3 stratégies pour vivre le mois de novembre… autrement!

Dans mon vécu, le mois de novembre est sans contredit le mois qui me semble le plus difficile, pour plusieurs raisons. En novembre, et on l’a senti vendredi, les arbres laissent tomber leurs feuilles et se préparent à affronter l’hiver. En novembre dans les écoles, c’est le temps des bulletins. La première communication formelle qui explicite le fruit des efforts des élèves et de l’efficacité de nos stratégies. Si les arbres perdent leurs feuilles, nous, on perd un peu d’énergie. L’adrénaline de la rentrée et du «rush» des bulletins nous rend parfois plus fragiles. Les élèves aussi, en passant. En plus, on recule l’heure ce soir. Nous perdrons alors une heure de lumière en fin de journée, en route vers le solstice d’hiver.

Si les arbres perdent leurs feuilles, nous, on perd un peu d’énergie. @bourmu

Le pilote automatique?

Dans ce contexte, le naturel revient au galop! J’ai déjà entendu un collègue affirmer : «Après les bulletins, on met ça sur le pilote automatique jusqu’au congé des Fêtes.» Ça m’a obnubilé pour un moment. Je n’ai rien dit. Je n’ai pas osé. Or ce que cette phrase suggérait allait contre toutes mes croyances et mes convictions. Mettre sa pratique sur le pilote automatique, c’est à mon avis la pire chose à faire, surtout en novembre… surtout si on souhaite s’épanouir avec nos élèves au quotidien. Si la nature s’endort tranquillement en novembre, c’est tout le contraire qui est requis dans nos écoles.

Si la nature s'endort tranquillement en novembre, dans nos écoles, c'est tout le contraire qui est requis.

S’éteindre ou s’éveiller?

Mise en garde. Dans un état plus fatigué ou plus fragile, ce n’est pas le temps de jouer au super-héros non plus. Or les élèves vont bientôt recevoir leur premier bulletin. C’est le contexte tout désigné pour les amener à se fixer des objectifs personnels et pour les autonomiser. Et si on réussissait à éveiller le goût de l’apprentissage chez les élèves sans constamment avoir à obtenir leur attention ou leur engagement? C’est possible. Plusieurs le font. Mais il faut être intentionnel, car le naturel, parce qu’il est fatigué, cherche habituellement le calme, le contrôle, le silence… l’obéissance de l’élève. Ça éteint ou ça éveille, ça?

Mettre sa pratique sur le pilote automatique, c’est à mon avis la pire chose à faire, surtout en novembre. @bourmu

Vivre novembre autrement

Nous amorçons le mois de novembre. Certains s’épanouiront avec leurs élèves et leurs collègues alors que d’autres… moins. Qu’est-ce qui explique cette réalité?

Voici 3 stratégies pour vivre novembre autrement.

1- Changer de riff : Tout le monde a un style, qu’on pourrait comparer à un riff dans une chanson. Un rythme. En novembre, nos élèves et nos collègues connaissent notre riff. Nous devenons très prévisibles. Que pourriez-vous faire en novembre pour changer de riff? Pour changer l’ordre dans lequel vous concevez vos leçons, vos démarches, vos formations. Changer de riff, ça éveille. Ça stimule. Ça amène du piquant, du nouveau. Une façon très simple pour changer de riff, c’est de créer beaucoup de place pour les élèves dans la démarche d’enseignement et d’apprentissage. On peut, par exemple, prendre toutes les activités de compréhension de lecture (tout le monde a ça) et les transformer en activités de réflexion, en préparation à des conversations stimulantes en classe. Plutôt que de passer des périodes à vérifier les devoirs et à corriger (prof parle, élève écoute), on donne la parole aux élèves en structurant des conversations et des mises en commun qui éveillent la curiosité et mettent en lumière la richesse des différents points de vue.

2- Utiliser l’actualité pour animer des conversations avec les élèves ou même laisser les élèves animer les conversations, tout en faisant des liens avec le contenu du programme (concepts, thèmes, idées, valeurs, compétences…). Les guides pédagogiques de l’École branchée vous aident à créer des situations d’apprentissage signifiantes et ouvertes à partir de l’actualité. Les occasions d’éveiller le goût de l’apprentissage sont partout autour de nous. Il suffit d’en être conscient, de les saisir et de les intégrer à notre riff pédagogique.

3- S’appuyer sur le bulletin : Pourquoi ne pas saisir l’occasion pour revenir sur le bulletin et en parler explicitement en groupe ou même individuellement avec les élèves. Ensuite, pourquoi ne pas permettre aux élèves de se fixer des objectifs personnels et de réinvestir les commentaires du bulletin (et de la conversation) dans un projet conçu, et pour répondre aux exigences du programme, et qui amène l’élève à progresser personnellement. Cette approche risque de donner lieu à un dernier droit (jusqu’aux Fêtes) très personnalisé. Et qui dit personnalisation, dit engagement.

Responsabiliser, ça demande de l’énergie.

Vous aurez sans doute remarqué la tendance. Pour vivre un mois de novembre différent, je crois que de faire de la place pour les conversations, les réflexions et les projets personnels est une approche qui risque d’éveiller plus que d’éteindre les apprenantes et les apprenants. On remet entre les mains de l’apprenant la responsabilité de son devenir. C’est un principe de leadership simple, mais important. Notre rôle : soutenir, encourager, aimer, communiquer, coacher… Mais ça demande de l’énergie tout ça! Oui. La gestion du désengagement aussi, les amis. D’une façon ou d’une autre, il faudra mettre de l’énergie. Il suffit de choisir où on veut la mettre.

Je vous souhaite de vivre le mois de novembre… autrement!

Vous avez des idées à partager de votre côté? J’aimerais bien vous lire 🙂

4 idées pour développer son intuition pédagogique

C’est vraiment stimulant de voir la diversité de projets et d’initiatives dans les écoles. Ce qui m’interpelle ici, ce sont les nouvelles approches. Ce qui fait que ça change pour les élèves. À mon avis, les nouvelles approches pédagogiques font de plus en plus appel à l’art d’enseigner, à notre intuition. Dans cette vidéo, Sir Ken Robinson parle de l’importance de l’intuition, entre autres.

