Tsé, quand on fait des erreurs…

Avez-vous déjà fait des erreurs? «Ben, là! Marius. Tu parles d’une question.», dites-vous? La question se pose. Moi j’en ai fait plusieurs dans ma carrière. Et dans ma vie en général. Quand on se pose la question entre collègues, tout le monde est très à l’aise d’affirmer qu’on fait tous des erreurs. C’est la nature humaine après tout. Quand on regarde dans le rétroviseur, c’est normal d’avoir fait des erreurs. Tout le monde a des bonnes intentions. Mais quand on regarde en avant, quand on regarde ce qui nous attend en éducation, où est la place de l’erreur dans notre discours intérieur. Imaginez une feuille avec deux colonnes. D’un côté, on a tous les outils, toutes les choses qui vont nous aider à repenser l’école, de l’autre côté, on a tous les défis, toutes les barrières que nous devrons surmonter pour faire cette école repensée. De quel côté de la feuille placez-vous l’erreur? Outil ou barrière? Voici 5 constats que je fais au sujet des erreurs que j’ai faites et que je ferai – parce que j’en ferai plusieurs autres – au cours de ma carrière.

1- Mes erreurs font de moi qui je suis.

Quand je pense à mon parcours, il y a tellement de choses que je ferais autrement si j’avais la chance de recommencer. Et vous? En anglais on dit : « Hindsight is 20-20 vision. » Les recherches de Carol Dweck sur la mentalité de croissance (growth mindset) m’amènent à voir mes erreurs autrement. Cognitivement. Je ne me souviens plus où j’ai vu cet exemple mais si on prend un feuille blanche toute lisse, cette feuille représente une personne qui n’a jamais rien fait, qui n’a jamais rien essayé. Quand on fait une erreur, c’est comme prendre la feuille et la froisser. Quand on fait une erreur, de nouveaux liens se forment dans notre cerveau. Des liens qui n’existaient pas avant. Si on fait une autre erreur, de nouveaux liens se forment à nouveau. La feuille devient plus froissée. C’est donc dire que l’expertise signifie qu’on a une feuille pas mal froissée. Il n’y a pas de raccourci pour ça. J’aimerais voir la feuille froissée de Carol Dweck… Et quand je regarde ma feuille froissée, c’est un peu comme mon historique de navigation dans le système d’éducation. Mes erreurs font de moi qui je suis. Je ne serais pas ce que je suis sans cet historique de navigation, sans ma feuille froissée, sans mes erreurs. Vouloir devenir meilleur en pensant qu’on ne fera pas d’erreurs c’est comme penser qu’on peut se mettre en forme sans s’entraîner. Essai / erreur = Chest / bras 🙂

«Vouloir devenir meilleur en pensant qu’on ne fera pas d’erreurs c’est comme penser qu’on peut se mettre en forme sans s’entraîner. Essai / erreur = Chest / bras :)» @bourmu

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2- Je suis une meilleure personne grâce à mes erreurs.

Mon vécu fait partie de qui je suis. Cela va de soi. Mais mon vécu m’est utile à tous les jours. Les choix professionnels que je fais, les décisions que je prends, les idées que je suggère, mes réflexions… tout ce que je fais est soutenu et nourri de mon expérience, de mon vécu. Les erreurs que j’ai faites par le passé me permettent de voir plus clairement les possibilités qui s’offrent à moi au quotidien. Plus j’ai de vécu dans un domaine en particulier, plus ce vécu m’aide à réussir au quotidien. Il y a donc des domaines ou des aspects de mon travail dans lesquels je fais beaucoup moins d’erreurs, maintenant. Je suis une meilleure personne grâce à mes erreurs du passé.

3- Je regrette seulement les erreurs desquelles je n’ai pas appris.

Dans sa conférence TED, Kathryn Schulz demande aux gens quelle est la différence entre ce qu’on ressent quand on a raison et quand on a tort. Elle nous dit qu’il n’y en a pas. En fait, on ressent la différence seulement quand on prend conscience qu’on avait tort. Quand on a tort inconsciemment, on a le même sentiment que lorsqu’on a raison, qu’on est sur le droit chemin. Ouf! C’est un peu comme le coyote dans Bugs Bunny. Il pouvait courir dans le vide au-dessus d’une falaise jusqu’à ce qu’il se rende compte qu’il courait dans le vide. Il tombait seulement après avoir pris conscience qu’il n’était plus sur la terre ferme. Dans mon parcours professionnel, j’ai couru dans le vide pendant un bon bout de temps dans certains aspects de ma profession. Plus on court longtemps dans le vide, plus la prise de conscience est douloureuse. Vous me suivez? Alors je regrette seulement les erreurs desquelles je n’ai pas appris ou pas appris assez vite. J’accepte avoir fait des erreurs. J’en avais besoin pour devenir qui je suis. Mais dans certains cas, j’aimerais ne pas avoir fait les mêmes erreurs aussi longtemps avant de me rendre compte que je devais m’ajuster. C’est par contre ce qui fait que j’hésite toujours avant d’être certain que mon point de vue est «bon». Je me garde toujours une p’tite gêne. Tout d’un coup que… 🙂

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«J’accepte avoir fait des erreurs. J’en avais besoin pour devenir qui je suis.» @bourmu

4- Si j’échoue correctement, je n’ai pas de regrets, je suis en croissance.

