La présentation orale… inversée?

La stratégie suivante a été présentée hier soir dans le cadre de notre tout premier webinaire : Tout pour réussir le #défi20prof. Vous pouvez voir l’enregistrement du webinaire ici.

Les présentations orales font partie de l’expérience d’apprentissage des élèves. Dans pratiquement toutes les matières, les élèves sont invités, à un moment donné, à faire une présentation orale devant leurs pairs. C’est un processus qui prend beaucoup de temps dans la classe. Jusqu’à 4 et même 5 périodes de 60 à 75 minutes. La question que je me suis toujours posée est : «Est-ce que cet investissement de temps de classe est un investissement qui en vaut le coût?» Investir tout ce temps pour évaluer un produit ou une performance… Pourtant, notre rôle est d’agir sur le processus, sur ce qui mène au produit de qualité, à la performance… Hmmm. Comment faire alors? Suivez-moi. J’ai une idée 🙂

Le temps

Le temps. C’est tellement important comment on choisit d’investir notre temps avec les élèves, n’est-ce pas? On dit toujours qu’on manque de temps. Si vos élèves présentent seulement deux fois pendant un semestre et que vous investissez 8, 9 et même 10 périodes pour passer, à tour de rôle, chacun des élèves dans le but de leur donner une note… Ça vaut la peine? Que font les autres élèves pendant ce temps? C’est comme si un enseignant d’éducation physique demandait à ses élèves de faire la file et de venir, à tour de rôle, faire un lancer au panier, par exemple. Le temps d’attente serait beaucoup trop long pour les élèves qui ne sont pas en action. C’est pour cette raison qu’on place les élèves en petits groupes ou en stations. Afin qu’ils soient en action, qu’ils puissent développer leurs compétences et recevoir de la rétroaction fréquente de leurs pairs ou de leur enseignant, qui circule dans le gymnase.

Investir du temps de classe pour apprendre, pas pour donner une note!

Alors dans le cas des présentations orales, qu’en est-il de l’évaluation au service de l’apprentissage? Comment faire de la place pour agir sur le processus? Impossible de même considérer faire présenter chaque élève afin de lui offrir une rétroaction, et ce, avant «que ça compte». Imaginez investir le temps de 20 périodes, pour 2 présentations orales. Non. Impensable. Et si on utilisait la vidéo! La vidéo pour faire une présentation orale inversée. Inversée parce que le temps de classe serait investi pour placer tous les élèves en action et leur permettre d’agir sur le processus. L’évaluation de la performance ou du processus pourrait se faire à l’extérieur du temps de classe… Après discussion avec ma collègue @maotechno, merci collègue, je vois 4 étapes au processus de la présentation orale inversée, et ce, avant l’évaluation (attribution d’une note) du produit ou de la performance et, mieux encore, pourquoi pas le processus.

Étape 1 : Planifier / créer sa présentation

À l’étape 1, l’élève planifie sa présentation orale et la crée en fonction des exigences et des critères qu’on a co-construits en classe. Puisqu’il est question d’une présentation orale inversée, nous aurons recours à la vidéo comme outil technologique pour soutenir cette démarche. C’est ce qui nous permettra d’avoir accès au premier jet de la présentation orale (processus) dans la classe, sans avoir à prendre le temps de classe pour générer ces premiers jets, un élève à la fois. Alors l’élève planifie en fonction de la forme et du fond de la présentation.

Étape 2 : Réaliser sa présentation

L’élève se pratique à la maison et on l’invite à produire une première ébauche de sa présentation orale à l’aide de son appareil mobile, par exemple. On l’invite à placer sa vidéo dans un espace infonuagique afin qu’on y ait accès en salle de classe. Google docs, Google classroom, YouTube, Google Drive… Choisissez votre méthode.