Créer le contexte pour innover

Ce qui se produit lorsqu’on innove et qu’on sort des sentiers battus, c’est que les contextes sont nouveaux, les outils sont nouveaux et donc les possibilités sont nouvelles. Les sujets sont ouverts et n’ont pas nécessairement été alignés dans une progression des apprentissages. C’est intéressant de voir ce qui se produit lorsque tout est à créer. Le manuel perd parfois de son utilité. Innover, parfois, ça veut simplement dire qu’on laisse le manuel de côté et on ouvre la conversation. Parce que c’est à ce moment que le contexte donne toute la place à notre savoir expérientiel, à notre intuition. Dans la pédagogie d’aujourd’hui, on parle de concevoir des expériences d’apprentissage. Ça veut dire quoi au juste, ça? Selon moi, on souhaite simplement que l’élève vive ses apprentissages. Que le programme prenne vie. Parce qu’on veut que les apprenants prennent vie aussi. Que les objectifs personnels des apprenants aient une place dans le programme et vice versa.

Innover, parfois, ça veut simplement dire qu’on laisse le manuel de côté et on ouvre la conversation. @bourmu

Faire appel à son intuition pédagogique

C’est ici que notre rôle change. Pas juste un peu. Être guide, être coach, évaluer mieux, développer le plein potentiel des élèves… Ça demande du leadership. Ça demande d’avoir du recul, de voir ce qui se passe et d’anticiper l’impact de ses actions sur les autres autour de soi. À une ère où on cherche tellement à «bien» faire l’éducation, où on s’appuie sur la recherche et sur les «bonnes» pratiques, l’acte d’enseigner, dans toute sa complexité, requiert que chaque acteur prenne d’innombrables décisions au quotidien. Les «bonnes» décisions. Pas de pression. Ça demande de faire appel à son intuition. Cette petite voix intérieure qui nous suggère les meilleures prochaines étapes ou actions, pour tel ou tel élève. L’expertise, c’est là que ça se passe. Dans le feu de l’action. Ça me rappelle cette citation de Daniel Pennac : « Quels pédagogues nous étions, lorsque nous n’avions pas le souci de la pédagogie. » C’est incroyable à quel point les gens savent quoi faire lorsqu’ils osent s’écouter. Dans le feu de l’intention pédagogique, on doit faire appel à l’intuition pédagogique.

Le jugement professionnel le plus important, c'est celui qu'on exerce entre les bulletins.

4 idées pour développer son intuition pédagogique

Voici 4 idées à considérer pour développer son intuition pédagogique :

1. Se rendre vulnérable

Une des premières choses qui me vient en tête lorsque je pense à l’intuition, c’est qu’on peut se tromper. Se rendre vulnérable, ça veut dire qu’on doit accepter qu’on peut se tromper. Quand on essaie quelque chose de nouveau, d’innovant, on peut prendre la «mauvaise» décision. On peut se tromper. Ça veut dire quoi? En éducation, ça veut simplement dire que notre impact n’est pas optimal et qu’on apprend. Il faut se donner le droit d’apprendre, les amis.

2. Faire confiance à son jugement professionnel

Pour essayer des nouvelles choses et pour écouter son intuition pédagogique, il faut se faire confiance. On est professionnel de l’éducation ou non? Le jugement professionnel. C’est souvent lié à l’idée de porter un jugement ou de donner une note. Les bulletins s’en viennent. Les enseignants feront confiance à leur jugement professionnel pour donner une note à leurs élèves. Ils donneront également les commentaires les plus pertinents. On fait confiance à notre jugement professionnel pour faire ça. Dans le feu de l’action, il faut aussi faire confiance à notre jugement professionnel pour développer les élèves. Le jugement professionnel le plus important, c’est celui qu’on exerce entre les bulletins. Pensez-y.

3. Se garder une p’tite gêne

Il faut se faire confiance, mais il faut aussi se garder une p’tite gêne. Parce qu’on peut se tromper, même lorsqu’on s’appuie sur la recherche, en passant. Je pense qu’il est sage de se tenir loin des certitudes et des vérités absolues. Ce n’est pas pour rien qu’on dit souvent «Ça dépend» en éducation. On s’affirme donc avec confiance mais on se questionne, on se permet de douter. The proof is in the pudding, comme dirait l’autre. Tout est dans la preuve d’apprentissage, pas nécessairement dans le moyen. Si vous avez déjà écouté un élève offrir des explications à un autre élève, vous savez que parfois, les élèves apprennent et on ne sait ni pourquoi, ni comment. Il est grand, le mystère de l’apprentissage!

4. Apprendre à se connaître

Finalement, je dirais que pour développer son intuition pédagogique, comme pour le développement professionnel en général, il importe de bien se connaître. De bien connaître et comprendre sa pratique et son impact sur les élèves, dans le moment présent. Plus on se connaît, plus on se comprend, plus on peut agir intentionnellement, dans le feu de l’action. Et plus l’écart entre ce qu’on sait et ce qu’on sent est petit. Tout s’aligne petit à petit.

Et vous? Quels moyens suggérez-vous pour développer l’intuition pédagogique?

Merci de vos commentaires 🙂

Dans le feu de l'intention pédagogique, on doit faire appel à l'intuition pédagogique.

10 pistes clés pour l’entrepreneur

Depuis quelques années, l’entrepreneuriat prend de plus en plus de place en éducation et c’est tant mieux. Après tout, on prépare nos élèves pour la vraie vie et même si tous les élèves ne deviendront pas entrepreneurs (être en affaire) au sens pur du terme, ils deviendront tous, nous le souhaitons, les entrepreneurs de leur vie. Je vous partage 10 pistes qui, selon moi, sont clés pour tout entrepreneur. Je les présente ici dans le contexte de l’éducation, pour nous aider à entreprendre l’apprentissage, comme dirait Mélissa Laflamme. Ces pistes s’appliquent aux élèves, mais surtout à nous, les adultes, qui tentons de transformer l’expérience d’apprentissage des élèves.

Et si nous adoptions la posture de l’entrepreneur dans nos efforts de transformer l’expérience d’apprentissage des élèves…

L’ENTREPRENEUR…

1. S’appuie sur ses forces. 

C’est très difficile d’innover. Le premier objectif d’un entrepreneur, c’est d’ajouter de la valeur à sa communauté ou aux personnes qu’il côtoie. Il faut se connaître soi-même et être honnête envers soi-même pour réussir à miser sur ses forces et grandir en s’appuyant sur ses forces. L’entrepreneur reconnaît d’abord sa valeur, en fait profiter aux personnes qu’il sert et continue toujours d’ajouter de la valeur à qui il est. C’est la seule façon de pouvoir continuer d’ajouter de la valeur aux autres. Se connaître – reconnaître – offrir – grandir – continuer d’offrir

2. N’a pas peur de travailler.

Les entrepreneurs qui réussissent comprennent que l’idée de travailler fort fait partie de l’équation de la réussite. Lorsqu’on entreprend quelque chose d’aussi ambitieux que la transformation de l’expérience d’apprentissage des élèves, on s’entend qu’on va travailler fort. Les statistiques varient mais disons que 99% des entreprises échouent au fil du temps. Même si tout le monde travaille très fort. L’effort ne suffit pas.

