«J’ai un beau groupe c’t’année!»

Tout le monde est un leader. Tout enseignant peut avoir un impact positif sur ses élèves. C’est ce que mon vécu m’a appris. Mais ça n’arrive pas par hasard. On parle rarement de ce qui suit. Ça a été tellement important pour moi…

Partons du principe que tout enseignant souhaite qu’à la fin septembre (au plus tard) tous les élèves soient en apprentissage dans sa salle de classe et que ça se poursuive toute l’année. On dirait : «Ça roule dans cette classe-là.» Ok go!

3 outils indispensables

Dans le système actuel, tout enseignant doit s’appuyer sur trois outils indispensables pour arriver à amener ses élèves à apprendre. C’est le but. L’apprentissage.

  • Le code de vie : Le code de vie de l’école établit le cadre, les paramètres à respecter pour que l’institution puisse respecter son mandat : l’apprentissage des élèves. Si on garde les choses simples avec les élèves, tout ce qu’on retrouve dans le code de vie vise habituellement à favoriser 1. un climat scolaire positif et sécuritaire; 2. le bon fonctionnement de la communauté scolaire et/ou 3. l’apprentissage des élèves.
  • Le programme : Le programme, c’est ce qu’on doit enseigner et évaluer. C’est ce que les élèves doivent apprendre. Plus un enseignant sait où il va, où il se trouve, ce qui est important et ce qui peut être laissé de côté, plus il sait comment gérer le temps, plus il peut concevoir des expériences d’apprentissage signifiantes pour ses élèves.
  • Le manuel scolaire : Les ressources pédagogiques sont nombreuses et sont généralement très bien conçues. Or il ne faut pas les confondre avec le programme. Le manuel scolaire propose une façon d’amener les élèves à apprendre ce qui est au programme. Mais ce n’est pas le programme. Comme je le mentionnais dans On n’enseigne pas pour faire des bulletins : «Quel enseignant n’a jamais fait l’erreur de suivre une ressource à partir de la page 1 pour se rendre compte à la fin octobre que, mathématiquement, ça prendrait 440 heures pour passer à travers avec les élèves?»

Comment faire pour que ça roule?

Quand les élèves sont engagés et qu’ils respectent le code de vie, ça va bien. En plus, s’ils apprennent à la bonne vitesse, ça va encore mieux. On dit même à nos collègues : «J’ai un beau groupe c’t’année! Ça roule!» Quand j’ai commencé à enseigner, après deux semaines, je me demandais comment mes collègues s’y prenaient pour arriver à dire ça. Je ne les trouvais pas si beaux que ça mes groupes. Même que… tsé. Mes collègues avaient-ils été chanceux ou avaient-ils des stratégies que je ne connaissais pas? En réfléchissant à mes expériences personnelles et aux mentors que j’ai eu la chance de côtoyer, je me rends compte qu’une grande partie des succès d’un enseignant dépend de sa façon d’utiliser les 3 outils indispensables avec ses élèves. Le code de vie, le programme et le manuel scolaire. Je m’explique.

L’obéissance ou le plein potentiel?

Dans Enseigner est désormais un poste de leadership, j’expliquais brièvement les 5 niveaux de leadership de John C. Maxwell. Si un enseignant est autoritaire et a une mentalité de niveau 1, il vise uniquement le contrôle et l’obéissance de l’élève. Théoriquement, il n’y a rien de mal avec un élève obéissant. Mais nous savons qu’un élève qui fait quelque chose parce qu’il est obligé de le faire donnera le minimum d’effort. De nos jours, c’est insuffisant. On parle de concevoir des expériences d’apprentissage, d’être guide, d’être coach, d’évaluer moins mais mieux, de développer le plein potentiel des élèves… Ça demande plus que de l’obéissance. Ça demande de viser le 4e niveau de leadership. Pourquoi? Parce que personne n’atteint son plein potentiel avec un minimum d’effort. Personne. On doit donner le ton. Et dès le premier cours, ça paraît dans le non-verbal et dans les actions de l’enseignant. On vise l’obéissance et le contrôle ou le développement du plein potentiel de l’élève? Notre façon d’utiliser les 3 outils indispensables peut nous aider à identifier où nous faisons parfois fausse route dans notre quête d’atteindre le 4e niveau de leadership.

Des pièges à éviter

Le code de vie, le programme et le manuel scolaire sont destinés à favoriser l’apprentissage des élèves. On s’entend. Mais s’il y a des niveaux de leadership, il y a aussi des niveaux d’engagement des élèves. Voici un visuel intéressant qu’on nous a présenté à #iste18 :

Capture d’écran 2018-08-13 à 21.51.20.png

Quand les élèves sont peu ou pas engagés (rose, orange et jaune), c’est là que les 3 outils indispensables peuvent parfois être utilisés à des fins de… contrôle. En effet, avec le code de vie, on peut toujours donner une conséquence, comme une retenue, à un élève indiscipliné. On peut aussi lui enlever des points (il y a toutes sortes de pratiques avec les notes… outch!) Finalement, au nom du programme, on peut toujours lui donner du travail à faire, en surplus ou pour l’occuper. Ce ne sont pas les ressources qui manquent. Généralement, les élèves finissent par obéir quand on utilise la punition (temps), la pénalité (note) ou le travail supplémentaire. Selon mon expérience, ce sont des pièges à éviter avec les élèves. À moins que les niveaux rose, orange et jaune vous interpellent.

Généralement, les élèves finissent par obéir quand on utilise la punition (temps), la pénalité (note) ou le travail supplémentaire. Selon mon expérience, ce sont des pièges à éviter avec les élèves.

Même si le code de vie me permet d’intervenir de façon punitive, c’est mon dernier recours (il y a des cas extrêmes, ils sont rares). Le but, c’est l’apprentissage des élèves. Un élève puni par son enseignant n’a pas le goût d’apprendre de son enseignant. Ces situations avec les élèves sont des occasions pour nous d’être les adultes, d’être les leaders en contrôle. Il n’y a rien de plus déstabilisant et de rassurant pour les élèves que de voir un adulte en contrôle de ses propres émotions. Mes mentors m’ont appris qu’il ne faut pas le prendre personnel. Voici une question à se poser avant de choisir une stratégie pour amener un élève à s’engager dans son apprentissage :  «Est-ce la meilleure stratégie pour amener l’élève à APPRENDRE?» Si la réponse est non, on ne le fait pas. Une autre façon de voir cette question est de se demander : «Si j’utilise la stratégie xyz aujourd’hui, est-ce que cet élève pourra/voudra apprendre de moi demain?» L’obéissance aujourd’hui peut nous coûter l’apprentissage de demain. C’est big. Je dirais même que c’est déterminant. Il faut voir ça comme un marathon, pas un sprint. Big picture!

Est-ce la meilleure stratégie pour amener l’élève à APPRENDRE? Si la réponse est non, on ne le fait pas.