Étape 3 : Critiquer / Juger

L’élève se présente en classe et on l’invite, en équipes de 3, à visionner la vidéo de ses pairs et à la critiquer/juger dans le but d’offrir une rétroaction descriptive et constructive à partir des critères co-construits avec la classe. On place l’élève dans une posture d’évaluateur en l’invitant à s’appuyer sur des critères. Ça, c’est de l’évaluation EN TANT qu’apprentissage. Super puissant. Ça fait appel à la pensée critique. Ça amène l’élève à développer de l’empathie, à faire preuve de doigté et de tact, à s’ouvrir à la critique et à recevoir de la rétroaction. Vous pouvez encadrer ce processus de façon très structurée, si vos élèves ont besoin de ça pour se sentir en sécurité. Vidéo de 3 minutes et moins; On regarde la même vidéo en même temps (avec nos écouteurs); On prend 5 minutes pour discuter de la vidéo et offrir une rétroaction en utilisant la grille de rétroaction fournie par l’enseignant; On passe à la prochaine vidéo; etc. En 25 minutes environ, l’exercice est fait. Tous les élèves ont visionné 2 vidéos et donné une rétroaction à 2 de leurs pairs et ont reçu de la rétroaction au sujet de leur vidéo. Ou vous pouvez laisser les élèves vivre ce processus à leur façon, s’ils anticipent le succès et que le climat de confiance entre les pairs est présent. Vous connaissez vos élèves. À vous de décider. Mais en une période de 30 minutes, c’est fait. Imaginez la puissance de ce processus!

Étape 4 : Retravailler

Après avoir reçu une rétroaction, l’élève doit la réinvestir et retravailler sa présentation orale (vidéo). Il continue à pratiquer à la maison et il peut revivre ce processus (étapes 2, 3 et 4) à quelques reprises, et ce, SANS PRENDRE PLUS DE TEMPS QU’ON NE LE FERAIT NORMALEMENT. L’avantage? L’élève reçoit de la rétroaction et vit le processus qui mène à un produit ou une performance de qualité. Et l’enseignant a la chance de fournir, lui aussi, une rétroaction à chacun de ses élèves, AVANT «que ça compte».

D’autres avantages

Puisque les élèves produisent une vidéo, on développe cette compétence chez nos élèves. Combien d’entre eux veulent être des YouTubers? Hein!? Ça ouvre la porte à la citoyenneté numérique, les élèves peuvent se voir, eux aussi et s’auto-évaluer. Les parents peuvent voir la performance de leur enfant etc. Et que dire de l’anxiété. Combien d’élèves sont anxieux de présenter devant un groupe? Ce processus permet à l’élève de performer devant une caméra et seulement quelques élèves et l’enseignant lui donneront de la rétroaction. L’enseignant gère qui aura accès à la performance (vidéo) de l’élève. Ici, il faut faire preuve de jugement concernant notre ouverture sur le monde. Il faut impliquer les élèves et leur donner le choix. Qui pourra voir ma vidéo? Que de discussions à avoir avec les élèves… Mais le plus important, c’est qu’on peut mettre l’accent sur le processus et même n’évaluer que le processus. Amener l’élève à nous partager une réflexion sur son processus d’apprentissage. Comment il a vécu les 4 étapes? Qu’est-ce qui l’a aidé? Comment s’est-il amélioré?… Apprendre. Se développer.

Et maintenant?

Alors, chers collègues. Comment allez-vous choisir d’investir votre temps de classe avec vos élèves en ce qui a trait aux présentations orales? Traditionnellement, 2 présentations orales nous coûtent, et le verbe n’est pas trop fort, jusqu’à 10 périodes et les élèves sont passifs 99% du temps, ne reçoivent peu ou pas de rétroactions et on évalue le produit, la performance. Avec la présentation orale inversée, l’élève est actif 100% du temps, a la chance d’obtenir de la rétroaction et on peut évaluer le processus plutôt que le produit. On fait tout ça, en 5 périodes selon moi. 50% moins de temps. 1000% plus riche et stimulant.

