Le progrès : performance ou trajectoire?

Déjà la fin novembre. Le mois des premiers bulletins. Le mois de la première communication formelle (rendement scolaire) entre l’école et la famille. Combien de discussions entourant le rendement scolaire ont eu lieu dans les maisons à l’heure du souper au cours des dernières semaines? Certaines discussions ont sûrement porté sur la note, la moyenne. Monitorage. Quand ton enfant apprend à la bonne vitesse, cette discussion se passe bien. Le parent peut même éprouver un certain sentiment de fierté. «Mon enfant est bon à l’école!» Dans d’autres cas, le parent vit l’inverse.

Entretenir une mentalité de croissance

Les discussions portent aussi sur les commentaires du bulletin et tout ce qui entoure le comportement, les habiletés d’apprentissage et les habitudes de travail de l’enfant. Cette discussion est importante. C’est ici qu’on façonne la mentalité de croissance de l’enfant. Ce sont souvent ces habiletés, ces habitudes qui expliquent le rendement scolaire de l’enfant. Dans certains milieux où le comportement et le rendement de l’élève servent à générer la note, les habitudes de travail et le comportement déterminent en grande partie la note de l’élève. Mais ce sera pour un autre billet. Alors c’est ici qu’on montre à l’enfant le lien entre ses habitudes de travail et son rendement scolaire. Selon Carol Dweck, l’erreur ici serait de simplement féliciter l’enfant pour ses bons résultats en lui disant qu’il est intelligent ou bon à l’école. Qu’arrive-t-il si l’enfant obtient une moins bonne note par après? Il n’est plus intelligent ou bon? Cette approche entretient une mentalité fixe.

Mettre l’accent sur les habitudes

On ne peut pas exiger de meilleurs résultats scolaires de son enfant sans lui montrer explicitement le moyen pour y arriver. L’enfant n’a aucun contrôle sur les résultats qu’il obtient. Mais il a le plein contrôle sur les efforts qu’il fournit, sur les habitudes de travail qu’il utilise, sur les habiletés d’apprentissage qu’il développe, sur sa motivation, sur la curiosité dont il fait preuve. L’intelligence se développe, ce n’est pas fixe. Un parent pourrait donc dire à son enfant : « Ta job, c’est d’apprendre et de devenir une meilleure version de toi-même tous les jours. Que fais-tu pour y arriver présentement? » Ce qu’on veut monitorer, ce sont les habitudes, les progrès, pas seulement le rendement. Regarder simplement le rendement, c’est comme de faire l’autopsie. Il est alors trop tard pour agir. Il y a de beaux liens à faire ici avec le Plan d’amélioration d’école / Projet éducatif et le monitorage dans les écoles. Ce sera pour un autre billet ça aussi 🙂

Un parent pourrait donc dire à son enfant : « Ta job, c’est d’apprendre et de devenir une meilleure version de toi-même tous les jours. Que fais-tu pour y arriver présentement? »

Progrès ou performance?

Dans certains milieux, le bulletin de novembre met l’accent sur les progrès des élèves. Les enseignants sont alors invités à porter un jugement au sujet de la progression des élèves. Est-ce que l’élève progresse très bien, bien ou avec difficulté? Même avec un bulletin comme celui-là, le jugement professionnel reste un défi. Comment arrive-t-on à déterminer si un élève progresse très bien, bien ou avec difficulté? Le système est conçu pour regarder le rendement, la performance. Dans bien des cas, un élève qui performe bien = un élève qui progresse bien ou très bien. C’est logique… mais pas toujours. Si au moment de porter un jugement, on regarde seulement la performance actuelle pour déterminer si un élève progresse, je pense qu’on passe à côté de notre mandat.

« Le mot progrès n’a aucun sens tant qu’il y aura des enfants malheureux. » Albert Einstein

Tout est dans la trajectoire.

La performance actuelle d’un élève n’indique aucunement le chemin parcouru. Depuis septembre dans le cas du bulletin de novembre. Qu’est-ce qu’on communique à un nouvel arrivant qui apprend une nouvelle langue et une nouvelle culture, qui est sur une trajectoire (learning curve) incroyable, qui progresse très bien mais qui n’atteint pas encore la norme provinciale en matière de performance? D’un autre côté, qu’est-ce qu’on communique à l’élève démotivé qui, à la limite, nuit parfois à l’ambiance morale de l’école mais qui «réussit» bien? Je donne ici des exemples qui peuvent sembler extrêmes, mais chaque élève est différent. À mon avis, le progrès, c’est être en mouvement, en amélioration continue. Lorsqu’on atteint un niveau de performance élevé, c’est difficile de progresser. On parle alors de maintien ou d’entretien. C’est ici que les habitudes de travail sont importantes. Ce sont des indicateurs de constance, de réussite. L’élève peut alors faire tout ce qu’il est sensé faire sans toutefois augmenter sa performance. On pourrait donc affirmer que l’élève est sur une bonne trajectoire. Et n’est-ce pas la clé du progrès?

Les personnes plutôt que la matière

J’ai la chance d’accompagner plusieurs personnes en éducation. Et je peux affirmer que les personnes heureuses, celles qui trippent sur leur travail sont les personnes qui progressent, ce sont des personnes qui ont choisi une nouvelle trajectoire. Progresser, ça génère des émotions positives. J’ai vu une publication passer dans Facebook récemment qui disait quelque chose comme ceci : « L’école devrait enseigner aux enfants à être heureux. » Je pense qui si nous arrivons à mettre l’accent sur la trajectoire et les progrès de nos élèves, sur leur potentiel plutôt que sur leur performance actuelle, nous aurons alors choisi d’accorder une plus grande importance aux personnes qu’à la matière enseignée. Ce serait déjà un bon début. Vulnérabilité dites-vous? Yes! Moi je dis leadership.

Apprendre, ça rend heureux.

Toutes les écoles ont un plan d’amélioration. Je n’ai jamais vu une école avec un plan de maintien. Or peut-on vraiment parler d’amélioration ou de progrès si plusieurs de nos élèves (ou membres du personnel) sont malheureux? Je reprends une phrase du 3e paragraphe qui s’applique très bien à nous tous. Je vous invite à l’accueillir avec joie parce qu’elle est pleine d’amour : « Ta job, c’est d’apprendre et de devenir une meilleure version de toi-même tous les jours. Que fais-tu pour y arriver présentement? »

Les élèves ont besoin de modèles heureux pour apprendre à être heureux.

Merci de vos commentaires.

 

 

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