Changement de paradigme : 10 changements de focus à considérer pour développer des humains en perpétuel devenir

Je sais. Le titre du billet est long. 🙂

Depuis plus de 10 ans, on parle d’un changement de paradigme en éducation. En effet, on dit que le grand monde de l’éducation est dans le virage. Le virage au numérique, le virage technopédagogique, non, le virage pédagonumérique. Il ne faut pas mettre la technologie avant la pédagogie. Il ne faut pas mettre la technologie avant les humains. À force de virer, on revient à l’humain. Oui, l’ère du numérique offre une multitude de possibilités pour favoriser l’apprentissage. Un apprentissage qui tient compte du monde dans lequel on vit. Or à mon avis, l’ère du numérique, c’est d’abord une invitation à devenir. Parce qu’on doit être en perpétuel devenir pour s’épanouir dans le monde d’aujourd’hui. À force de côtoyer des gens dans divers contextes en éducation, j’ai observé plusieurs pratiques concrètes en lien avec le virage.

Voici 10 changements de focus à considérer pour développer des humains en perpétuel devenir.

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À REMETTRE / À PUBLIER

Je vous donne 2 choix : 1. Vous devez remettre un travail à votre enseignant pour être évalué ou 2. Vous le publiez dans le format de votre choix dans le but de contribuer au monde qui vous entoure. Lequel suscite le plus votre engagement? Lequel vous autonomise le plus? Il y a certainement de la place pour les deux en éducation. Mais je crois que la majorité des travaux d’élèves sont remis pour fins d’évaluation. Il n’y a rien de mal avec le fait de remettre un travail à son enseignant. Mais le monde d’aujourd’hui nous invite à être des producteurs de contenu pour contribuer au monde. Ça s’insère où dans notre planification annuelle ça? Imaginez ce qui se produirait si tous les élèves étaient accompagnés dans une démarche qui les amène à publier. Des histoires, leurs rêves, des témoignages, de l’art, des tutoriels, des tranches de vie, leurs créations, leur vision du monde, leur blogue, leur chaîne YouTube, leur portfolio, leur voix, leur site Web, leurs médias sociaux. Les années Passe-Partout sont derrière nous les amis.

Nos élèves existent dans la vraie vie en premier, pas dans notre cours. @bourmu

LE CONTENU / LES PERSONNES

Si nous croyons vraiment qu’il est important de développer des humains en perpétuel devenir (des apprenants à vie), alors qui nous sommes est donc plus important que ce que nous savons. Nous enseignons qui nous sommes et notre programme n’est qu’un prétexte pour le faire. Pensez-y. Les Mathématiques, ça existe dans la vraie vie en premier, pas dans un programme. Nos élèves existent dans la vraie vie en premier, pas dans notre cours. Nos élèves sont plus importants que notre contenu. Et si nous arrivions à leur faire une place? De temps à autre, partir d’eux plutôt que du programme. Plutôt que se demander à quelle page on est rendus, se demander ce que deviennent nos élèves. On peut croire qu’il y a une ligne d’arrivée parce que notre cours dure 110 heures, mais un humain n’a jamais fini de devenir.

On n’allume pas un feu avec un thermomètre. On n’allume pas la flamme de l’apprentissage avec une série d’évaluations sommatives. @bourmu

LA PERFORMANCE ACTUELLE / LE PROGRÈS ET LE POTENTIEL

Dans le modèle actuel, les échéances systémiques nous invitent à porter un jugement sur la performance actuelle des élèves. On documente donc des notes. Rien de mal avec ça. Mais il n’y a pas que ça. Qu’en est-il des progrès et du potentiel des élèves? Quand on parle de mentalité de croissance et de «Pas encore ou Not yet», est-ce prévu dans notre démarche pédagogique? En autres mots, est-ce que les élèves ont le temps de ne pas apprendre à temps dans la démarche pédagogique conçue pour eux? Les élèves ont-ils le temps de progresser avant que ça compte? À quoi pourrait ressembler une démarche pédagogique qui permet ça? Ici, on documente des preuves d’apprentissage et de progrès. On n’allume pas un feu avec un thermomètre. On n’allume pas la flamme de l’apprentissage avec une série d’évaluations sommatives. Processus.