S’établir comme leader, une conversation à la fois

Dans une de mes conférences, je parle souvent de la stratégie qui a propulsé ma carrière : le 5 + 5. C’est avec cette stratégie que j’ai pu me développer en tant qu’enseignant, en tant que leader à mes débuts. La stratégie est bien simple. J’ai demandé aux élèves de sortir une feuille lignée (il n’y avait pas de Google en 2001), de la diviser en 2 colonnes et d’écrire, d’un côté, 5 choses que les élèves peuvent faire pour rendre les cours agréables et, de l’autre côté, 5 choses qu’un enseignant peut faire pour rendre les choses agréables. 5 + 5. La stratégie n’est pas importante. L’idée, c’est d’ouvrir la conversation et de donner une voix aux élèves. À ma 2e année d’enseignement, j’ai eu le privilège d’avoir le groupe d’élèves qui a le plus contribué au développement de mes stratégies de gestion de classe. Vous me suivez? 😉

Grâce à quelques mentors, après 6 semaines, c’était mon plus beau groupe. Voici ce que j’ai dû faire pour y arriver : 

  1. J’ai arrêté d’avoir peur d’eux.
  2. J’ai commencé à apprendre à les connaître.
  3. J’ai accepté qu’ils étaient mes élèves.
  4. J’ai pris du temps de classe dans la classe pour parler avec eux.
  5. J’ai pris du temps de classe en dehors de la classe pour avoir des discussions individuelles.
  6. J’ai planifié des leçons afin qu’ils vivent des succès rapides avec moi.
  7. Je les ai félicités pour leurs progrès.
  8. J’ai ri avec eux. Souvent.
  9. J’ai laissé passer certains commentaires quand «ils s’échappaient».
  10. J’ai décidé que mes élèves étaient plus importants que le programme.

Tout arrive pour nous

 Je lisais dernièrement que tout ce qui arrive dans la vie, arrive pour nous. En notre faveur. J’ai longtemps pensé que j’étais là pour aider mes élèves à se développer. C’est vrai. Mais je ne m’étais pas rendu compte que les élèves qui nous sont confiés sont placés sur notre route pour nous aider à développer le leader pédagogique en nous. Ils nous préparent pour nos prochains groupes. La vie est bien faite, quand même.

Enfin, je ne suis pas en train de dire qu’il ne faut pas imposer de conséquences aux élèves. Dans certains cas, on impose la conséquence d’abord, ensuite on a une conversation et on essaie de soutenir l’élève. Mais ce n’est pas la norme.

Mes mentors m’ont amené à considérer des alternatives beaucoup plus payantes qui rendent la vie de l’enseignant beaucoup plus agréable et qui augmentent considérablement son influence auprès de ses élèves.

Je ne vous demande pas de me croire sur parole.

Il n’y a rien comme l’essayer 😉

Qui sait? Vous aurez peut-être un beau groupe c’t’année.

La présentation orale… inversée?

La stratégie suivante a été présentée hier soir dans le cadre de notre tout premier webinaire : Tout pour réussir le #défi20prof. Vous pouvez voir l’enregistrement du webinaire ici.

Les présentations orales font partie de l’expérience d’apprentissage des élèves. Dans pratiquement toutes les matières, les élèves sont invités, à un moment donné, à faire une présentation orale devant leurs pairs. C’est un processus qui prend beaucoup de temps dans la classe. Jusqu’à 4 et même 5 périodes de 60 à 75 minutes. La question que je me suis toujours posée est : «Est-ce que cet investissement de temps de classe est un investissement qui en vaut le coût?» Investir tout ce temps pour évaluer un produit ou une performance… Pourtant, notre rôle est d’agir sur le processus, sur ce qui mène au produit de qualité, à la performance… Hmmm. Comment faire alors? Suivez-moi. J’ai une idée 🙂

Le temps

Le temps. C’est tellement important comment on choisit d’investir notre temps avec les élèves, n’est-ce pas? On dit toujours qu’on manque de temps. Si vos élèves présentent seulement deux fois pendant un semestre et que vous investissez 8, 9 et même 10 périodes pour passer, à tour de rôle, chacun des élèves dans le but de leur donner une note… Ça vaut la peine? Que font les autres élèves pendant ce temps? C’est comme si un enseignant d’éducation physique demandait à ses élèves de faire la file et de venir, à tour de rôle, faire un lancer au panier, par exemple. Le temps d’attente serait beaucoup trop long pour les élèves qui ne sont pas en action. C’est pour cette raison qu’on place les élèves en petits groupes ou en stations. Afin qu’ils soient en action, qu’ils puissent développer leurs compétences et recevoir de la rétroaction fréquente de leurs pairs ou de leur enseignant, qui circule dans le gymnase.

Investir du temps de classe pour apprendre, pas pour donner une note!

Alors dans le cas des présentations orales, qu’en est-il de l’évaluation au service de l’apprentissage? Comment faire de la place pour agir sur le processus? Impossible de même considérer faire présenter chaque élève afin de lui offrir une rétroaction, et ce, avant «que ça compte». Imaginez investir le temps de 20 périodes, pour 2 présentations orales. Non. Impensable. Et si on utilisait la vidéo! La vidéo pour faire une présentation orale inversée. Inversée parce que le temps de classe serait investi pour placer tous les élèves en action et leur permettre d’agir sur le processus. L’évaluation de la performance ou du processus pourrait se faire à l’extérieur du temps de classe… Après discussion avec ma collègue @maotechno, merci collègue, je vois 4 étapes au processus de la présentation orale inversée, et ce, avant l’évaluation (attribution d’une note) du produit ou de la performance et, mieux encore, pourquoi pas le processus.

Étape 1 : Planifier / créer sa présentation

À l’étape 1, l’élève planifie sa présentation orale et la crée en fonction des exigences et des critères qu’on a co-construits en classe. Puisqu’il est question d’une présentation orale inversée, nous aurons recours à la vidéo comme outil technologique pour soutenir cette démarche. C’est ce qui nous permettra d’avoir accès au premier jet de la présentation orale (processus) dans la classe, sans avoir à prendre le temps de classe pour générer ces premiers jets, un élève à la fois. Alors l’élève planifie en fonction de la forme et du fond de la présentation.

Étape 2 : Réaliser sa présentation

L’élève se pratique à la maison et on l’invite à produire une première ébauche de sa présentation orale à l’aide de son appareil mobile, par exemple. On l’invite à placer sa vidéo dans un espace infonuagique afin qu’on y ait accès en salle de classe. Google docs, Google classroom, YouTube, Google Drive… Choisissez votre méthode.