3. Accueille le risque qui vient avec l’idée de faire autrement.

Lorsqu’on innove, on sort des sentiers battus. On prend des risques. Des risques calculés, mais on prend des risques. Dans le grand monde de l’éducation d’aujourd’hui, le plus grand risque, à mon avis, c’est de ne pas changer, de ne pas essayer, de ne pas évoluer. Pour arriver à passer du bon à l’excellent, il faut risquer. C’est comme ça que la société évolue. Comme le dirait George Couros : « Change is an opportunity to do something amazing. » Mets-en, George.

4. Change le design, pas l’objectif.

Mais ça prend une cible claire n’est-ce pas? Un pourquoi fort. Pour prendre des risques, pour oser faire autrement, pour choisir consciemment de s’ouvrir à la critique… des parents, des collègues, des élèves… Quand on change de stratégie pour essayer d’atteindre les objectifs communs ambitieux que nous avons, on s’ouvre à la possibilité de la critique… et de l’échec. L’entrepreneur aime surmonter des défis parce qu’il comprend que la plupart des opportunités sont entourées de défis. Surmonter un défi, c’est le prix à payer pour saisir une opportunité. Devant un défi, l’entrepreneur change le design, pas l’objectif. Si ce qu’on fait ne fonctionne pas, on change le design. Si la pédagogie qu’on dispense ne produit pas des élèves qui deviennent les entrepreneurs de leur vie, on change le design. Le design.

5. Place l’élève au coeur de toutes les décisions.

L’entrepreneur est au service de l’autre et tente de régler un «problème» pour l’autre. C’est une autre façon de présenter l’idée d’ajouter de la valeur à l’autre. L’entrepreneur qui réussit est constamment en train de communiquer avec les personnes qu’il sert afin de toujours mieux répondre à leurs besoins. Au coeur de l’éducation de qualité, il y a l’engagement et l’apprentissage de l’élève. Pour entreprendre l’apprentissage avec ambition, l’entrepreneur est en constante communication avec l’élève, donne une voix à l’élève et place même l’élève au coeur de toutes les décisions. Mise en garde : ça, c’est facile à dire, moins facile à vivre. #émotions Qu’est-ce qui changerait dans votre école, si toutes les décisions étaient prises dans le meilleur intérêt des élèves?

6. Passe à l’action.

C’est bien d’avoir des idées pour innover. C’est bien d’avoir un plan bien articulé. C’est bien de le communiquer clairement. C’est bien de discuter du plan dans les structures de collaborations qui sont en place. Mais tout se passe dans l’action. Après le plan et entre les rencontres. C’est en présence de l’autre que l’entrepreneur ajoute de la valeur à l’autre. C’est en présence de l’élève que nous transformons l’éducation. Tout ce qui se passe lorsque l’élève n’est pas là… c’est important, mais ce n’est pas là que ça se passe. Pensez à tout ce qui se passe entre les adultes dans les écoles pour tenter d’innover et posez-vous la question : «Qu’est-ce que ça change ou qu’est-ce qui change pour les élèves?» On ne peut pas transformer l’expérience d’apprentissage de l’élève sans que l’expérience d’apprentissage vécue par l’élève ne soit transformée.

7. Est patient.

La transformation de l’expérience d’apprentissage ne se produit pas du jour au lendemain. Long terme. On vise le progrès, pas la perfection du premier coup. Patience. L’entrepreneur tombe en amour avec son pourquoi, pas le quand.

8. Fait confiance à son intuition.

L’entrepreneur a des idées. Les idées ne viennent pas toujours de la recherche ou d’un manuel. L’entrepreneur apprend à faire confiance à son intuition. La petite voix qui nous propose une autre façon de faire, une autre façon d’aider. C’est parfois stressant. Surtout lorsqu’on n’a jamais entendu parler de cette idée qui nous vient en tête. Ça ne peut quand même pas être une si bonne idée, quelqu’un d’autre l’aurait eu avant. Non………. Non. L’entrepreneur mise sur son unicité. C’est ce qui lui permet de se distinguer. Je crois fermement que chaque individu en éducation a quelque chose d’unique à apporter. Il y a des choses en éducation qui vont exister parce que vous existez, parce que vous vous distinguez.

9. Sait vendre l’excellence.

J’ai hésité avant d’utiliser le mot «vendre». Ça pourrait être mal vu. Très tôt dans ma carrière d’enseignant, je me suis rendu compte qu’une de mes premières tâches était celle d’un vendeur. Que je devais vendre à mes élèves l’idée je valais la peine d’être respecté comme enseignant et qu’ils valaient la peine de s’investir en eux et qu’ensemble, on vise l’excellence. C’est exigeant, ça. L’entrepreneur fait la même chose. Il vend l’idée que l’autre peut accéder à l’excellence. En salle de classe, il peut être fort puissant de devenir de bons à raconter des histoires de succès. Pour inspirer, pour donner le goût. Parce qu’on coeur des nouvelles pédagogies émergentes, actives, participatives, en profondeur… c’est un élève à qui on en demande plus que dans le contexte de l’enseignement traditionnel. Soyons honnêtes. Les élèves n’organisent pas des rencontres entre eux le weekend en se disant qu’ils ont donc hâte que l’école leur en demande plus. Non. Les nouvelles pédagogies sont meilleures, à condition que la motivation devienne intrinsèque. Leadership, influence, raconteur… vendeur.

10. Ne donne pas d’excuses.

Le dernier fait mal, mais il fait du bien 😉 L’entrepreneur accepte la responsabilité de tout ce qui se passe dans son entreprise. Il n’a pas de liste de choses ou de personnes à blâmer pour expliquer l’état des lieux. En fait, il n’y a qu’un nom sur la liste : le sien. Maturité. Lorsqu’on accepte la responsabilité pour ce qui se passe (même si ce n’est pas toujours le cas, mais c’est une posture) on accepte aussi qu’on a un pouvoir d’action sur tout ce qui se passe. À la fin de la réflexion ou de l’analyse de toute situation il y a cette phrase : «Qu’est-ce que je peux faire maintenant.» Pas d’excuses. Ce serait accepter la médiocrité alors qu’on vise l’excellence.

Quelles idées ajouteriez-vous à cette liste?

Merci de vos commentaires 🙂

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La classe «flexible»?

Avec l’avènement des nouvelles technologies et des nouvelles approches en éducation, on entend de plus en plus parler de la classe «flexible». Un concept qui génère plusieurs questions et préoccupations même. En voici quelques exemples.