Je ne sais pas s’il y a une bonne façon d’échouer. Mais au fil du temps, mon processus personnel est de me questionner. Action – Résultat – Réflexion. Toujours. En fait, le blogue est devenu pour moi un outil très utile pour m’aider à me questionner. Même quand les choses vont bien. Il y a toujours moyen de faire autrement, de faire mieux. Et quand ça va moins bien, parce que je fais encore des erreurs au quotidien, je réfléchis à ce qui n’a pas fonctionné en regardant les facteurs que je contrôle d’abord. Au fil du temps, je me rends compte que j’ai avantage à mettre l’accent sur les choses que je contrôle. Pour m’améliorer, pour ne plus refaire certaines erreurs. On entend souvent l’idée que nous apprenons de nos erreurs. Je ne crois pas que ce soit automatique. Je crois que nous apprenons surtout quand nous réfléchissons à nos erreurs. Quand on en a tire des leçons. Je ne vois pas le mérite ou la valeur dans le scénario suivant :

Erreur – se relever – même erreur – se relever – même erreur – se relever

C’est un peu comme courir dans le vide. Avant de se relever, il faut penser aux raisons qui font en sorte qu’on est au sol. On s’ajuste et on se relève. Je préfère le scénario suivant :

Erreur – réfléchir – se relever – autre erreur – réfléchir – se relever

En théorie, j’aimerais ne pas refaire la même erreur deux fois. Pas toujours possible. Pour y arriver, il faut d’abord être conscient ou réussir dès la deuxième tentative. Et ce n’est pas toujours le cas. Quoi qu’il en soi, pour moi échouer correctement, c’est de toujours réfléchir à ma pratique, d’apprendre et de m’ajuster. Je ne peux pas avoir de regrets dans ce contexte. Je suis plutôt en croissance.

5- Le fait de mettre l’accent sur ce que je ne peux pas faire, m’empêche de faire ce que je peux faire.

Plus nos responsabilités augmentent en éducation, plus il y a de choses qu’on ne contrôle pas. Plus il y a de gris. Dans ce contexte, je me rends compte que je dois mettre l’accent sur ce que je contrôle pour avoir un sentiment d’auto-efficacité plus élevé. Deux choses que je peux toujours faire sont :

  • Gérer mon discours intérieur : La saison des jardins arrive. Ça demande de l’entretien. On doit enlever les mauvaises herbes. Même chose pour notre discours intérieur. On doit activement rechercher les mauvaises herbes et les enlever. Un discours intérieur positif mène à de meilleurs résultats. Tony Robbins est excellent à ce sujet. C’est plus qu’une simple bonne attitude.
  • Ajouter de la valeur aux autres : Être au service des autres, ça change comment on aborde nos journées. Quand la réflexion commence par «Qu’est-ce que je peux faire pour l’autre personne» plutôt que par «Qu’est-ce que j’ai à gagner de cet entretien», tout bascule.

Quoi qu’il en soit, vous aurez deviné que je place l’erreur dans la colonne des outils, des choses qui vont nous aider à repenser l’école et à la faire cette école repensée.

Sur le plan cognitif, je crois que ça a du sens. Émotionnellement, je ne m’habitue jamais à l’idée de faire des erreurs. Je ne suis jamais content d’en avoir fait. Mais je comprends mieux le processus de croissance continu qui m’aide au quotidien.

Meilleur qu’hier, moins bon que demain. C’est l’idée.

Tsé, quand on fait des erreurs…

Merci de vos commentaires

5 réflexions sur “Tsé, quand on fait des erreurs…

  1. Oh! Quel billet! Je suis l’erreur incarnée. Il me semble parfois d’avoir vécu à l’envers, un peu tout croche . . . mais ça m’a permis de comprendre les vallées et les pics, d’avoir une vue profonde de l’horizon. Je sais que le regret est une émotion inutile car le passé est effacé à tout jamais. Par contre vais-je encore faire l’erreur de manger trop de chocolats! 😊 J’ai certaines erreurs récurantes. ☹️ La vie est une merveilleuse aventure « and it is not over until it’s over » alors encore plus d’une erreur nous attend. Joyeuses Pâques à tous ces êtres humains dont j’aime toutes les imperfections et dont la foi en eux leur permet de se moquer de leurs erreurs minuscules si on les compare à leurs éblouissantes réussites.

    1. Oui Sylvie un bon café et un beau Soleil ce matin et toutes nos erreurs sont annulées. On sourit à la vie, on est plus sage, on a fait un Pas de plus vers l’épanouissement qui permet d’offrir davantage.

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