La présentation orale inversée, chers collègues.

Repenser l’école, ça peut être ça.

On transforme, l’expérience d’apprentissage des élèves.

N’oubliez pas de demander à vos élèves d’apporter des écouteurs 😉

Merci de vos commentaires!

Internet, le héros obscur du virage

Que signifie «Faire le virage»?

On me demande souvent ce que «virage au numérique» veut dire, concrètement. Je ne sais pas s’il y a UNE réponse. Je me questionne. Chose certaine, au cours des dernières années, j’ai beaucoup lu et discuté avec mes collègues à ce sujet.

Des questions qu’on se pose quand on amorce le virage

  • Est-ce qu’on fait le virage quand on utilise des applications et des extensions dans Chrome?
  • Est-ce que le virage, c’est d’offrir un cours en ligne (complet ou hybride)?
  • Est-ce que c’est de mettre mes leçons dans Drive, dans Classroom?
  • Est-ce que c’est d’utiliser un agenda numérique et/ou Class Dojo?
  • Et si je permets les appareils mobiles en salle de classe?
  • Est-ce que je dois avoir un blogue ou être sur Twitter?

4 composantes du virage

Voici les 4 grandes composantes qui guident mes réflexions et mes actions en tant que leader et agent de changement en ce qui concerne le virage au numérique.

1. L’intégration des outils technologiques : Ce qui fait jaser le plus les gens depuis quelques années, c’est sans contredit la présence croissante d’outils technologiques qui sont disponibles gratuitement. Des outils, il y en a pour les fins et pour les fous! Les activités de type sommet Google font fureur et attirent plusieurs personnes en éducation qui souhaitent intégrer les outils technologiques dans leur pratique. Les bienfaits se font vite sentir, surtout au niveau de l’efficacité au travail. Avec la technologie, on sauve du temps! Autre bienfait : les élèves aiment les utiliser en salle de classe. En fait, ils aiment tout ce qui n’est plus «on voit un Powerpoint» ou «on produit un Powerpoint». À mon avis, l’intégration des outils technologiques, c’est l’étape du piton dans le virage au numérique. Je dois dire qu’une grande majorité des gens sont de plus en plus à l’aise avec le piton. Savoir utiliser les outils pour gagner en efficacité et pour faire vivre des activités engageantes aux élèves. D’ailleurs, il n’est pas rare de voir une personne assister à son premier sommet Google une année et de voir cette même personne animer des ateliers l’année suivante. C’est vraiment beau et inspirant à voir.

«Il n’est pas rare de voir une personne assister à son premier sommet Google une année et de voir cette même personne animer des ateliers l’année suivante. C’est vraiment beau et inspirant à voir. » @bourmu

2. Les cours en ligne : En plus des outils technologiques, de plus en plus de cours et de modules sont disponibles en ligne, soit dans l’EAV ou la C@O. Combien d’enseignants suivent des cours de qualification additionnelle en ligne? Je crois que tous les élèves devraient devoir suivre au moins un cours en ligne avant l’obtention de leur diplôme. C’est une belle façon de stimuler l’auto-apprentissage et de développer des compétences qui ressemblent drôlement à l’environnement de travail de bien des emplois. Offrir un cours en ligne aux élèves, c’est de bien les préparer pour la vraie vie en 2016.