  • «C’est quoi au juste, la classe flexible? Autre qu’une classe Pinterest…»
  • «L’ameublement flexible coûte cher, très cher. Est-ce possible d’avoir une classe flexible sans budget?»
  • «À quoi ça sert, une classe flexible? On en a déjà assez à faire présentement, non? Ça fit où?»
  • «Moi, j’aime ça des chaises ordinaires. Les ballons, pas tant!»

Je vous partage ici mon grain de sel au sujet de la classe flexible. C’est là où j’en suis dans ma réflexion.

Au-delà des ballons : l’apprentissage en profondeur!

Dans Définir les compétences du 21e siècle (un document de réflexion), une des sept incidences sur la pratique se lit comme suit (voir la page 32) :

« Le point central de l’enseignement : des pratiques axées sur « l’apprentissage en profondeur » et de nouveaux partenariats d’apprentissage s’imposent pour que les élèves acquièrent les compétences du 21e siècle. 

« L’apprentissage en profondeur » est « le processus au cours duquel une personne parvient à s’approprier les enseignements tirés d’une situation et à les appliquer à de nouvelles situations » (Pellegrino et Hilton, 2012, p. 5, traduction libre). On le décrit aussi comme étant le développement et l’application pluridisciplinaire d’habiletés transférables. L’apprentissage en profondeur implique l’interrelation des domaines cognitif, intrapersonnel et interpersonnel. (voir la page 11 du document pour consulter le visuel)

L’attention accordée à l’« apprentissage en profondeur » signale une mutation dans le rôle de l’enseignante ou de l’enseignant, dont « l’attention jusque-là concentrée sur le contenu à couvrir se reporte sur le processus d’apprentissage et sur le développement de la capacité des élèves à prendre en charge leur propre apprentissage et à tirer parti de celui-ci. L’enseignante ou l’enseignant doit devenir la ou le partenaire de l’élève dans les activités d’apprentissage en profondeur, celles-ci se caractérisant par la recherche, la connexité et des enjeux authentiques et significatifs » (Fullan et Langworthy, 2014, p. 7, traduction libre). »

La classe flexible, comme toute autre approche pédagogique dans l’école d’aujourd’hui, doit faciliter l’apprentissage en profondeur. C’est notre pourquoi collectif. La classe flexible, à mon humble avis, commence d’abord par la posture de l’enseignant (je dirais davantage du leader puisque ça s’applique à tout le monde) et ça mène à la flexibilité dans le design pédagogique.  D’où la mutation dans le rôle. La classe flexible, c’est beaucoup plus qu’un changement esthétique au niveau de l’ameublement. C’est un changement de posture.

La classe flexible, ça part du concepteur pédagogique! @bourmu

«Oui mais l’environnement physique est important!»

Je suis d’avis qu’un nouvel environnement physique peut stimuler l’innovation pédagogique et mener à des changements dans les pratiques. Oui. Or dans mon vécu, un bel environnement flexible au niveau de l’ameublement ne mène pas automatiquement à un changement dans les pratiques, au service de l’apprentissage en profondeur. Mon message ici, c’est qu’on peut créer dès aujourd’hui un environnement flexible d’un point de vue pédagogique, même si on n’a pas le budget pour changer l’aménagement physique. J’ai vu des cours bien magistraux, axés sur le contenu et la bonne réponse, offerts dans des espaces hallucinants. J’ai aussi vu des cours qui font rêver, par leur design pédagogique et qui étaient offerts dans des classes bien ordinaires. La classe flexible, ça part du concepteur pédagogique!

Il n’y a pas d’ami, il n’y a que des moments d’amitié. (1)

Quelques éléments «flexibles» à considérer

Je vous partage donc quelques éléments à considérer pour ajouter de la flexibilité à votre design pédagogique. Toujours au service de l’apprentissage en profondeur et des nouveaux partenariats d’apprentissage. C’est ici que la posture de coach devient incontournable.

Le temps : Dans la planification annuelle, il faut prévoir du temps où l’élève pourra prendre le temps de se développer. Une chose bien importante à enseigner à nos élèves, pour qu’il y ait apprentissage en profondeur, c’est la responsabilité. Ils doivent prendre en main leur apprentissage et devenir les entrepreneurs de leur vie. C’est ici également qu’on prend le temps de leur enseigner la mentalité de croissance. Pour y arriver, il faut croire fermement que les élèves ont un potentiel illimité.

Comment alors pouvons-nous gérer autrement le temps précieux et limité que nous avons avec eux?

L’évaluation : On n’allume pas un feu avec un thermomètre. Comme on n’allume pas la flamme de l’apprentissage en profondeur à force d’évaluations sommatives. Il y a un lien direct entre évaluer autrement, notre façon de gérer le temps et la posture du coach. Pour évaluer autrement, il faut voir où se trouve la flexibilité que nous avons au niveau du temps, des exigences du programme et de cette gestion quotidienne des relations humaines que nous entretenons avec les élèves. Ici, on amène l’élève à documenter des preuves de ses progrès et de ses apprentissages. C’est ici qu’on soutient le développement d’une mentalité de croissance chez l’élève puisque nous l’aidons à donner un sens à ses efforts et à interpréter de façon constructive son cheminement.

Quelles pourraient être des stratégies d’évaluation au service de l’apprentissage en profondeur?

Comment conçoit-on une telle démarche pédagogique?

La personnalisation du programme : Apprendre en profondeur, c’est une démarche personnelle. Avec les outils technologiques à notre disposition, il est de plus en plus évident que la personnalisation de l’expérience d’apprentissage est non seulement possible, mais vraiment accessible à tous. Il suffit de le voir. Il suffit de voir la flèche dans le logo de FedEx, comme j’aime le souligner dans une de mes conférences. Vous saviez qu’il y a une flèche dans le logo de FedEx? Regardez l’image ci-bas. Regardez entre le E et le X.

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Maintenant, essayez de ne plus la voir! Une fois qu’on le voit, on ne peut pas ne plus le voir. Ça part du concepteur. Dans la classe flexible, il y a une place pour la voix de l’élève. Dans la classe flexible, il y a une place pour les forces, les talents et les intérêts des élèves. C’est même le point de départ de la démarche pédagogique! Le voyez-vous? J’aborde la question en profondeur dans Quand l’inukshuk tombe sur la tête. C’est ici qu’on peut réellement jouer le rôle de coach auprès des élèves. On identifie le talent, on positionne le talent (dans sa zone proximale d’intérêt et de développement) et on outille bien le talent (avec du soutien, des contextes, des stratégies, des outils…). On part de la personne, pas du programme.