Étape 3 : Critiquer / Juger

L’élève se présente en classe et on l’invite, en équipes de 3, à visionner la vidéo de ses pairs et à la critiquer/juger dans le but d’offrir une rétroaction descriptive et constructive à partir des critères co-construits avec la classe. On place l’élève dans une posture d’évaluateur en l’invitant à s’appuyer sur des critères. Ça, c’est de l’évaluation EN TANT qu’apprentissage. Super puissant. Ça fait appel à la pensée critique. Ça amène l’élève à développer de l’empathie, à faire preuve de doigté et de tact, à s’ouvrir à la critique et à recevoir de la rétroaction. Vous pouvez encadrer ce processus de façon très structurée, si vos élèves ont besoin de ça pour se sentir en sécurité. Vidéo de 3 minutes et moins; On regarde la même vidéo en même temps (avec nos écouteurs); On prend 5 minutes pour discuter de la vidéo et offrir une rétroaction en utilisant la grille de rétroaction fournie par l’enseignant; On passe à la prochaine vidéo; etc. En 25 minutes environ, l’exercice est fait. Tous les élèves ont visionné 2 vidéos et donné une rétroaction à 2 de leurs pairs et ont reçu de la rétroaction au sujet de leur vidéo. Ou vous pouvez laisser les élèves vivre ce processus à leur façon, s’ils anticipent le succès et que le climat de confiance entre les pairs est présent. Vous connaissez vos élèves. À vous de décider. Mais en une période de 30 minutes, c’est fait. Imaginez la puissance de ce processus!

Étape 4 : Retravailler

Après avoir reçu une rétroaction, l’élève doit la réinvestir et retravailler sa présentation orale (vidéo). Il continue à pratiquer à la maison et il peut revivre ce processus (étapes 2, 3 et 4) à quelques reprises, et ce, SANS PRENDRE PLUS DE TEMPS QU’ON NE LE FERAIT NORMALEMENT. L’avantage? L’élève reçoit de la rétroaction et vit le processus qui mène à un produit ou une performance de qualité. Et l’enseignant a la chance de fournir, lui aussi, une rétroaction à chacun de ses élèves, AVANT «que ça compte».

D’autres avantages

Puisque les élèves produisent une vidéo, on développe cette compétence chez nos élèves. Combien d’entre eux veulent être des YouTubers? Hein!? Ça ouvre la porte à la citoyenneté numérique, les élèves peuvent se voir, eux aussi et s’auto-évaluer. Les parents peuvent voir la performance de leur enfant etc. Et que dire de l’anxiété. Combien d’élèves sont anxieux de présenter devant un groupe? Ce processus permet à l’élève de performer devant une caméra et seulement quelques élèves et l’enseignant lui donneront de la rétroaction. L’enseignant gère qui aura accès à la performance (vidéo) de l’élève. Ici, il faut faire preuve de jugement concernant notre ouverture sur le monde. Il faut impliquer les élèves et leur donner le choix. Qui pourra voir ma vidéo? Que de discussions à avoir avec les élèves… Mais le plus important, c’est qu’on peut mettre l’accent sur le processus et même n’évaluer que le processus. Amener l’élève à nous partager une réflexion sur son processus d’apprentissage. Comment il a vécu les 4 étapes? Qu’est-ce qui l’a aidé? Comment s’est-il amélioré?… Apprendre. Se développer.

Et maintenant?

Alors, chers collègues. Comment allez-vous choisir d’investir votre temps de classe avec vos élèves en ce qui a trait aux présentations orales? Traditionnellement, 2 présentations orales nous coûtent, et le verbe n’est pas trop fort, jusqu’à 10 périodes et les élèves sont passifs 99% du temps, ne reçoivent peu ou pas de rétroactions et on évalue le produit, la performance. Avec la présentation orale inversée, l’élève est actif 100% du temps, a la chance d’obtenir de la rétroaction et on peut évaluer le processus plutôt que le produit. On fait tout ça, en 5 périodes selon moi. 50% moins de temps. 1000% plus riche et stimulant.

La présentation orale inversée, chers collègues.

Repenser l’école, ça peut être ça.

On transforme, l’expérience d’apprentissage des élèves.

N’oubliez pas de demander à vos élèves d’apporter des écouteurs 😉

Merci de vos commentaires!

Un projet 20% pour les enseignants! #Défi20Prof

Ce matin, c’est ma fête. Je me fais un cadeau. J’écris mon premier billet depuis le 10 juin dernier. Assez les vacances! En fait, j’écris ce matin pour lancer un défi à tout le système d’éducation. Un défi de 6 semaines, soit du 5 septembre au 13 octobre. Un projet 20% pour les enseignants! (Silence, Hmmm) «Un projet 20%…….. pour les enseignants?» Oui. Suivez-moi 🙂

En mai dernier, je vous partageais un billet qui propose une démarche pour repenser l’école. Une démarche qui permet de créer une certaine flexibilité afin de personnaliser l’éducation et de permettre aux élèves d’apprendre et de se développer. Le défi que je m’apprête à vous lancer sert à préparer le terrain à une telle démarche, en plus de vous appuyer dans la création de votre relation avec vos élèves, des routines et processus de la rentrée, qui déterminent souvent jusqu’où on pourra aller avec nos élèves pendant un semestre ou une année scolaire. Les 6 premières semaines. Elles sont importantes. On n’en parle pas beaucoup. On en parle là là.

Si vous relevez ce défi, vous allez voir un côté de vos élèves que vous n’avez possiblement pas vu avant. Et vous allez voir un côté de vous-mêmes que vous n’avez possiblement pas vu avant non plus.

Le projet 20% tel qu’on le connaît

Vous avez sans doute déjà entendu parler du projet 20%. C’est habituellement un projet qui permet aux élèves de faire un projet qui les passionne. On leur accorde 20% du temps de classe par semaine pendant 4 à 12 semaines pour réaliser leur projet. Le projet a habituellement 3 composantes (Projet, Produit, Présentation) et se fait souvent en 4 étapes :

Avant

  1. Le choix du projet en fonction des intérêts, talents, passions
  2. Présentation (pitch, ce qu’on va faire) du choix du projet, le pourquoi, les buts, la description, le produit, les échéances…

Pendant

3. Réflexions sur le processus via billets de blogue ou vlog. On partage les itérations, les prototypes, le questionnement… On documente le processus. C’est ce qui sera (devrait être) évalué. Si le projet est évalué.

Après

4. Présentation orale de type TED Talk

C’est une excellente façon de goûter à ce que l’éducation personnalisée nous réserve. C’est une occasion de voir comment nos élèves se comportent lorsqu’ils sont derrière le volant de leur apprentissage. Et pour nous, c’est une occasion d’apprendre ce qui est sensé être notre nouveau rôle en éducation. Celui d’accompagner, de guider, de coacher, de motiver, d’encourager et, aussi, celui d’enseigner. Comme avant. Dans l’école repensée, les enseignants enseignent encore, parlent encore. Mais pas tout le temps. Il y a des avantages à ne pas être celui ou celle qui parle…

Les 7 niveaux de conscience du présentateur

Il y aurait 7 niveaux de conscience lorsqu’on est placé devant un groupe et qu’on doit livrer un message à l’oral. Ça ressemble au contexte d’une salle de classe, ça. Dans l’école repensée, on parle de développer des élèves, des personnes, de développer leurs compétences, de les appuyer etc. Regardez bien les 7 niveaux du présentateur et essayez de déterminer si vous avez déjà vécu et ressenti ces niveaux.