«Je crois que tous les élèves devraient devoir suivre au moins un cours en ligne avant l’obtention de leur diplôme.» @bourmu

3. L’accès à Internet : Si on recule trois années passées, plusieurs écoles n’avaient pas un accès wifi suffisant. L’évolution rapide des outils technologiques a également fait en sorte que les conseils se sont penchés sur le concept d’une politique AVAN (Apportez Votre Appareil Numérique). Oui, trois années passées, nous en étions à l’étape de l’infrastructure. JPEG image-DB2D71BD67FA-1.jpegAujourd’hui, cette étape est presqu’achevée et la majorité des écoles ont une politique AVAN, c’est-à-dire que les élèves peuvent apporter leur appareil numérique à l’école. C’est souvent un appareil mobile. Or l’accès à Internet n’est pas le premier mentionné quand on parle du virage au numérique. Et pourtant, c’est grâce à Internet qu’on parle du virage, de la capacité de se réseauter, pas grâce aux outils. En effet, le virage, c’est le changement de paradigme. C’est le fait que nous ne sommes plus là uniquement pour transmettre des connaissances aux élèves. Et les 6C, c’est dans le contexte du numérique qu’ils doivent être développés, et c’est grâce à Internet qu’on en parle. Internet, c’est le héros obscur du virage au numérique. Je vous donne un exemple. Une personne qui a 3 iPad dans sa salle de classe et qui se demande ce qu’elle peut bien faire avec ça. Pour transmettre des connaissances, c’est peut-être insuffisant. Pour développer des compétences et pour avoir des discussions avec les élèves autour de grandes questions… Je me dis que 3 iPad, c’est 3 points d’accès à tout le savoir de l’humanité, à des réseaux, à des experts etc. Ce n’est pas rien! Pourquoi se limiter à la page 27 d’un manuel? L’accès à Internet, c’est beaucoup plus que ce qui rend possible l’utilisation d’outils, parfois infonuagiques. Changement de paradigme! Ce qui se passe alors dans plusieurs classes, c’est que les élèves ont leur appareil mobile, il y a un backchannel, une conversation qui n’implique pas l’enseignant, ni l’apprentissage. Et pourtant, l’accès à Internet est là, en attente de transformer l’expérience d’apprentissage des élèves. Qui eût cru que l’accès à Internet serait, pour certains, vu comme une distraction?

«Je me dis que 3 iPad, c’est 3 points d’accès à tout le savoir de l’humanité, à des réseaux, à des experts etc. Ce n’est pas rien!» @bourmu

4. Redéfinir son rôle : Avec le changement de paradigme, avec l’accès aux outils et à Internet, le rôle de l’enseignant est transformé. En effet, si l’enseignant n’est plus là simplement pour transmettre le savoir mais bien pour développer le savoir-devenir de ses élèves; si l’enseignant devient de plus en plus habile à utiliser les outils technologiques, pour sa gestion et dans ses pratiques pédagogiques; si l’enseignant devient de plus en plus habile à tirer profit des cours ou des modules en ligne; si l’enseignant devient de plus en plus habile à tirer profit de l’accès à Internet, qu’il maximise l’emploi des appareils mobiles qui attendent sous les pupitres ou dans la poche arrière des élèves; si l’enseignant devient de plus en plus à l’aise dans son rôle de guide, de coach, de leader pédagogique… Un constat émerge : Le virage, c’est qu’il faut devenir autre chose que ce que le système a toujours attendu de nous. Ça suscite des émotions. C’est sûr!  Mais c’est pour ça qu’on est là. N’est-ce pas?

«Le virage, c’est qu’il faut devenir autre chose que ce que le système a toujours attendu de nous.» @bourmu

Une question, pas LA réponse

Finalement, mes réflexions m’amènent ici. Oui, je crois qu’Internet est le héros obscur du virage. Nous avons désormais la chance de nous réseauter, d’apprendre quand on veut, de partager. Fini, l’isolement! Avec les réflexions que je viens de partager, voici donc la question que je vous propose si vous vous demandez ce que ça signifie que de faire le virage : «Qui dois-je devenir pour transformer l’expérience d’apprentissage des élèves?».  Bon virage. Bon succès!

Merci de vos commentaires.

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Old enough to « leave the house »?