À quoi pourrait ressembler une démarche pédagogique flexible qui vous permette de jouer un rôle de coach auprès de vos élèves?

La classe flexible? L’environnement flexible le plus important en éducation se trouve entre nos deux oreilles, les amis 🙂 Le reste n’est que la manifestation de cette flexibilité (posture).

C’était mon grain de sel.

Merci de vos commentaires.

 

 

Payer le prix! Mais lequel?

Dans la vague de la rentrée scolaire, j’ai eu la chance de rencontrer plusieurs collègues d’un peu partout pour les aider à se propulser dans l’année scolaire 2019-2020. Comment on part ça une année scolaire? En fait, tout le monde sait ce qu’il veut faire et ce qu’il a à faire. Mais comment on fait pour passer à un autre niveau? Dans mon dernier billet, je parlais de l’engagement de l’élève. C’est souvent ça le dilemme en début d’année (toute l’année en fait) : comment on fait pour mobiliser les personnes qui nous sont confiées sans partir en peur avec le programme (ou le projet éducatif) en laissant tout le monde derrière nous (désengagement)? C’est quand même très complexe. Permettez-moi de vous raconter une histoire…

Lorsqu’on est en mode survie, on n’a pas le goût de se rapprocher de nos élèves. @bourmu

L’histoire d’une collègue

À l’époque où j’étais enseignant de français au secondaire, j’ai eu la chance d’accueillir une nouvelle collègue à l’école et de l’accompagner. On pourrait dire que j’agissais un peu comme un mentor. Lors d’une de nos rencontres de planification, elle me racontait un peu ce qui se passait dans sa classe et elle m’expliquait les stratégies qu’elle souhaitait mettre en place pour améliorer ce qui se passait dans sa classe. Si ma mémoire est bonne, c’était fin septembre début octobre. En l’écoutant, j’ai remarqué qu’elle avait les émotions à fleur de peau et que derrière les stratégies qu’elle me présentait, il y avait ce grand besoin de contrôle. Je me suis reconnu. Comme moi à un moment dans ma carrière, elle essayait de tout anticiper, minute par minute. «S’il se passe ça, je vais faire ça. Pour que ceci ne se passe pas, je vais faire xyz.» J’ai perçu une certaine anxiété et qu’elle travaillait très fort mais que l’engagement de ses élèves n’était pas au rendez-vous. Je dirais même que certains de ses élèves commençaient à activement résister à son approche. La relation qu’elle entretenait avec ses élèves était axée sur le contrôle (le sien) et l’obéissance des élèves (confirmation qu’elle était en contrôle). Si j’avais eu à identifier une question qui guidait ses réflexions, j’aurais choisi la suivante : «Comment puis-je m’assurer que tous les élèves font ce qu’ils ont à faire, comme je le dis, quand je le dis?» Je l’ai regardée droit dans les yeux, et avec toute l’empathie non verbale possible, je lui ai demandé : «Tu travailles très fort à essayer de tout prévoir (j’ai été poli). Comment aimerais-tu te rapprocher de tes élèves et les amener à avoir le goût de travailler aussi fort que toi, avec toi?» Elle m’a regardé comme si j’étais un extraterrestre en prenant le temps de choisir sa réponse. «Ce n’est pas possible avec ce groupe-là. J’ai tout essayé.» Ok. Lorsqu’on est en mode survie, on n’a pas le goût de se rapprocher de nos élèves… Ça exige trop de vulnérabilité de notre part. Je l’ai vécu. Et pourtant…

Les parents nous envoient leur meilleurs enfants. Ils ne gardent pas les meilleurs à la maison. @bourmu

S’établir comme leader

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Au début de l’année, on s’établit comme leader dans sa salle de classe. Tout est dans notre façon d’interpréter ce qui se passe autour de soi. Un(e) leader, ça voit plus loin que la fin d’un cours, d’une journée ou d’une semaine. Vision. Objectifs à long terme. Un(e) leader sait qu’on assied son leadership sur les relations. Tout part de là. Je suis tombé sur ce visuel dans la Story de @gcouros hier soir. Ça m’a rappelé l’histoire de ma collègue 🙂 On parle souvent de l’importance de la rétroaction pour favoriser l’apprentissage. On parle moins du lien explicite entre la rétroaction pour établir une relation ou une connexion de qualité avec les élèves qui nous sont confiés. Je ne me souviens plus où j’ai entendu le message de Nicholas A. Ferroni, mais il m’a marqué. Je suis d’avis que l’école peut réussir à créer les conditions pour que l’apprentissage de haut niveau se produise, malgré ce qui se passe à la maison.  Les élèves qui se sentent aimés viennent à l’école pour apprendre. Les autres viennent pour être aimés. Les élèves qui dérangent sont les élèves qui ont le plus besoin de nous. Quoi qu’il en soit, les parents nous envoient leurs meilleurs enfants. Ils ne gardent pas les meilleurs à la maison 🙂 En début d’année, les gens qui réussissent à s’établir comme leader dans leur salle de classe fournissent beaucoup de rétroactions à leur élèves. Mais une grande partie des conversations n’ont rien à voir avec l’apprentissage du programme.

Les élèves qui se sentent aimés 

3 aspects à considérer

Dans les salles de classe où un leadership pédagogique solide s’installe, les conversations portent quotidiennement sur les aspects suivants :

  1. La voix de l’élève : Amener les élèves à partager leurs passions; amener les élèves à partager leurs intérêts; parler de leurs attentes au sujet du fonctionnement, des routines et des processus; développer un langage commun en lien avec les stratégies pédagogiques qui seront utilisées fréquemment afin qu’ils prennent conscience des stratégies qui répondent le mieux à leurs besoins (ils pourront les choisir en octobre et en novembre); etc.
  2. La puissance du dépassement de soi : Amener les élèves à imaginer une meilleure version d’eux-mêmes; amener les élèves à rêver (On ne peut pas rêver lorsqu’on est en mode survie); se donner une intention qui va au-delà des exigences du cours, on veut contribuer; amener les élèves à croire en eux; amener les élèves à s’inspirer des possibilités qu’offre une nouvelle année, un peu comme une page blanche; faire appel à leur curiosité naturelle et au plaisir d’apprendre; parler de la mentalité de croissance; se fixer des objectifs personnels; etc.
  3. L’importance des routines, des processus et du nous très fort : Orchestrer des succès rapides pour tous les élèves en mettant l’accent sur les routines et sur les processus de groupe qui soutiennent les progrès et les résultats (avec moi, vous allez réussir); mettre l’accent sur les habiletés d’apprentissage et sur les habitudes de travail plutôt que sur l’intelligence; mettre l’accent sur la richesse de la diversité du vécu et des talents dans le groupe; vivre la mentalité de croissance; valoriser l’effort; autoévaluation de groupe en lien avec les routines, l’effort, les processus et le fonctionnement de la classe; se fixer des objectifs de groupe; «Je crois en vous.» (parce que je crois en ma capacité de vous amener à progresser); etc.