Niveau 1: La frousse – Peur d’être devant le groupe.

  • Défi : Centré sur soi, mode survie

Niveau 2 : Les mots (7% de ce qu’on dit) – Qu’est-ce que je vais dire? Savoir quoi dire. Penser. Être dans sa tête

  • Défi : Dans sa tête, on ne peut pas lire le groupe ou ce qui se passe

Niveau 3 : La voix (38% de ce qu’on dit) – Livraison fluide du message. Les pauses et les silences efficaces.

  • C’est un début

Niveau 4 : Le corps, le non-verbal (55% de ce qu’on dit) – Congruence entre les mots, la voix et le langage corporel

  • Efficacité, crédibilité

Niveau 5 : Divertissement – On divertit l’auditoire de temps à autre, on génère des émotions positives afin qu’ils retiennent les points importants lorsqu’on les livre.

  • On vous écouterait parler longtemps. C’est donc bon!

Niveau 6 : Influence – On réussit à influencer ce que les autres pensent et ils adhèrent à nos idées, nos messages. (p. ex., ils peuvent et vont réussir dans notre classe)

  • Capacité de créer de nouvelles pensées, de nouvelles possibilités dans la tête de l’auditoire

Niveau 7 : Maîtrise (Se passe après  la présentation) – On apprend de la rétroaction et de l’expérience. On s’ajuste et on s’adapte pour la prochaine fois.

  • Perfectionnement. Amélioration continue

Arrêter de parler… Pour VOIR

Ces 7 niveaux peuvent vous aider quand vous parlez. Et vous aurez compris que pour atteindre les niveaux 3 et plus, il faut déjà savoir tout ce qu’on va dire et comment. Dans le quotidien de l’école, nous avons rarement le luxe de prévoir d’avance tout ce qu’on va dire. On sait ce qu’on va faire, mais on figure sur le tas ce qu’on dit. Ce qui fait qu’un enseignant, une enseignante en salle de classe se retrouve souvent au niveau 2. Ça ne veut pas dire que les autres niveaux ne sont pas là. Ce que je veux dire, c’est que si on est dans notre tête et que l’espace de notre lobe frontal est occupé à formuler la prochaine phrase, comment peut-on lire le groupe? Comment peut-on être conscient des progrès que font nos élèves en matière d’habitudes de travail, de respect des routines, d’habiletés d’apprentissage? La conscience. Pour développer nos élèves, pour les développer, il faut d’abord les voir. Pour les voir, il faut se donner une façon de pouvoir arrêter de parler et que l’apprentissage et le développement des personnes se fasse. Vous me suivez?

Le défi 20% pour les profs!

883 mots plus tard, je vous lance finalement le défi. Le voici. Du 5 septembre au 13 octobre, je vous propose le défi suivant.

Le projet

20% du temps (1 fois par semaine), votre cours doit pouvoir commencer sans que vous n’ayez à parler. Dit autrement, votre cours doit pouvoir commencer tout en vous permettant d’observer ce qui se passe dans votre classe. Vos élèves doivent pouvoir se mobiliser, s’autoréguler. Ça vous demandera, dans les cours précédents, de développer la capacité des élèves à s’engager dans des activités d’apprentissage de façon autonome. Fiche d’activité collée sur le mur avec consignes, Google doc avec consignes via Screencastify, fiche de lecture avec réalité augmentée, Google sheets affichant les équipes de travail dès l’arrivée des élèves en classe (projeté), consignes dans Google Classroom… Laissez votre imagination vous guider! Mais une fois par semaine, vous accueillez vos élèves dans votre classe (vous pouvez leur parler et les accueillir!), mais ils doivent s’activer eux-mêmes à l’aide des appuis et de la démarche pédagogique que vous aurez créée. Votre tâche lorsque vos élèves seront installés? Les observer! Les guider! Les soutenir! Leur donner de la rétroaction! Ce format n’a pas à durer toute la période. Vous pouvez commencer avec un bloc de 20 minutes et en discuter avec les élèves. Ils peuvent s’autoévaluer sur leur propre capacité à cheminer dans un tel contexte. Voyez-vous la puissance d’une telle approche, une fois par semaine (20%, mais ça peut être plus;) pendant 6 semaines? Votre classe deviendra très performante et vos élèves vous surprendront. Vous allez VOIR votre classe autrement. De là, d’innombrables possibilités jailliront pour vous et vos élèves.

Le produit

Vous allez produire et raffiner des démarches, des directives, des processus pendant ce défi de 6 semaines. C’est ça votre produit. Ce que je vous invite à faire, c’est de partager avec la communauté #défi20prof ce que vous apprenez, ce qui fonctionne pour vous. Rien de compliqué. Je vous invite également à publier 1 billet de blogue à mi-chemin dans le défi (disons entre le 22 et le 26 septembre) en utilisant toujours le #défi20prof. Le billet de blogue vous aidera à mettre des mots précis sur votre démarche réflexive et vous permettra de mettre de l’ordre dans vos idées. De plus, toute la communauté #défi20prof sera enrichie de votre expérience.

La présentation

Oui, vous avez bien lu. Il y a une présentation à faire pour clore le défi! Le défi prend fin le 13 octobre. Si on se disait que le 17 octobre, toutes les enseignantes et tous les enseignants qui ont relevé le défi publient sur #défi20prof une vidéo (témoignage bien simple, pas de montage) de 3 minutes et moins afin de partager ce qu’ils ont appris, quels défis ils ont dû relever, ce qu’ils feraient autrement et, surtout, l’impact sur les élèves (engagement, fonctionnement, processus, autonomie) et ce qu’ils ont apprécié. Le cerveau collectif, chers collègues. On a les outils pour le faire.

Je suis convaincu que ce défi vous permettra de faire prendre de l’expansion à l’impact que vous avez sur vos élèves. C’est également un défi qui met bien la table pour faire vivre un projet 20% à vos élèves, de la mi-octobre à la mi-décembre. Vous auriez le vécu pour bien réussir avec vos élèves… Que de possibilités!

Alors voilà chers collègues, le défi est lancé. J’ai choisi le Projet pour vous. Je sais, je sais. Il ne vous reste que le Produit et la Présentation. Je vous invite à manifester votre intérêt et à commencer à vous appuyer les uns les autres sur le #défi20prof.

Pour ma part, je vais vous lire et contribuer du mieux que je peux.

Ça sent la rentrée! Ça sent le #défi20prof !

Bon succès et amusez-vous!

Merci de vos commentaires 🙂

 

 

On n’enseigne pas pour faire des bulletins.

