Enseigner les 6C… sans technologie?

«Est-ce qu’on peut développer les 6C de nos élèves sans technologie, sans accès à Internet?» C’est une question qui revient depuis quelque temps. La réponse que je donne habituellement, c’est : «Bien sûr que oui!». On peut certainement développer la pensée critique, la créativité, la connaissance de soi, la communication, la collaboration, la citoyenneté de nos élèves, en salle de classe. Pour en savoir plus sur les 6C, je vous invite à consulter le tout récent document de réflexion, Définir les compétences du 21e siècle, publié par le ministère de l’Éducation de l’Ontario.

«Est-ce qu’on peut développer les 6C de nos élèves sans technologie, sans accès à Internet?»

Développer les 6C, sans technologie?

Or quant on y pense, le 6C pouvaient être développés dans le temps des Romains également. Sérieusement. Je me rends compte, à force de réflexion, que les 6C doivent être enseignés, oui, mais dans le contexte de 2016. En 2016, notre vie se passe en partie en personne, en partie dans un contexte numérique. On peut donc affirmer pouvoir développer les 6C de nos élèves sans technologie, dire qu’on le fait depuis toujours, qu’on n’a pas besoin de changer… Et c’est vrai. En partie.

Un contexte s’ajoute à notre vie!

Ce qui a changé, c’est qu’un contexte numérique s’est ajouté à notre vie de tous les jours.
Ce contexte est complexe et transforme, qu’on le veuille ou non, la façon dont on vit notre vie. En effet, nous passons continuellement d’un contexte à l’autre, du face à face au virtuel. D’un seul geste, iPhone à la main, nous pouvons être présent physiquement devant notre collègue par exemple, mais présent d’esprit avec quelqu’un d’autre dans le numérique. Ça m’arrive très souvent. Vous vous reconnaissez? Pensez-y. Avec le numérique, avoir l’esprit ailleurs, c’est concret et réel. JPEG image-96FEC7FF6A38-1.jpeg

Les 6C… dans le contexte numérique

Le contexte numérique est beaucoup plus qu’une distraction dans nos vies. Si on veut sérieusement parler des 6C, il faut être conscient des contextes dans lesquels les 6C seront utilisés, enseignés, développés, appliqués. Les gens qui affirment enseigner les 6C depuis longtemps, n’ont pas nécessairement tort. Quand on parle de faire le virage au numérique, ça signifie, entre autres, que les élèves doivent développer les 6C dans les multiples contextes qu’offre le numérique. Notre rôle est d’accompagner nos élèves dans ces divers contextes. Que ce soit un simple document de collaboration, l’exploration d’un site Web, la publication d’un gazouillis ou un échange via une plateforme de visioconférence, il faut les outiller à savoir-faire (utiliser la technologie) et à savoir-être (citoyen numérique). En contexte. Mais à qui la responsabilité?

Continuum

Quand une nouveauté de l’ampleur des 6C fait son entrée dans le monde de l’éducation, le réflexe systémique est de se demander qui sera responsable de le transmettre aux élèves. JPEG image-0B772EE53496-1.jpegPlusieurs questions font alors surface. À quel niveau on commence à enseigner les 6C? Dans quel cours on fait les modules iCN avec les élèves? Quels outils sont incontournables? Souvent, on finit par produire un genre de continuum pour répartir dans les années d’études ou les matières, le contenu de la nouveauté. Dans le présent cas, des continuum de compétences technologiques sont produits pour répartir la responsabilité de l’enseignement des 6C dans le système. On finit parfois par vouloir enseigner des compétences technologiques très spécifiques, comme l’utilisation de l’italique, par exemple. Les discussions entourant la production de ces continuum sont, à mon humble avis, la plus grande richesse de tout ce beau processus. En effet, ce sont des discussions dont les gens ont le plus besoin pour faire le virage. Les outils seront de plus en plus nombreux et nous les utiliserons quand nous en aurons besoin. Si j’avais un continuum à produire, j’opterais pour un continuum de contextes numériques, et ce, pour deux raisons.

1re raison : En mettant l’accent sur un contexte numérique (communication, collaboration, achat en ligne, gestion de l’information…) et non un outil, il est plus facile de cerner et de ne pas oublier l’intention pédagogique.

2e raison : Les outils évoluent trop rapidement. L’espérance de vie d’un continuum de compétences technologiques serait… trop courte.

Selon vous, à quels contextes numériques un enfant de 5 ans, de 9 ans, de 15 ans… devrait-il être exposé?

Finalement, je crois sincèrement que les 6C doivent être enseignés dans des contextes de face à face et dans des contextes numériques. C’est ça la vraie vie en 2016.