When i was young, my mother used to tell me: « Son, don’t forget, you do not talk to strangers, especially if they want to give you candy! » as i was leaving to go to the park with my friends. I must have been about 10 or 12 years old at the time. Anyway, I was old enough to leave the house on my own.
parents secoursI’m from the Block Parent era. I’m sure you recognize this visual that was displayed in the bay windows of the houses in the neighborhood. This visual helped children know where to go « for help » as needed. Obviously, it was a way to show « the bad guys » that the adults in the neighborhood stood together, they were protecting their children.

Leaving the house

I’m a parent myself now, and I sometimes hear myself telling my children the same words my mother used to tell me. I want them to be cautious. I want them to know I love them. But it is also because a parent needs to feel that he has done everything in his power to protect his children, especially if they leave the house. But we can’t control everything. At some point, our children leave the house. They’re either going to the park with friends or going for a bike ride. I guess what I mean is that at some point, as parents, we realize we can’t protect our children all the time. We have to let them go. And  that can be a little stressful.

It’s one thing to teach your kids to be cautious when they leave the house, but I often ask myself how we can protect our children from the « bad guys » when they go online. Let’s face it, our children “leave the house” at a much younger age by going online. We don’t always realize it. I’m thinking, when it comes to the internet, “ leaving the house” is no longer a question of being old enough.

Subtle transition online

Enfant et iPadThe transition to the Internet is very subtle and we don’t see it coming. In my experience, it goes roughly as follows. We buy a tablet for the family and stimulate our child with games, apps on iPad etc. To stimulate our child. For his development. A la Baby Einstein. Eventually, we pay for games, online games, we do some research, online, with our child to find other games, to show him pictures of his favorite superhero, to watch videos on YouTube… No problem, right? And we are always by his side. At some point, we are in the room with our child as he plays with the tablet. But how do you know when he “leaves the house”, when he goes online? The problem here is not my child. It is the fact the he is out there.

In a recent post, I talked about digital citizenship and online safety. There are no Block Parent signs online, on computer screens. And our children use their words to search, and land on various sites, unwittingly.

The enticing online world

Ados avec ordisMy kids are now 11 and 13 and when we have family reunions, this picture sums it up. Who is « out of the house » in this picture? At their age, social media a major reason why our children go online. Not to mention the online games communities, online shopping and video games. As a parent, aside from telling them to be careful, to behave, to not install this or that game, how can we be sure that we have done everything in our power to protect our children in the virtual world? This might sound scary, I know. And I am totally convinced that being connected is the way to go, the way of our children’s future. To me, education is the key.

When our children are young, we buy a car seat to make sure they are safe in the car. We buy them a helmet, elbow pads, knee pads before the go riding a bike …

When our child goes online, what do we do? What is our strategy as a parent? What is our online version of « Son, don’t forget, you do not talk to strangers, especially if they want to give you candy! « ?

I think it’s a question we have to ask ourselves.

In my opinion, digital literacy and critical thinking need to be tought. The challenge is that these are skills to be developed in all of us, including our children. Not as simple as buying elbow pads

So how do we empower our kids in the online world? It is not enough to be « old enough » anymore.

I would love to have your thoughts on this.

Thanks!

 

Assez vieux pour sortir de la cour

 

« Les amis, n’oubliez pas, on ne parle pas aux étrangers, surtout s’ils veulent vous donner des bonbons! », me disait ma mère quand j’allais jouer au parc avec mes amis. J’ai
dû avoir autour de 10 ou 12 ans à l’époque. En tout cas, j’étais assez vieux pour sortir de la cour.

parents secoursJe suis de la génération de parents-secours. Vous reconnaissez ce visuel qui était affiché dans les fenêtres de salon, les «bay windows» des maisons des quartiers résidentiels? Ce visuel aidait les enfants à savoir où aller «pour de l’aide», au besoin. Évidemment, c’était une façon de montrer «aux méchants» que les adultes du quartier se tenaient, qu’ils protégeaient leurs enfants.