Ça y est, le premier semestre tire à sa fin. Dans plusieurs classes, c’est l’heure de la revue. L’heure de faire le bilan des apprentissages des élèves. C’est curieux à quel point en 3 ou 4 périodes de revue avec les élèves on arrive à revoir les grandes idées, ce qui est vraiment important que les élèves retiennent d’un cours de 110 heures. En fait, ce que je trouve curieux, c’est à quel point cet exercice est tout naturel en janvier, à l’approche des examens, mais moins naturel en début de semestre. Je m’explique. Vous connaissez sans doute le principe de la planification à rebours. Principe selon lequel un enseignant planifie un cours, un semestre en fonction des grandes idées, des concepts essentiels d’un cours. On pourrait donc dire qu’on planifie un cours à partir de l’examen. Or pour une raison que je m’explique mal, plusieurs perçoivent qu’ils n’auront pas le temps de tout «couvrir» le contenu parce que «ya du stuck dans le curriculum». Or en janvier, 3 ou 4 périodes et c’est réglé…

Pas assez de temps pour apprendre

Cette perception de la réalité fait en sorte que plusieurs conçoivent une planification assez détaillée du semestre en y insérant les différentes tâches et/ou différents projets ou tests qui serviront à mesurer l’apprentissage des élèves. Tout ça, dans le but de bien les préparer pour l’examen, pour la vraie vie, pour l’université… Où est le problème? Il n’y a pas de problème. Théoriquement. Or la planification n’est pas nécessairement faite à partir des grandes idées ou des concepts clés du curriculum. Souvent, la planification est faite à partir de nos ressources pédagogiques, des tests / projets / tâches qui sont associés à un cours donné. Et dans les ressources pédagogiques, «y’en a du stuck»! Quel enseignant n’a jamais fait l’erreur de suivre une ressource à partir de la page 1 pour se rendre compte à la fin octobre que, mathématiquement, ça prendrait 440 heures pour passer à travers avec les élèves? Résultat : les élèves n’ont pas le temps d’apprendre ce qu’ils doivent apprendre parce que l’enseignant doit enseigner, consigner une note et passer à l’unité suivante pour «arriver» à couvrir le contenu du cours.

C’est une question de temps

Concrètement, ce qui se produit dans un tel cas c’est que l’enseignant fixe des échéances très peu flexibles pour les élèves. Unité 1 : 3 semaines : test/tâche/projet pour le 24 septembre, période 2. C’est donc dire que QUAND l’élève apprend est  plus important que SI l’élève apprend. En effet, dans bien des cas, les élèves doivent apprendre à temps. La vraie vie n’est tellement pas comme ça. On n’a qu’à penser à nos propres enfants. On croit toujours en eux, on sait qu’ils vont y arriver. C’est une question de TEMPS, pas de QUAND! Dans la vraie vie, personne ne se demande à quel moment on a appris ce qu’on sait. Tout ce qui compte, c’est ce qu’on fait avec ce qu’on sait.

capture-decran-2017-01-13-a-09-19-03
Image adaptée par Jocelyn Dagenais (@jocedage) Merci!

On n’enseigne pas pour faire des bulletins

Il va sans dire que dans un tel contexte, ça peut être stressant pour les enseignants et désengageant pour les élèves. Pourtant, tout le monde sait que la planification est linéaire mais l’apprentissage, organique. Autrefois, on enseignait pour transmettre du contenu à nos élèves et la tâche principale de l’enseignant était de consigner le plus de notes possible dans son registre de notes. Quand j’ai commencé à enseigner, c’est ce qu’on m’encourageait à faire. Consigner des notes. Si on consigne des notes, ça veut dire qu’on évalue continuellement. On devient un gestionnaire de ressources pédagogiques et un juge pour les élèves.  Heureusement, c’est clair que dans la salle de classe d’aujourd’hui, on n’enseigne pas pour faire des bulletins. Le système nous demande encore de faire des bulletins. Pas de problème, mais on enseigne pour que les élèves apprennent, qu’ils se développent, qu’ils deviennent compétents, qu’ils trouvent leur voie/x. Pour y arriver, ils ont davantage besoin d’un guide que d’un juge. Un guide, comme un parent, ça prend le temps. Les grandes idées, les concepts clés prennent tout leur sens ici. Quand un enseignant a une bonne compréhension des grandes idées, des concepts clés, du Pourquoi de ce qu’il enseigne, c’est beaucoup plus facile de prendre le temps, de personnaliser le curriculum, de guider les élèves, de leur donner de la rétroaction, de leur donner de multiples occasions de réussir. L’enseignant peut créer les bonnes conditions pour l’épanouissement de tous ses élèves.

Les olympiques?

Je regardais les olympiques cet été et je m’intéressais particulièrement à la gymnastique. C’est incroyable à quel point le rôle de l’entraîneur (guide) des athlètes semble important et complexe. Avant une performance, on peut voir l’entraîneur donner ses derniers conseils à l’athlète et on peut aussi remarquer, dans plusieurs cas, que le principal rôle de l’entraîneur, à quelques minutes d’une performance, c’est de rassurer l’athlète, de le placer dans un état positif, dans un état de confiance. Après tout, combien de fois ont-ils répété la routine? Après la performance, on voit encore l’entraîneur et l’athlète qui se tiennent debout, souvent très fiers de ce qu’ils ont accompli. Il ne reste qu’à recevoir le verdict des membres du jury. La note! Souvent, la note était anticipée. Elle vient confirmer ce que l’entraîneur et l’athlète savaient déjà. Parfois, il y a des surprises. Heureuses ou non. Quand un athlète passe une entrevue, on se rend compte qu’il passe la majorité de son temps avec son entraîneur à se préparer pour les quelques moments dans l’année où il doit performer. C’est important de performer. C’est ce qui les motive à s’entraîner, à se dépasser. Mais pourquoi vous parler des olympiques?

Guide ou Juge?

En salle de classe, l’enseignant a les deux rôles. Il doit être guide/entraîneur la majorité du temps. Il doit aussi être le juge à certains moments, pour répondre aux critères de performance attendus du système et pour produire les documents de communication formels (bulletins). Le juge doit connaître la cible. Et aux yeux du juge, ce qui est plus important, c’est le contenu, la performance. Le guide, lui, doit accompagner, créer les conditions, générer les émotions positives, fournir le soutien, développer les compétences, amener chaque élève à SE dépasser. Aux yeux du guide, c’est l’athlète qui est plus important. Une performance, ça s’améliore. Aux olympiques, je n’ai jamais vu un entraîneur aller performer à la place de l’athlète. Même chose en classe. Comme un golfeur, l’élève doit s’élancer pour développer ses compétences. L’enseignant doit donc être conscient en tout temps du rôle qu’il joue. Un guide, ça donne de la rétroaction. Un juge, une note. Lequel soutient l’apprentissage et est au service de l’élève? Lequel est au service du système? J’insiste, les 2 sont nécessaires. Tout dépend de la posologie 🙂 Quoi qu’il en soit, les élèves sont plus importants que le contenu qu’on enseigne! Il faut que ça paraisse dans nos actions.

 

Stratégie pour le 2e semestre

Je vous invite donc à célébrer les apprentissages de vos élèves du 1er semestre ou de la 1re étape. Je vous invite également à identifier les grandes idées, ce qui compte pour les cours du 2e semestre. Cela vous permettra de porter plus facilement votre chapeau de guide en salle de classe.