Ces conversations sous-entendent un certain désir de se rapprocher des élèves. Elle sous-entendent une ouverture à une certaine vulnérabilité.

Lorsqu’on ouvre la conversation avec les élèves, on s’ouvre aux élèves. @bourmu

La vulnérabilité : le prix à payer

«Croyez-vous que tous les élèves peuvent réussir?» Lorsque je pose la question, habituellement, tout le monde dit que oui. Cette croyance se traduit par «Je crois en toi, mon élève.» Qui n’a pas affirmé cela à ses élèves? Or je remarque que ce message vient souvent avec une condition implicite : l’obéissance. La phrase sous-entendue est davantage : «Je crois en toi, mon élève. Tant que tu m’obéis!» Ou quelque chose du genre.  Dans mon vécu, ce qui influence la capacité d’un(e) leader à s’établir dans sa salle de classe passe sans contredit par la vulnérabilité. Selon Brené Brown, la vulnérabilité, c’est tout simplement le fait d’accepter que nous ne contrôlerons pas le résultat. Lorsqu’on ouvre la conversation avec les élèves, on s’ouvre aux élèves. Qui peut savoir comment ça va se passer? Et que faire s’ils perçoivent cela comme un signe de faiblesse ou comme une ouverture pour fournir moins d’effort ou encore pour se mettre à négocier? C’est l’art d’enseigner. Dans mon vécu, ce qui nous protège de ces situations (opter pour le contrôle plutôt que la vulnérabilité) nous empêche aussi d’accéder au prochain niveau. Ce niveau où les relations avec les élèves sont respectueuses et positives. Ce niveau où les élèves s’engagent avec leur leader. Ce niveau où les élèves parlent en bien de nous, même si on donne des devoirs. Ça se peut! Ce niveau où ils demandent de la rétroaction descriptive, l’accueillent et la réinvestissent. Non seulement au sujet de la qualité de leur travail, mais aussi au sujet de la qualité de leurs habitudes de travail. La vulnérabilité.

À quel prix?

Quoi qu’il en soit, tout le monde paie le prix. Ça dépend de la vision et des aspirations qu’on se donne. En général, ceux qui n’osent pas payer le prix de la vulnérabilité, paient l’autre prix : la gestion quotidienne du contrôle, du désengagement de l’élève ou de cette simple indifférence qui peut planer quand ça «ne clique pas». Se placer soi-même dans un environnement où les élèves n’achètent pas ce qu’on vend, ça use. Même si ce n’est pas le but, on a besoin de se sentir aimés de nos élèves, nous aussi.

La vulnérabilité, c’est le prix à payer pour passer à un niveau supérieur de leadership mais aussi à un niveau supérieur de qualité de vie. Ça demande du courage et une mentalité de croissance. Parfois, les jeunes ont besoin de nous tester un peu pour voir qu’on est sérieux. C’est normal. Les adultes les déçoivent parfois.

Pensez à vos meilleures relations, pensez à vos moments joyeux dans le passé et vous constaterez que ces relations, ces moments joyeux se sont probablement produits parce que vous avez osé être vulnérable à un moment donné. Avec un élève ou avec un groupe d’élèves. Vous avez ouvert la conversation. C’est ça, le leadership. On s’ouvre à l’autre et on attend la réponse.

Merci de vos commentaires 🙂

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le plus grand défi en éducation?

C’est la rentrée les amis. C’est le moment d’accueillir les élèves qui nous sont confiés cette année. C’est le moment d’établir les relations, les routines, les processus et le climat qui nous permettront d’amener tous les élèves à apprendre et à progresser. Le mois de septembre, c’est le mois où on met systématiquement l’accent sur ces aspects si importants en éducation. C’est important. C’est la clé pour nous aider à relever le plus grand défi en éducation : susciter l’engagement de l’élève.

L’engagement de l’élève

En 2009, l’Association canadienne d’éducation publiait cette infographie qui illustre clairement le défi que nous tentons tous de relever. L’engagement de l’élève.

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Trois types d’engagement

Avec cette infographie, ACE y définissait 3 types d’engagement. Soit l’engagement social, l’engagement scolaire et l’engagement intellectuel. Inutile d’insister sur l’importance des relations, des routines, des processus et du climat scolaire pour favoriser ces trois types d’engagement. Si l’engagement de l’élève est au coeur des conversations dans votre établissement, je vous invite à remarquer qu’il existe un nuance importante entre ces trois types d’engagement et l’obéissance. L’obéissance ne mène pas nécessairement à ces trois types d’engagement. Et la désobéissance n’est pas nécessairement un signe de désengagement.

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La technologie à elle seule ne règle pas tout…

Dix ans plus tard, le système d’éducation a réussi à intégrer le numérique dans les écoles. Le but : améliorer l’engagement et l’apprentissage des élèves. Plusieurs écoles et CS tentent aussi d’innover à l’intérieur de la boîte et d’évaluer autrement, évaluer au service de l’apprentissage. Le but : que l’évaluation augmente l’engagement et l’apprentissage de l’élève. Nous tentons toujours de trouver des solutions à l’engagement de l’élève. La leçon ici : la technologie ne peut régler à elle seule le défi de l’engagement de l’élève. C’est beaucoup plus complexe que ça. C’est le coeur même de la pédagogie que nous devons regarder ensemble.

L’engagement intellectuel : la clé de l’apprentissage en profondeur

J’attire votre attention sur l’engagement intellectuel, qui, à mon humble avis, est la clé de l’apprentissage en profondeur. Il est très difficile d’espérer amener nos élèves à développer des compétences et à apprendre en profondeur sans avoir leur engagement intellectuel. C’est pour cette raison qu’on parle tellement de leadership pédagogique depuis quelques années. Qu’est-ce qui fait qu’un élève s’engage intellectuellement dans une tâche? Est-ce que ça veut dire que l’élève doit aimer la tâche? Est-ce que ça veut dire qu’on doit chercher à plaire à nos élèves? Je ne crois pas, non. L’engagement intellectuel, c’est tout simplement le fait d’être actif sur le plan cognitif. On passe d’abord par le coeur avec les relations positives, les routines, les processus, le climat scolaire… Mais il y a plus.