 

Sortir de la cour

Je suis parent à mon tour et je m’entends parfois prononcer les paroles de ma mère à mes propres enfants. Pour qu’ils soient prudents. Pour qu’ils sachent que je les aime. Mais c’est aussi parce qu’un parent a besoin de sentir qu’il a tout fait en son pouvoir pour protéger son enfant au moment où il doit accepter qu’il ne peut pas tout contrôler. À un moment donné, l’enfant sort de la cour, va au parc, va faire une promenade à vélo avec ses amis… Ce que je veux dire c’est qu’à un moment donné, le parent est conscient qu’il ne peut plus protéger son enfant «des méchants» en tout temps. Ça, c’est un peu stressant. C’est normal.

La question que je me pose c’est : Que fait-on, que dit-on à son enfant pour le protéger «des méchants» lorsqu’il accède à Internet? Parce que de nos jours, nos enfants sortent de la cour pas mal plus jeune grâce ou à cause d’Internet. Mais on n’en est pas toujours conscient. En fait, sortir de la cour, ce n’est peut-être plus une question d’âge, d’être assez vieux.

Transition subtile à Internet

Enfant et iPad.jpegLa transition à Internet est très subtile et on ne le voit pas venir. Selon mes expériences personnelles, ça se passe à peu près comme suit. On achète une tablette pour la famille et on stimule notre jeune enfant en lui présentant des jeux, des applications sur iPad etc. Pour stimuler notre enfant. Pour son développement. À la Bébé Einstein. Éventuellement, il y a des jeux payants, des jeux en ligne, on fait de la recherche en ligne avec l’enfant pour trouver d’autres jeux, pour lui montrer des images de ses superhéros préférés, pour lui montrer des vidéos sur YouTube… Pas de danger. Le parent est toujours présent. À un moment donné, le parent est dans la même pièce que l’enfant mais l’enfant s’amuse avec la tablette, le portable ou autre outil donnant accès à Internet. Comment savoir quand l’enfant «sort de la cour»?

Dans un récent billet, je parlais de la citoyenneté numérique et de sécurité, de signalisation etc. Il n’y a pas d’affiche de parents-secours dans les écrans des ordinateurs, sur les tablettes, dans les divers sites que consultent nos enfants sans le vouloir parce qu’ils tapent leurs mots dans la barre de recherche…

Les appâts du monde en ligne

Ados avec ordis.jpegÀ l’âge de 10 ou 12 ans, l’âge de mes plus jeunes enfants, ça ressemble à cette image quand on se rencontre en famille. Qui est «sorti de la cour» dans cette image? À cet âge, les médias sociaux s’ajoutent à la liste des appâts qui poussent nos enfants à se rendre en ligne, à sortir de la cour. Sans parler des communautés de jeux en ligne, des achats à même les jeux vidéo. Comme parent, à part leur dire de faire attention, de ne pas faire de niaiseries, de ne pas installer tel ou tel jeu, de ne pas acheter tel ou tel ajout, comment pouvons-nous avoir la certitude que nous avons fait tout ce que nous devions faire pour protéger nos enfants dans le monde virtuel? Et, faut-il le rappeler, Internet offre d’innombrables aspects positifs à notre société et à nos enfants. La solution n’est pas d’interdire selon moi. L’éducation est la clé.

Quand nos enfants sont jeunes, on achète un siège d’auto afin qu’ils soient en sécurité en auto. On achète un casque, des protège-coudes, des protège-genoux, on installe une sonnette quand notre enfant monte à vélo…

famille devant ordi.jpegQuand notre enfant accède à Internet, on fait quoi? Quelle est notre stratégie universelle en tant que parent? Quel est notre équivalent de « Les amis, n’oubliez pas, on ne parle pas aux étrangers, surtout s’ils veulent vous donner des bonbons! »?

 

Je pense que c’est une question que toute notre société doit se poser, y compris le monde de l’éducation.