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1 cadeau à se faire avant la fin de l’année

« Madame, t’es belle. T’es fine! On va s’ennuyer de toi! Bonnes vacances! » sont des paroles que plusieurs enseignantes de l’élémentaire (et secondaire possiblement) vont entendre de la part de leurs élèves d’ici peu de temps. C’est ce qu’on me rapporte. J’ai toujours trouvé que les gens de l’élémentaire étaient chanceux d’entendre de telles paroles de leurs élèves. Étant du secondaire, on entend davantage « Eille Monsieur, bonnes vacances, merci pour le cours. » J’aime à penser que ça veut dire la même chose.

La récolte

Quoi qu’il en soit, j’ai toujours vu la fin de l’année comme une récolte. D’abord une récolte du côté des relations avec mes élèves. Quand les élèves prennent le temps de venir nous voir, de nous adresser la parole, et au secondaire c’est souvent lorsqu’ils viennent de terminer leur examen, c’est pour moi un signe que des relations de qualité ont été entretenues. C’est là que la nature humaine de notre profession nous saute aux yeux. Ensuite, il y a la récolte du côté des apprentissages. Au secondaire, le dernier regard ou le dernier contact que nous avons avec nos élèves, c’est souvent lorsqu’on termine de corriger leur examen final, qu’on leur attribue une note. On voit ce que ça aura donné qu’ils passent dans notre classe. 110 heures. On voit leurs progrès à travers les preuves d’apprentissage que nous avons été en mesure d’extraire de chacun de nos élèves.

Triangulation

Depuis la publication de Faire croître le succès, le concept de triangulation en a fait jaser plus d’un. Pour toutes sortes de raisons. Comment donc tenir compte ou s’appuyer sur les productions des élèves, sur nos observations des élèves et sur nos conversations avec les élèves pour avoir la certitude qu’ils ont appris ce qu’ils devaient apprendre? Oui, on finit toujours par leur attribuer une note globale lors d’une unité ou même, pour un cours entier. Mais l’objectif, c’est d’être convaincu de l’apprentissage de nos élèves. Or le changement de paradigme en éducation nous oblige à revoir, à repenser la preuve d’apprentissage.

Repenser la preuve d’apprentissage

Capture d’écran 2016-05-29 à 21.33.46 «Dans mon temps», et c’était peut-être le vôtre aussi, les feuilles à bulles, les choix multiples, les associations, les définitions… généraient les preuves de nos connaissances. Le changement de paradigme nous invite à développer les compétences du 21e siècle, les 6C, chez nos élèves. La preuve d’apprentissage traditionnelle, la production (traces sur papier), ne suffit plus. Il faut donc repenser la preuve d’apprentissage, comprendre comment elle se manifestera chez l’élève. L’élève au centre de son apprentissage. Alors, concrètement, ça a l’air de quoi un élève qui apprend ce qu’il doit apprendre en 2016? Ça a l’air de quoi un élève qui démontre qu’il développe les 6C? Ce n’est pas évident à définir. Les critères ne nous viennent pas naturellement puisque nous ne l’avons pas vécu en tant qu’élèves. C’est à bâtir et c’est en constante évolution.

«Alors, concrètement, ça a l’air de quoi un élève qui apprend ce qu’il doit apprendre en 2016? Ça a l’air de quoi un élève qui démontre qu’il développe les 6C?»

1 cadeau à se faire

Je reviens donc avec la récolte. Les enseignantes et enseignants du secondaire corrigeront maintes et maintes copies d’examens, de travaux autonomes ou autres dans les prochaines semaines. J’affirme avec confiance que ces productions ne donneront accès qu’à une partie des apprentissages des élèves. Si vous voulez vraiment savoir ce que vos élèves ont appris, faites-vous un cadeau. Et c’est tout un cadeau!

«J’affirme avec confiance que ces productions ne donneront accès qu’à une partie des apprentissages des élèves.» @bourmu

Ayez une conversation avec eux. Questionnez-les, individuellement, pour le plaisir. Peut-être aurez-vous le goût de le faire plus formellement l’an prochain? Pas le temps d’avoir une conversation? Triste. Mais attendez! Dans 4 stratégies pour finir l’année sur une note positive, je suggérais d’inviter les élèves à créer un top 10 des apprentissages qu’ils ont faits dans votre cours. Avec des outils technologiques tels que Explain everything et Screencastify, vos élèves peuvent produire la preuve concluante qu’ils ont bel et bien appris ce qu’ils prétendent avoir appris. Et comme le disait un certain Einstein, «Si vous ne pouvez l’expliquer simplement, ce que vous ne le comprenez pas assez bien.» Bon défi pour vos élèves!

Faites-vous un cadeau! Avec tout l’effort que vous avez fourni pendant l’année, vous méritez bien ce moment de récolte!

Merci de vos commentaires!