Une stratégie puissante qui peut facilement faire augmenter les résultats de tous vos élèves du 2e semestre ou de la 2e étape? À tous les cours, communiquer la grande idée ciblée à vos élèves, leur dire pourquoi cette idée est importante dans la vraie vie (dans son contexte authentique) et les inviter, au moment de l’objectivation, à inscrire les points clés appris en lien avec la grande idée. Autrement dit, faire au quotidien ce qu’on fait en 3 ou 4 jours pendant la période de revue avant les examens. Ce faisant, vous serez en train d’enseigner à vos élèves une stratégie puissante de prise de notes et de préparation aux tests / tâches / projets / examens. Leurs résultats vont augmenter, c’est garanti!

Voici les 3 questions que vos élèves devraient être invités à vous poser à tous les jours :

  1. Qu’est-ce qui est important dans ce qu’on apprend aujourd’hui? (grande idée, ne pas leur dire que tout est important, ce n’est pas vrai)
  2. Pourquoi c’est important dans la vraie vie? Pourquoi c’est important pour vous?
  3. Qu’est-ce qui sera important pour le juge? (performance mesurée par test / tâche / projet / bulletin…)

Ils notent leurs réponses au même endroit à tous les jours. Ça devient leur document d’étude.

Je suis tombé sur une citation intéressante sur Twitter récemment qui disait quelque chose comme «Don’t go through life, grow through life».

Si on applique ça au présent billet on obtient «Don’t just go through the curriculum, have your students grow through the curriculum!»

Essayer de couvrir le curriculum, être toujours juge, c’est stressant.

Aider ses élèves à croître grâce au curriculum, être guide, c’est possible et ça rend heureux!

On n’enseigne pas pour faire des bulletins!

Bonne période d’examens et de bulletins et bon succès au 2e semestre ou à la 2e étape!

Merci de vos commentaires 🙂

adobe-spark-6

 

 

 

 

La grande distraction

La semaine dernière, j’ai eu l’occasion de présenter un court atelier avec mon collègue @jpronb dans le cadre du Colloque des directions d’établissement scolaire francophone du Canada à Québec. La journée était animée par @thierryUdM. Il y avait environ 50 participants.

Après la conférence d’ouverture de Thierry Karsenti, un des participants a raconté au groupe l’impact qu’avait eu le iPad pour un des élèves de son école primaire. Un jeune garçon, appelons-le Simon, avait beaucoup de difficultés en mathématiques. Grâce au iPad et à quelques applications bien choisies, Simon est devenu le meilleur de sa classe en addition et en soustraction. Wow! Ce n’est pas rien. Quel impact, en effet!

Les limites de la technologie

Capture d’écran 2016-09-28 à 14.51.04.png

Selon le participant, qui est en fait le directeur de l’école, Simon n’avait pas de bonnes habiletés sociales. Il était différent quand il n’avait pas accès au iPad. De sorte que la direction remettait en question les bienfaits du iPad dans son école. Ça m’a fait réfléchir. La technologie a sans doute ses limites. La technologie ne peut pas tout faire. Et comme le dirait George Couros, si on place la technologie entre les mains d’un bon pédagogue, on peut transformer l’expérience d’apprentissage des élèves. Mais que faire pour Simon?

Empathie

Si je me place dans la peau du jeune Simon, je peux très bien m’imaginer comment il a dû se sentir avant de devenir le meilleur de sa classe en mathématiques. Selon le directeur, Simon était un élève en retrait, avait de la difficulté à se faire des amis et n’avait pas beaucoup de succès à l’école. Le iPad lui a permis de se démarquer, de vivre du succès. À l’école. Quand on devient le meilleur de sa classe en mathématiques, notre statut social change. À sa place, moi non plus je ne voudrais pas me défaire du iPad. Comme adulte, quand on trouve un outil technologique qui améliore notre rendement, notre efficacité, on ne veut pas s’en défaire! Pensez à votre cellulaire, par exemple. Pour Simon, un jeune garçon du primaire… Hmmmm. Le problème, ce n’est pas le iPad. Il faut voir dans le comportement de Simon, le réel besoin de l’enfant… et les limites d’un outil.

Le iPad lui a permis de se démarquer, de vivre du succès. À l’école. Quand on devient le meilleur de sa classe en mathématiques, notre statut social change. À sa place, moi non plus je ne voudrais pas me défaire du iPad. @bourmu

Les usages de la technologie

Dans sa conférence d’ouverture, Thierry Karsenti mentionnait que la clé dans l’intégration de la technologie, c’est que nous devons tous être techno-réfléchis. Il faut comprendre comment un outil peut nous aider, ou aider les élèves. Il faut aussi reconnaître quand un outil n’aide pas ou n’a pas d’impact. Dans le cas de Simon, le iPad a fait son travail. En effet, il a permis à Simon de s’améliorer beaucoup en mathématiques. Il est même devenu très motivé, voire engagé. Si ses habiletés sociales se sont déterriorées, c’est qu’il a besoin de soutien d’un être humain pour développer cet aspect de sa personne. Il faut également savoir que Simon se sent très en confiance avec son iPad puisqu’il a vécu du succès grâce à l’outil. S’il vit du succès socialement grâce à l’appui d’une personne, il se sentira aussi en confiance avec cette personne. C’est logique. Il faut simplement y penser et faire preuve d’empathie. Il faut se souvenir que ce sont les usages de la technologie qui la rendent utile ou non. Et les usages, ce sont les usagers qui en sont responsables.

Il faut se souvenir que ce sont les usages de la technologie qui la rendent utile ou non. Et les usages, ce sont les usagers qui en sont responsables. @bourmu

Au-delà de l’histoire de Simon

L’histoire du petit Simon m’a beaucoup fait réfléchir. Je me suis demandé ce qui arriverait à Simon si on lui enlevait l’outil qui lui donnait un sentiment de confiance. Ça m’a ensuite amené à réfléchir aux élèves de nos écoles intermédiaires et secondaires. Ils ont pratiquement tous un cellulaire. Laissez-moi reformuler. Pratiquement tous les élèves à partir de la 4e-5e année ont un appareil mobile qui leur donne accès à Internet. À tout le savoir de l’humanité. À toutes les personnes branchées, bonnes et moins bonnes, de notre planète. Dans bien des cas, on leur demande d’éteindre, de fermer, de cacher, de déposer leur cellulaire pendant les cours. Parce que sinon, ils sont distraits. Ils n’écoutent pas. Finalement, Simon, il représente tous nos élèves. Tous nos élèves sont branchés, ont un pouvoir (empowered) inégalé grâce à leur appareil mobile… entre les cours et après les heures de classe. Quand ils arrivent en classe, on leur demande de ne pas utiliser leur meilleur outil. Et on se demande pourquoi ils sont désengagés.