À mon avis, c’est une question de littératie numérique et de pensée critique. Le défi, c’est que ce sont des compétences à développer chez nous tous, y compris nos enfants. Pas aussi simple que d’acheter des protège-coudes!

Partons du connu – ÉRIMFCC

Depuis toujours les écoles enseignent la situation de communication aux élèves. Voici les 7 composantes de la situation de communication :

  1. Émetteur : personne qui émet le message
  2. Récepteur : personne qui reçoit le message
  3. Intention : intention de la personne qui émet le message
  4. Message : le message, ce qui est dit explicitement ou implicitement
  5. Forme : la forme du message (texte, lettre, vidéo, affiche)
  6. Code : le code utilisé pour communiquer le message (français, chiffres, graphiques)
  7. Contexte : les circonstances qui entourent la communication, la relation entre l’émetteur et le récepteur et leur place dans cette relation etc.

Avec l’avènement d’Internet, les 7 composantes demeurent, mais la situation de communication a changé pour nos enfants, les récepteurs. Nous ne pouvons plus contrôler quels émetteurs ont accès à eux. Quels «étrangers» peuvent leur offrir des «bonbons».

Nous devons donc plus que jamais enseigner la situation de communication à nos enfants, les outiller afin qu’ils puissent naviguer en toute sécurité dans les différents contextes du monde en ligne. Dans le monde en ligne, pour sortir de la cour, il faut être outillé. Ce n’est pas assez d’être «assez vieux».

Et si c’était possible, en collaboration avec les écoles, pourquoi ne pas bâtir ensemble, se doter d’un équivalent de parents-secours en ligne. Pour nos enfants. Qui doivent pouvoir sortir de la cour.

Quelqu’un a des idées?

 

Comme pour un char!

Alors que notre virage à l’ère numérique nous amène graduellement à aborder la citoyenneté numérique, je ne peux m’empêcher de faire quelques liens avec l’industrie de l’automobile. Soyez patient, il y a un lien 😉

L’automobile… déjà vu!

VirageC’était un peu avant mon temps mais quand l’automobile a été inventé, j’imagine que les
plus futés pouvaient imaginer comment cette nouvelle technologie allait transformer notre société. Ils n’y voyaient que les côtés positifs, les avantages dans la rapidité et l’efficacité des déplacements. Mais ces gens pouvaient-ils savoir que cette technologie allait transformer nos vies, notre économie? Qu’un jour, toutes les familles auraient un véhicule? Deux véhicules? Et de nos jours, trois véhicules et plus!

Et si je me mets à la place des gens plus sceptiques – à cheval sur les principes, mot de jeu 🙂 – , ils ont sûrement vu l’autre côté de la médaille, les aspects plus négatifs de la nouvelle technologie que représentait l’automobile. Coût, fiabilité, nécessité, sécurité…

Or comme toute nouvelle technologie, les innovateurs faisaient la promotion de l’automobile pour ses bienfaits, et ils tentaient sûrement d’adresser les aspects moins positifs.

Quelques questions à se poser (googleables mais bon…)

  1. Combien d’années après l’invention de l’automobile notre société s’est-elle dotée de mesures de sécurité.
  2. Quand et pourquoi a-t-on décidé que la ceinture de sécurité était obligatoire?
  3. Quand et pourquoi a-t-on décidé que le permis de conduire était obligatoire?
  4. Qu’il fallait une signalisation harmonisée sur les routes?
  5. Qu’il était plus sécuritaire de ne pas prendre d’alcool avant de conduire?
  6. Qu’il faudrait arrêter de texter en conduisant…?

J’imagine qu’une fois qu’on apprend à connaître une nouvelle technologie, des constats sont faits et la société se dote de mesures de sécurité afin que cette nouvelle technologie soit utilisée pour ce qu’elle amène de plus positif.

mondeInternet

Vous voyez venir le lien?

