication, la collaboration et en bout de ligne crée un environnement propice à la prise de risques…même pour le prof (on est des co-apprenants après tout).

    Parlant de prise de risques…

    Je planifie présentement un projet en marketing pour ma classe (anglais 8e). Mes élèves iront ‘vendre’/promouvoir l’idée de l’école repensée, de l’apprentissage au 21e siècle à leurs futurs enseignants du secondaire (9-12). Ainsi, je ne veux pas seulement les engager dans leur apprentissage, mais les habiliter à en être un agent de changement.

    Arrêter de faire semblant que je disais….

    Pour ce projet je me suis entouré d’experts en marketing qui mettront leurs expériences et connaissances au service de mes élèves.

    Arrêter de faire semblant que je disais…

    Le plus beau dans tout ça c’est que les jeunes profs (de 9-12) de mon école ont embarqué dans le projet. Ils ouvriront leur porte à mes élèves pour les écouter, échanger, apprendre à les connaître : former des relations…

    Arrêter de faire semblant que je disais…

    Viens nous voir à Omer-Deslauriers quand t’aura le temps!

    1. Quelle belle approche tu as, Alexandre. Être en plein dedans et l’accueillir à bras ouverts. Superbe idée, le projet de tes élèves. C’est le point de départ 🙂

  4. Je te l’ai dit, j’aime bien le terme de l’École repensée. L’école repensée est un terme tellement plus évocateur que ceux de l’École de demain ou de l’École du futur. Cela nous inscrit dans le moment présent: dans le moment où nous avons la possbilité d’agir.

    On dit souvent que le choix des mots est important et dans le cas présent je pense que cela pourrait susciter un meilleur engagement des élèves « dans » et « à » l’école tout comme celui des enseignants. Cessons de parler de l’École de demain et pensons/faisons celle d’aujourd’hui. C’est n’est sûrement pas ça qui empêchera les élèves de « faire leur temps », comme le dit Jacques Taillefer; mais cela a au moins le mérite d’inscrire la réflexion dans le temps présent.

  5. Excellent billet. J’aime particulièrement qu’il importe de former une communauté d’enseignants, ce que j’observe se former graduellement. Il y a toute une génération d’enseignants ouverts, dynamiques, qui ne craignent pas d’expérimenter, de s’échanger très généreusement des façons de faire. La boule de la réforme pédagogique roule d’un établissement à l’autre et fait boule de neige. Le groupe s’élargit. L’école change.
    J’aime aussi beaucoup que tu proposes de vivre ce que l’on veut enseigner, d’être ce que l’on veut enseigner.
    Un point de désaccord. Je crois comme toi que l’on peut changer les méthodes pédagogiques grâce au numérique, incluant Internet. Je crois par contre que les programmes d’enseignement doivent évoluer « à cause du web et d »internet »
    Je suis aussi d’accord avec le commentaire de Jacques Taillefer que tristement trop d’élèves ont l’impression de « faire leur temps ». C’est pourquoi certains abandonnent en route.

  6. Je surprends personne quand j’avance que c’est une minorité d’élèves qui sont bien dans le modèle actuel de “l’école”. En fait, à quelques reprises, j’ai profité de frustrations montées à surface pour animer des discussions à savoir comment on pourrait améliorer l’expérience scolaire. Ou encore aux dires de certains élèves, la rendre pertinente.

    Trop d’élèves sont simplement entrain de “faire leur temps”. Ils savent que le marché du travail du 21e siècle exigeant des études postsecondaires ou bien une certification pour exercer un métier spécialisé. Et quoi dire de mes anciens qui me partagent des réflexions grâce aux médias sociaux. Combien m’ont déjà indiqué que les façons d’évaluer au postsecondaire sont tellement différentes que lorsqu’ils étaient à la petite école. Ou bien le prof d’université que leur dit de toute oublier ce qu’ils ont appris au secondaire… Donc, l’école secondaire sert à quoi au juste?

    Ils questionnent si l’école et l’éducation c’est la même chose? Combien de fois ont-ils avancé des idées intéressantes telles qu’être en classe la moitié de la journée scolaire et dans le “vrai monde” l’autre moitié à faire du service communautaire par exemple. Certains ont même avancé la théorie que l’intimidation, les problèmes de santé mentale, les défis avec la transition postsecondaire baisseraient dans un tel modèle. À l’ère de Khan Académie, Edpuzzle, TED talks, la fréquentation obligatoire d’un milieu où plusieurs peinent à se tailler une place ou se sentir en sécurité est remise en question.

    Bref, si on va repenser l’école, il faut tenir compte de la perception de trop d’apprenant à mon humble avis.

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