Finalement, Simon, il représente tous nos élèves. Tous nos élèves sont branchés, ont un pouvoir (empowered) inégalé grâce à leur appareil mobile… entre les cours et après les heures de classe. @bourmu

Ah, moé, toé, là!adobe-spark-2

Dans un récent billet (Focusing on What Students Can Do), George Couros mentionnait que les élèves en ont assez de se faire parler de cyberintimidation. De se faire parler des choses qu’ils ne doivent pas faire avec la technologie. Il nous invite à mettre l’accent sur ce que les élèves sont capables de faire, sur ce qu’ils peuvent et/ou devraient faire. Nos élèves ont besoin de modèles et d’être accompagnés.

Ah, moé, toé, là! Quand vient le temps de parler de la place des cellulaires à l’école, je crois que ces mots vont bien aux élèves, qui en ont assez de se faire enlever leur outil. Et dans plusieurs cas ces mots vont aussi bien aux enseignants et aux directeurs, qui en ont assez de gérer cette distraction. Pourtant, cette distraction qu’est le téléphone intelligent amène les élèves, par leur désengagement, à nous fournir de précieux indices quotidiennement sur leur besoin d’être connectés, d’être engagés, d’être, et j’ose, «Empower-és». Or dans bien des cas, ces indices sont perçus comme du désengagement, un manque d’intérêt ou encore de la délinquance. Ah! la grande distraction. Et si on les utilisait intelligemment en salle de classe, ces outils? Je ne parle pas ici de seulement les permettre. Ce n’est pas suffisant. Il faut repenser notre pédagogie. Soyons techno-réfléchis! Comment peut-on mettre en valeur, démontrer le potentiel incroyable que nous offre l’accès à Internet? En réalité, les élèves nous attendent, cellulaire en poche. Ce point d’accès auquel ils n’ont point accès.

En réalité, les élèves nous attendent, cellulaire en poche. Ce point d’accès auquel ils n’ont point accès. @bourmu

Empowerment

Quoi qu’il en soit, toutes les écoles travaillent très fort pour la réussite scolaire de leurs élèves. On parle souvent de l’engagement des élèves. De l’engagement intellectuel. Et bien, je crois qu’il y a eu de l’inflation à cet effet. On veut que les élèves soient engagés, oui. Mais sans leurs outils. Engagés dans notre monde, notre pédagogie. Ça ne fonctionne pas. Avec les cellulaires, avec un accès à internet, avec de l’empathie, de l’accompagnement à la manière d’un entraîneur personnel, les enseignants ont tous le pouvoir de transformer l’expérience d’apprentissage de leurs élèves, de développer leur savoir-publier, leur savoir-devenir. Engagement intellectuel et Empowerment! Bonne nouvelle! Pratiquement tous les élèves ont un appareil mobile! Deuxième bonne nouvelle! Vous pouvez commencer dès maintenant!

La chose importante à garder en tête est qu’il ne faut jamais attendre une minute pour commencer à changer le monde. Anne Frank

Merci de vos commentaires

Êtes-vous prêts à sortir du manuel?

Bon, ça y est. La première semaine d’école est derrière nous, le long week-end aussi! À partir de demain, les enseignantes et enseignants s’appuieront sur leur planification annuelle pour planifier plus en détail les différentes leçons qu’ils livreront au quotidien dans les prochaines semaines. Certains ont probablement déjà des dates en tête pour la première évaluation sommative de l’année! C’est signe que l’année est commencée pour vrai.

Un exemple concret

J’animais une conférence d’une journée au CSDCEO (#csdceo21) le 26 août dernier avec trois de mes collègues, soit @jprofnb, @maotechno et @charleboisjoel. Pour établir nos objectifs de fond pour la journée, nous avons présenté deux extraits du film Mona Lisa Smile aux quelque 207 participants.

Une approche axée sur les connaissances

Le premier extrait montre l’enseignante en train de livrer son premier cours de l’histoire de l’art aux femmes parmi les plus intelligentes des États-Unis dans les années 50.

On y remarque une approche plutôt traditionnelle, axée sur les connaissances. (Cette approche est de moins en moins utile de nos jours puisque tout le monde a accès à l’ensemble du savoir de l’humanité via Google, entre autres.) Or l’enseignante se retrouve devant des élèves engagées qui savent jouer la «game» de l’école, comme le dirait si bien mon collègue @zecool. L’enseignante sait très bien que ses élèves ont les bonnes réponses mais qu’elles ne savent pas pourquoi ce sont les bonnes réponses. (De nos jours, on cherche plutôt à développer une communauté de penseurs dans nos salles de classe. Nos élèves ont besoin de savoir quoi faire avec l’abondance d’information à laquelle ils ont accès.)

Une approche axée sur le questionnement et la réflexion

Elle retourne donc chez elle un peu troublée. Le cours suivant, elle utilise une autre stratégie pour stimuler la réflexion chez ses élèves. Leur non-verbal veut tout dire.

Ce que j’apprécie de cet extrait, ce sont les trois questions que l’enseignante pose à ses élèves, trois questions qui constituent leur nouveau syllabus.

  1. What is art?
  2. What makes it good?
  3. Who decides?

Que de liens avec les approches pédagogiques actuelles axées sur les grandes questions. Des approches qui sont d’une importance capitale dans le virage au numérique. À la fin du 2e extrait, on voit clairement que l’enseignante essaie une nouvelle approche avec ses élèves et qu’elle aime le résultat. Or son cours n’est pas entièrement conçu autour des trois grandes questions à ce moment. C’est pourquoi on la voit retourner à l’approche traditionnelle à la fin de l’extrait. En effet, elle retourne dans le manuel scolaire. À ce moment, les élèves retrouvent leur aplomb, leur zone de confort. Hmmmm. Intéressant!

3 grandes questions

En lien avec le deuxième extrait, voici trois grandes questions, qui s’appliquent très bien à notre profession, et qui ont servi d’assises pour notre conférence.JPEG image-E592E4587863-1.jpeg

  1. Qu’est-ce que l’enseignement?
  2. Qu’est-ce qui fait que l’enseignement est de haut niveau?
  3. Qui décide?

Ce sont des questions auxquelles nous avons intérêt à réfléchir, surtout en début d’année. C’est un moment où on met des choses en place, qui ont tendance à durer dans le temps. Voici un excellent billet de @gcouros qui aborde ce qu’est un enseignant.

Concepteurs/conceptrices d’expériences d’apprentissage

Toutes les nouvelles approches pédagogiques des dernières années invitent les enseignants à devenir des concepteurs d’expériences d’apprentissage pour leurs élèves. Les enseignants deviennent alors la ressource la plus importante dans leur salle de classe puisqu’ils remplacent le manuel scolaire. Ça fait drôle à dire, mais c’est un peu ça. Quand on conçoit nos cours avec l’idée que ce ne sont pas des leçons mais des expériences qui seront vécues par les élèves, c’est clair qu’on est à l’extérieur de la démarche typique d’un manuel (souvent accompagné de son corrigé).  @burgessdave, auteur de Teach Like A Pirate (une de mes prochaines lectures), présente une autre façon de voir la planification de nos cours. Il mentionnait dans un podcast qu’il approche ses leçons un peu comme faire du BBQ. Si on met un steak sur un BBQ froid, rien ne se produit. Si on réchauffe le BBQ avant… Même chose avec les élèves. Il faut leur faire VIVRE des choses.