Je crois qu’il faut tomber en amour avec notre pourquoi (intention pédagogique), pas notre comment (itinéraire ou façon d’y arriver). @bourmu

LE CONTRÔLE / LA TOLÉRANCE À L’AMBIGUÏTÉ

La pédagogie d’aujourd’hui nous invite à un certain lâcher-prise. On ne peut pas s’attendre à placer les élèves au coeur de leur apprentissage et être en contrôle du rythme d’apprentissage de tous en même temps. On peut s’assurer de la qualité de l’effort et des travaux. On peut contrôler le processus, pas les personnes. Pas si on veut vraiment développer des apprenants à vie. Ça a l’air de quoi un élève qui apprend à choisir ce qui est vrai ou faux en ligne? Quand les élèves sont au coeur de leur apprentissage, ils posent des questions qui sortent du cadre du module 1 et de la matière de notre cours. C’est normal. C’est authentique et en contexte. Et en contexte, les élèves ne réfléchissent pas en programmes et en modules. Il réfléchissent avec leurs connaissances actuelles, leurs expériences personnelles, leurs émotions du moment et beaucoup en fonction des interactions sociales du moment. Ça demande de la tolérance à l’ambiguïté. Je crois qu’il faut tomber en amour avec notre pourquoi (intention pédagogique), pas notre comment (itinéraire ou façon d’y arriver).

Un élève ne peut pas s’autoréguler si tout ce qu’on lui demande, c’est de suivre des directives et d’obéir. @bourmu

DONNER DES DIRECTIVES / APPRENDRE À RÉFLÉCHIR ET AUTONOMISER

Pour développer des humains en perpétuel devenir, il faut leur enseigner à se fixer des objectifs personnels, à passer à l’action et à déterminer eux-mêmes leurs prochaines étapes en fonction de leurs progrès. Le processus. Devenir. On ne devient pas compétent le 22 novembre. Le 22 novembre, on constate à quel point on est compétent. C’est tout. Et on continue le 23 novembre, et le 24… Un élève ne peut pas s’autoréguler si tout ce qu’on lui demande, c’est de suivre des directives et d’obéir. Pour apprendre en profondeur et devenir l’entrepreneur de sa vie, l’élève doit apprendre à réfléchir et être conscient de son pouvoir d’action dans sa propre vie. Ça, ça se vit au quotidien. Ce n’est pas quelque chose qu’on prend en note du tableau.

ÊTRE ATTENTIF ET ÉCOUTER / AVOIR UNE VOIX, AGENTIVITÉ

Être attentif et écouter des directives, ça a sa place en éducation. Bien sûr. Mais ce n’est pas la finalité. Ça s’insère dans un processus qui amène l’élève à trouver sa voix et à l’exprimer positivement pour contribuer au monde autour de lui. Pour que l’élève soit actif dans sa communauté, il doit pouvoir être actif et influencer ce qui se vit dans son école. On remarque un intérêt marqué pour l’entrepreneuriat dans les écoles, et pour cause. Les élèves sont les leaders d’aujourd’hui. Ils SE dirigent.

ÊTRE LIMITÉ PAR LES CONTRAINTES / ÊTRE INSPIRÉ PAR LES POSSIBILITÉS

Dans une de mes lectures, l’auteur dont j’oublie le nom mentionnait que la majorité des possibilités dans nos vies sont entourées de contraintes ou de défis à surmonter. Selon lui, relever un défi ou contourner une contrainte est le prix à payer pour avoir accès à chacune des possibilités qui s’offrent à nous. Les défis et les contraintes sont nombreux en éducation. Certains se disent incapables de faire autrement alors que d’autres innovent, inspirés par les possibilités que nous offre l’ère du numérique. J’aime bien cette citation de Seth Godin : « Les leaders transformationnels n’ignorent pas le monde dans lequel ils vivent. Ils décrivent plutôt l’avenir qu’ils tentent de créer.» On ne peut pas ignorer les contraintes et les défis en éducation. Ils sont réels. Les possibilités aussi. Tout dépend de notre focus.

LE MONDE AUTOUR DE NOUS / LE MONDE QUE NOUS PORTONS EN NOUS

La majorité de nos programmes nous invitent à comprendre le monde autour de nous. Rien de mal avec ça. Le monde autour de nous, il était là avant notre naissance et il sera encore là après notre décès. Mais il y a un autre monde, le monde qui existe seulement parce que nous sommes là. Il importe de prendre le temps d’apprendre à connaître le monde que nous portons en nous. Ce n’est pas mon domaine d’expertise mais je me dis qu’il y a sûrement un lien entre bien se connaître, le bien-être et le sentiment de bonheur. La connaissance de soi, c’est au coeur de l’apprentissage en profondeur, des êtres en perpétuel devenir, à mon avis. Et si nous explorions ce monde-là avec les élèves?

LE MODÈLE PRESCRIT / LA CRÉATIVITÉ ET L’INTUITION

Nous avons donc le choix de suivre le programme, de suivre le manuel et de continuer à bien faire les choses à l’intérieur de la boîte. Rien de mal avec ça. Mais ce n’est pas là que la magie s’opère. Nous avons aussi le choix d’essayer d’être créatifs et de faire confiance à notre intuition, cette petite voix qui voudrait parfois nous voir emprunter une piste innovante. Innover, c’est aussi simple que d’arrêter de faire quelque chose qui n’a plus sa place, si on part de l’intention pédagogique et de la finalité. C’est un peu ça, le changement de paradigme. On commence par arrêter de faire des choses qui n’ont plus leur place, qui ne sont plus cohérentes avec nos finalités. Et ça fait de la place pour de nouvelles pratiques et de l’enthousiasme pédagogique.