3 points à considérer pour susciter l’engagement intellectuel de l’élève

La qualité de la tâche ou du travail présenté à l’élève y serait pour beaucoup. Voici 3 points à considérer pour qu’un élève ait le goût de s’engager intellectuellement dans une tâche. Ici, on tient pour acquis qu’une relation positive est établie avec l’enseignante ou  l’enseignant.

À la fin d’un cours ou d’une leçon…

  1. L’élève sait ce qu’il a appris. L’idée, c’est d’être explicite au sujet des résultats d’apprentissage visés. Une façon de le faire, c’est d’indiquer au menu du jour, à la première personne du singulier, les apprentissages qui seront réalisés par les élèves. En voici un exemple. (Merci à Julie Thivierge de la CSDN pour le partage)Capture d’écran 2019-08-25 à 12.39.35.png
  2. L’élève sait pourquoi il l’a appris. Ici, on donne un sens à ce qu’on enseigne. On replace le contenu dans son contexte authentique pour en montrer l’utilité. «Ça compte» ou «C’est sur le test.» fonctionne de moins en moins. Ça demande de savoir ce qu’on enseigne mais aussi pourquoi on l’enseigne.
  3. L’élève sait comment il va l’utiliser. C’est ici que la pertinence du contenu, de la tâche (authentique) et l’évaluation au service de l’apprentissage viennent boucler la boucle du sens. Pourquoi ceci maintenant? C’est ici que la voix de l’élève et la personnalisation permettent de transformer l’expérience d’apprentissage de l’élève. Les élèves ne s’attendent pas à des tâches moins demandantes. Ils veulent de la rigueur et de la pertinence. La tâche doit valoir leur temps et leur énergie. C’est un peu comme si les principes andragogiques s’appliquaient maintenant à la pédagogie. Une bonne question à se poser : «Est-ce que je voudrais être un élève dans ma propre classe?»

Pour en savoir plus au sujet des principes de pratiques pédagogiques efficaces, je vous invite à consulter le document Un cadre et une rubrique (ACE 2009). Si vous oeuvrez au Québec, c’est un superbe outil pour l’orientation 2 du PAN, sans toutefois mettre l’accent sur le numérique.

Le plus grand défi en éducation?

Le plus grand défi en éducation, c’est de susciter l’engagement de l’élève.

Le plus grand défi en éducation, c’est de personnaliser l’apprentissage.

Le plus grand défi en éducation, c’est d’évaluer autrement.

Lorsqu’on évalue autrement, on personnalise l’apprentissage.

Lorsqu’on personnalise l’apprentissage, on suscite l’engagement de l’élève.

Relations, routines, processus, climat… rigueur et pertinence.

Et vous, quels points ajouteriez-vous pour favoriser l’engagement intellectuel de l’élève?

Merci de vos commentaires

Je vous souhaite une très agréable rentrée scolaire.

 

Faire croître une culture d’apprentissage!

Le virage pédagonumérique nous amène à transformer nos approches pédagogiques afin de développer des apprenants à vie. Il importe donc de créer une culture d’apprentissage dans nos classes, dans nos écoles et dans nos CS. Je vous propose un modèle qui permet de développer un langage commun pouvant soutenir un culture d’apprentissage pour tous. Ici, je mettrai davantage l’accent sur la direction d’école 🙂

Être un modèle

Quand j’offre de la formation en leadership pédagogique, les participants mentionnent souvent l’importance de la modélisation. C’est connu. Le gens font ce qu’ils voient. Les gens reproduisent ce qu’ils vivent avec leurs leaders. Par exemple, on pourrait dire que la qualité des réflexions et des discussions vécues avec les membres du personnel pourrait déterminer la qualité des réflexions et des discussions vécues en salle de classe. D’où l’importance, comme leader pédagogique, de modéliser intentionnellement les comportements pédagogiques attendus de son personnel. Mais qu’est-ce que ça signifie au juste pour la direction d’école?

Le modèle pédagogique de l’enseignant

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En 2012, je publiais L’inukshuk : pour mettre l’élève au centre de son apprentissage, qui fait un survol des 7 stratégies d’évaluation au service de l’apprentissage et en tant qu’apprentissage, telles que présentées dans Faire croître le succès, la politique du ministère de l’Éducation de l’Ontario (MÉO) en matière d’évaluation et de communication du rendement des élèves. Ces 7 stratégies s’appliquent à toutes les matières et à tous les niveaux scolaires. Elles constituent le coeur du modèle pédagogique de l’enseignant en Ontario, à mon avis. Si je suis direction d’école, comment pourrais-je modéliser ces pratiques lorsque je suis avec mon personnel? Bonne question. Mais explorons davantage d’où viennent ces 7 pratiques pour voir s’il y a lieu de faire un lien plus clair au leadership.

Les 3 processus qui soutiennent les 7 stratégies

Le modèle pédagogique de l’enseignant découle de trois processus, selon Black et Wiliam (2009). Voici une source d’information intéressante au sujet de leur recherche. Les trois processus sont (traduction libre) :

  1. Susciter des preuves d’apprentissage
  2. Interpréter les preuves d’apprentissage
  3. Passer à l’action

Ces trois processus donnent tout leur sens aux 7 stratégies d’évaluation au service de l’apprentissage et en tant qu’apprentissage. Quels liens peut-on faire avec le leadership?

Le leadership pédagogique, c’est comme Google Maps!

Quand on y pense, la tâche principale de tout leader est d’amener un changement positif dans son milieu. C’est tout. En bref, pour y arriver, le leader doit savoir communiquer clairement la vision, faire une bonne évaluation de l’état des lieux et établir un plan d’action pour actualiser la vision. Le leadership pédagogique, c’est comme Google Maps!

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DESTINATION : Il importe de savoir où on veut aller et peindre un portrait bien clair de ce qui est attendu de la part de tous en matière de pédagogie (p. ex., l’inukshuk), mais aussi en matière d’évaluation du rendement et d’utilisation des technologies, au service de l’apprentissage.

POSITION ACTUELLE : Il importe aussi de bien connaître les forces et intérêts de son personnel en matière de stratégies pédagogiques, de stratégies d’évaluation (J’isole volontairement l’évaluation.) et en matière d’utilisation des technologies, au service de l’apprentissage. Il importe d’avoir une interprétation juste de ce qui se passe présentement dans son école. Ces informations constituent la base sur laquelle la direction pourra s’appuyer pour communiquer et célébrer les progrès de l’équipe, dans l’actualisation du plan d’action : l’itinéraire.