Learning is creation, not consumption. Knowledge is not something a learner absorbs, but something a learner creates. via @frankitaliano

3 questions pour devenir concepteur/conceptriceJPEG image-932DEB42A45F-1

Je vous propose donc ces trois questions (voir image) pour vous aider à devenir des concepteurs et des conceptrices d’expériences d’apprentissage pour vos élèves. Les élèves ont besoin d’avoir des conversations au sujet du contenu de leurs cours. Ils ont besoin de créer pour apprendre. Ils ont également besoin d’innover avec ce qu’ils ont appris. C’est pourquoi nous cherchons à leur donner un auditoire. Les élèves veulent contribuer concrètement à la société, et ils le peuvent. Finalement, pour que tout ceci se concrétise, tout ce qu’il faut, c’est une enseignante ou un enseignant qui décide de sortir du manuel scolaire* et de devenir conceptrice ou concepteur d’expériences d’apprentissage pour et avec ses élèves. Évidemment, ce ne sont que 3 questions. Ça ne fait pas le tour du sujet, loin de là. C’est un point de départ.

Êtes-vous prêts à relever le défi?

Plusieurs ont déjà commencé.

C’est de toute beauté.

Demandez-leur!

Merci de vos commentaires 🙂

*Dans le cadre du présent billet, manuel scolaire représente l’approche traditionnelle axée sur les connaissances seulement (scène 1). Je suis d’avis qu’on peut très bien concevoir des expériences d’apprentissage fort stimulantes en utilisant des manuels scolaires. Ce qui compte, c’est le concepteur ou la conceptrice, pas les outils utilisés.

 

Quelle est votre stratégie?

Quand je me suis mis à regarder mon fil sur Facebook hier soir, j’ai été émerveillé par le nombre de photos d’enfants publiées par les parents qui font partie de mon réseau. Des photos incroyables montrant des enfants souriants, heureux d’amorcer une autre année scolaire. Des photos classiques, prises devant la porte d’entrée du domicile, devant l’autobus, devant l’école. Ça sentait la rentrée sur Facebook hier soir! Je souhaite sincèrement que tous ces enfants garderont cet enthousiasme toute l’année, que notre système saura nourrir leur amour pour l’apprentissage.

Le système, c’est du vrai monde

Adobe Spark (6).jpgQuand je dis système, je parle des vraies personnes qui accueillaient hier les élèves dans les écoles de langue française de l’Ontario. Des enseignants, des éducatrices, des concierges, des secrétaires, des directeurs… Du vrai monde. L’enseignement est une profession humaine. On l’entend souvent. La rentrée est un bel exemple de ça. Les enseignants préparent leur salle de classe, certains étiquettent le matériel scolaire de leurs futurs élèves, des activités d’accueil sont organisées pour que les élèves se sentent les bienvenus. C’est important, l’accueil, les relations. Quant on réduit l’éducation à sa forme la plus simple, on peut enlever les bâtisses, on peut enlever les ressources, on peut enlever les directeurs… à la fin, il reste un enseignant et un élève, en relation. Tout ce qu’on ajoute à ça doit servir à rehausser ou à faciliter cette relation.

Quant on réduit l’éducation à sa forme la plus simple, on peut enlever les bâtisses, on peut enlever les ressources, on peut enlever les directeurs… à la fin, il reste un enseignant et un élève, en relation. Tout ce qu’on ajoute à ça doit servir à rehausser ou à faciliter cette relation. @bourmu

Une conversation à la fois

C’est pourquoi les administrateurs planifient avec le personnel des activités de bienvenue, des activités d’accueil  pour les élèves.  Ce n’est pas parce qu’on a du temps à perdre. Bien au contraire. C’est parce qu’il est important d’investir du temps et de créer des occasions informelles pour permettre au personnel d’apprendre à connaître leurs élèves, au delà des matières scolaires et de ce qui sera mesuré au bulletin. C’est important. C’est dans cette optique que des conversations ont lieu entre le personnel et les élèves, dans le «rush» de la rentrée. C’est aussi le temps de l’année où on apprend, par le biais de tâches diagnostiques, à connaître ce que les élèves connaissent des matières. Dans le tourbillon de la rentrée, n’oublions pas le diagnostic de qui ils sont. La personne avant le cerveau. Même si on a l’impression d’être «en retard de deux semaines» après quelques jours d’école!

Une stratégie pour apprendre à connaître les élèves

En août 2015, je lisais un billet intéressant au sujet du tableau 360 (voir image ci-bas). J’ai trouvé l’idée géniale. Si vous êtes direction d’école ou que vous jouez un rôle de leadership dans votre école, c’est une stratégie d’école qui vaut la peine d’être présentée et mise en oeuvre. Il s’agit de créer un simple tableau par groupe ou classe titulaire à partir de la liste des élèves. L’idée du tableau 360 est de connaître chaque enfant au complet, de «faire le tour du sujet», un 360 degrés de chaque enfant. Au fil des conversations bien informelles que le personnel a avec chaque enfant, le personnel se donne comme mandat de consigner dans le tableau des informations intéressantes au sujet de chaque enfant, et ce, tout le long de l’année. Des informations comme les talents, les passions, les habiletés, la situation familiale (qui souvent évolue ou change en cours d’année), les activités scolaires ou parascolaires auxquelles participe chaque enfant, leur mets préféré ou toute autre information jugée pertinente selon le contexte de la communauté scolaire. L’approche ici, c’est qu’on n’enseigne pas à des cerveaux. On enseigne à des êtres en devenir, des êtres qui ont des émotions, qui ont une vie à l’extérieur de l’école, des êtres qui ne peuvent être réduits à leurs simples résultats scolaires de l’année précédente. Des êtres entiers, quoi. C’est tout un défi, tout un privilège! Imaginez la simplicité de l’exercice avec des outils comme Google sheets! Imaginez surtout l’impact. Bien entendu, cette stratégie a de l’impact uniquement si l’information consignée sert à guider nos actions. L’idée n’est pas de Faire un tableau. C’est de se donner une stratégie pour connaître nos élèves et leur offrir une expérience scolaire personnalisée, comme on ferait avec nos propres enfants.

L’approche ici, c’est qu’on n’enseigne pas à des cerveaux. On enseigne à des êtres en devenir, des êtres qui ont des émotions, qui ont une vie à l’extérieur de l’école, des êtres qui ne peuvent être réduits à leurs simples résultats scolaires de l’année précédente. @bourmu

Alors voilà, c’est une idée. Et vous, quelle est votre stratégie pour apprendre à connaître vos élèves? Merci de vos commentaires et de vos idées!

Tableau 360.png