En 20 ans, l’accès à internet est devenu pratiquement indispensable. D’abord pour l’accès à l’information (web 1.0), maintenant pour l’accès aux personnes (web 2.o et 3.0). Pouvez-vous vous imaginer ne plus avoir accès à Internet? Moi non.

Or après quelques décennies d’accès à Internet, et particulièrement avec l’avènement des réseaux sociaux, on peut affirmer avec confiance que notre société est encore une fois transformée par une nouvelle technologie. On est passé d’un ordinateur par famille, à un ordinateur et un portable et maintenant, à quelques portables et un appareil mobile par personne à partir de l’âge de 10 ans environ.

L’accès à Internet, c’est positif pour nous tous! Et nous savons maintenant, avec l’expérience, qu’il y a un MAIS.

On constate (du moins dans le monde de l’éducation) que des mesures de sécurité, de sensibilisation, d’éducation devraient être mises en place pour diverses raisons. Tout dépend du niveau de conscience. Je vous suggère cette série de 7 vidéos. Ça conscientise!

Et c’est ici qu’arrive la citoyenneté numérique. Voici 7 composantes de la citoyenneté numérique.

7 Composantes de la citoyenneté numérique :

  1. Littératie numérique
  2. Éthique du numérique
  3. Discrimination numérique
  4. Identité numérique
  5. Données numériques
  6. Transactions numériques
  7. Dépendance au numérique

Comme vous pouvez le constater, c’est très large comme sujet, comme thème, comme besoin.

Et comme dans le cas de l’automobile, il faut s’attendre à voir les gens se doter de balises, de paramètres dans les prochaines années. Particulièrement dans le grand monde de l’éducation, qui souhaite tirer profit de l’accès à l’information, aux ressources et aux personnes, mais qui doit également préparer adéquatement le personnel et les élèves à ce nouveau contexte numérique, un contexte ouvert sur le monde.

Pour la citoyenneté numérique, quel sera l’équivalent de la ceinture de sécurité, du permis de conduire, de la signalisation etc.?

Il y a de beaux liens à faire avec des ressources qui sont déjà disponibles pour les élèves et le personnel!

Je crois que nous ne sommes qu’au début d’un virage super intéressant en éducation et dans la société en général, un virage qui dépasse la simple intégration des technologies. Un virage où la technologie et l’humain sont désormais indissociables. Un virage où l’humain est la clé. Un virage humanisant!

Prochaine étape : le permis de conduire du citoyen numérique!

Avant d’avoir pleinement accès à Internet, il faudrait un «permis de conduire», une éducation au monde en ligne.

Comme pour un char! Non?

 

 

Le virage, c’est une question d’empathie!

En survolant mon fil Twitter dernièrement, je suis tombé sur une vidéo (ci-bas) très intéressante de @DevorahHeitner portant sur les défis d’élever les enfants natifs du numérique. Cette dame prétend que l’empathie est la clé, pour nous tous, à l’ère où les communications numériques envahissent notre quotidien. Ça m’a amené à me questionner. Comment se sentent les élèves dans nos écoles présentement? Aborde-t-on les défis authentiques qui les touchent réellement?

Du même coup, je faisais des liens avec un récent billet (Maybe Not Tomorrow, but When?)de @gcouros portant sur l’importance d’aborder les divers aspects de la citoyenneté numérique avec nos élèves, oui, mais également avec toute la communauté scolaire. J’apprécie particulièrement son échelle d’auto-évaluation (ci-bas). Où vous situez-vous?

Dans un autre billet, @gcouros propose 3 défis à long terme pour les écoles.

Cette image (ci-bas) de @justintarte est un exemple concret qui devrait nous inciter à passer à l’action.

Ma question pour vous : Quel est votre plan d’action 15-16 pour vous assurer que vos élèves soient «bien Googlés» et des citoyens numériques avisés et responsables?

C’est une question d’empathie!

Merci de partager vos commentaires et vos bonnes idées!