L’ITINÉRAIRE : Qu’on l’appelle Plan d’amélioration d’école, Projet éducatif, Plan d’action pédagonumérique… Le plan, c’est l’itinéraire qu’on se donne pour actualiser la vision (destination). C’est ici qu’il est important d’être flexible dans les moyens et dans les points d’entrée afin que tous les membres du personnel puissent trouver une façon de faire les premiers pas qui ont un sens pour eux. En classe, on parlerait de différenciation. C’est semblable. En ce sens, un plan d’action peut cibler la pédagogie, les environnements d’apprentissage, l’utilisation de la technologie au service de l’apprentissage, l’innovation au niveau des pratiques en évaluation etc. Une excellente façon d’aborder ces aspects avec son personnel, c’est par le biais de théories d’action. Ce sera pour un autre billet 🙂

Bref, de cet angle, le leadership pédagogique ressemble drôlement aux trois processus de Black et Wiliam, non?

Et si la direction avait son modèle pédagogique…

Au fil du temps, en discutant avec des collègues, en me questionnant sur le leadership pédagogique et sur l’importance de modéliser, je me suis demandé s’il était possible que la direction ait sa version de l’inukshuk. En autres mots, est-ce possible que la direction puisse s’appuyer sur des stratégies claires (un modèle commun) pour actualiser son plan d’action (peu importe le nom du plan). L’idée, c’est toujours d’amener un changement positif. Dans le cas des écoles, c’est d’amener un changement positif dans nos pratiques pédagonumériques pour améliorer continuellement l’expérience d’apprentissage des élèves qui nous sont confiés. Il y a quelques années, Josée Hébert (@joseehebert) et moi avons offert un atelier dont l’objectif était de faire jaillir ce modèle commun. J’ai continué de le faire puisque les discussions sont toujours extraordinaires. Jusqu’à présent, j’ai vécu l’expérience avec environ 600 directions. Voici ce que ça donne. Vous y trouverez un mélange des trois processus de Black et Wiliam et de Google Maps.

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Le modèle expliqué

QUELLE EST NOTRE CIBLE? : La première question est au présent. Et ce n’est pas LA cible de la direction. C’est NOTRE cible, comme ce sont NOS élèves et c’est NOTRE école. C’est une question qu’on doit se poser à tous les jours. Elle répond à «Pourquoi faisons-nous ce que nous faisons?» Le leadership d’une direction d’école, ça se passe surtout lorsqu’on sort de son bureau et qu’on va à la rencontre des gens. Les gens nous accrochent au passage : «As-tu deux minutes?», «Pourrais-tu m’expliquer…?» C’est tellement stimulant. Et c’est là, souvent, qu’on a l’occasion de communiquer voire de marteler la vision, la destination, de motiver, de rappeler, de féliciter. Or ces moments sont brefs. Alors, pouvez-vous communiquer la vision en 30 secondes? Quel pourrait être cet énoncé que vous pourriez réutiliser pour amener de la clarté? Si la cible est claire et qu’elle ne bouge pas, tous peuvent l’atteindre.

COMMENT ALLONS-NOUS PROGRESSER? : La deuxième question est au futur simple. Elle suppose qu’on se donne un premier plan de match, un itinéraire où tous les membres du personnel ont un point d’entrée. Mais elle suppose aussi qu’il y aura des moments clés où, comme suggéré par Black et Wiliam, nous prendrons le temps d’interpréter où nous en sommes dans le plan afin d’apporter les ajustements requis et afin de célébrer les progrès. Ensemble.

QUELLES SONT LES PREUVES QUE NOUS PROGRESSONS? : De retour au présent. Si c’est NOTRE plan, NOTRE école et que ce sont NOS élèves, cette question se pose à tous les jours. On se la pose en pédagogie : «Quelles sont les preuves que mes élèves sont en train d’apprendre ce qu’ils doivent apprendre dans mon cours?» Et au niveau de plan d’action de l’école, en même temps, on se doit de se poser la question : «Quelles sont les preuves que je suis en train d’améliorer tel ou tel aspect de ma pratique? ou Qu’est-ce qui doit se passer (dans ma zone de contrôle) pour que je sente que les choses s’améliorent dans ma classe?» Le monitorage. Dans une école où règne une culture de l’apprentissage, le monitorage des progrès des élèves et le monitorage des progrès (nos pratiques) que nous faisons en tant que personnel peut être fait par tous les acteurs. Imaginez un portfolio numérique d’une école, nourri par tous les acteurs…

COMMUNIQUER : On entre dans la partie des verbes d’action du modèle. Un leader, ça communique. Ici, le lien évident avec le modèle de l’enseignant, c’est la rétroaction. C’est vrai et c’est pertinent que la direction donne de la rétroaction. Mais la direction communique ce qui est prioritaire, important et valorisé par sa façon d’utiliser le budget de l’école, par sa façon de répartir et de mettre au service des élèves les ressources humaines et matérielles de l’école, par ses stratégies et sa façon d’utiliser le temps lorsqu’elle est responsable du développement professionnel de son personnel, par son utilisation des médias sociaux pour son école, par les exigences discrétionnaires en matière d’évaluation du rendement des élèves… Les actions du leader communiquent. Ça vaut la peine d’y réfléchir et d’être le plus intentionnel possible.

CRÉER : Pour soutenir la progression, l’amélioration continue de nos pratiques et de nos processus, la direction peut créer des occasions pour son personnel. Pour réfléchir à sa pratique, pour se fixer des objectifs personnels et pour apprendre. Diverses possibilités s’offrent à nous. Ce sera pour un autre billet.

Si la cible est claire et qu’elle ne bouge pas, tous peuvent l’atteindre. @bourmu

Une culture d’apprentissage, ça se crée.

Je vous rappelle que les idées que je vous présente dans ce billet sont le fruit de plusieurs conversations avec des gens de partout, de tous les milieux. Pour moi, ce sont des faiseurs de possible. Des gens qui sont en train de créer, par leurs actions, une culture d’apprentissage dans leur milieu. Comme le dirait John C. Maxwell, le leadership, ce n’est pas un nom, c’est un verbe, c’est être en action, en mouvement. Une culture d’apprentissage, ça se crée par nos actions. Le plan d’action est important. Mais le plan contient des mots. La vision, c’est ce qu’on dit. La culture, c’est ce qu’on fait, ce qu’on vit.

À mon avis, les idées présentées dans ce billet s’appliquent à la salle de classe (enseignant), à l’école (direction), et à la CS (leaders systémiques). Langage commun. C’est de toute beauté.

Et vous? Quelles sont vos stratégies pour créer une culture d’apprentissage dans votre classe, école, CS?

Merci de vos commentaires 🙂

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