L’ISOLEMENT / LE RÉSEAU

L’enseignement est une profession exigeante. Et c’est peu dire. Qui gagne à travailler seul? Je vous invite cordialement à vous joindre à la grande communauté de passionnés sur Twitter. On a besoin de vous, de vos questions, de vos idées. Visitez le #leadped. Juste du bon monde 🙂 En 2019, l’isolement est un choix qu’on fait.

Et vous? Quels changements de focus ajouteriez-vous à cette liste?

Merci de partager vos idées 🙂

 

 

Et si nous étions des marqueurs de relation? Juste aujourd’hui.

Je vous propose un billet «zoom out» aujourd’hui.

«If we teach today’s students as we taught yesterday’s, we rob them of tomorrow.» Cette citation de John Dewey passait dans Instagram ce matin. Ça m’a fait réfléchir. Je ne suis pas tout à fait d’accord.

Priver nos élèves de leur aujourd’hui

Demain ne nous appartient pas. Si on prive les élèves de quelque chose, c’est de leur aujourd’hui, d’un aujourd’hui pertinent qui a du sens. Pensez-y. Ce qu’on demande de nos élèves parfois. Pensez à tout ce système d’appui à certains élèves dits «en difficulté». Comprenez-moi bien. Il y a des élèves avec de réelles difficultés et ils ont besoin d’appui. Je parle ici des élèves en difficulté que nous produisons. Parce qu’on n’est pas à jour. Parce que le contenu ne colle pas, n’a pas de sens. Parce que c’est important, le travail sur les papillons pour jeudi. Plus important que les humains qui ne s’engagent pas. Curiosité naturelle… Faut que ça roule! Curieux. Ne regardons pas trop loin. Juste aujourd’hui. Quel sens aujourd’hui aura-t-il pour nous et pour nos élèves?

«If we teach today’s students as we taught yesterday’s, we rob them of tomorrow.» John Dewey

Nous sommes le contenu

Je pense aussi que ça va plus loin que «as», que notre approche. Je parle toujours de la citation de John Dewey. Vous me suivez? Dans le monde d’aujourd’hui, oui notre approche doit changer, parce que le monde a changé, mais ce qu’on enseigne aussi évolue. Je dis souvent que l’éducation est désormais une entreprise de développement de personnes. Après tout, on veut que tous trouvent leur voie, atteignent leur plein potentiel et contribuent au monde. Le contenu qu’on enseigne doit donc mener à ça. Aujourd’hui, qui nous sommes est plus important que le contenu du programme. On enseigne qui on est. L’humain. Nous sommes le contenu le plus important (je sais, le programme aussi est important). C’est pourquoi le développement professionnel, la croissance personnelle sont si importants. How far can we grow?

Nouveaux partenariats d’apprentissage

Dans le cadre d’une série de webinaires offerte en collaboration avec Jacques Cool, Normand Brodeur et Stephane Hunter, il a été question des compétences globales (ou du 21e siècle). Selon Définir les compétences du 21e siècle pour l’Ontario, le point central de l’enseignement serait désormais de développer des pratiques axées sur l’apprentissage en profondeur et le développement de nouveaux partenariats d’apprentissage.

Apprentissage en profondeur : « L’apprentissage en profondeur » est « le processus au cours duquel une personne parvient à s’approprier les enseignements tirés d’une situation et à les appliquer à de nouvelles situations » (Pellegrino et Hilton, 2012, p. 5, traduction libre). On le décrit aussi comme étant le développement et l’application pluridisciplinaire d’habiletés transférables. L’apprentissage en profondeur implique l’interrelation des domaines cognitif, intrapersonnel et interpersonnel.

Nouveaux partenariats d’apprentissage : L’attention accordée à l’« apprentissage en profondeur » signale une mutation dans le rôle de l’enseignante ou de l’enseignant, dont « l’attention jusque-là concentrée sur le contenu à couvrir se reporte sur le processus d’apprentissage et sur le développement de la capacité des élèves à prendre en charge leur propre apprentissage et à tirer parti de celui-ci. L’enseignante ou l’enseignant doit devenir la ou le partenaire de l’élève dans les activités d’apprentissage en profondeur, celles-ci se caractérisant par la recherche, la connexité et des enjeux authentiques et significatifs » (Fullan et Langworthy, 2014, p. 7, traduction libre).

Et si nous étions des marqueurs de relation?

Ok, le rôle de l’enseignant est en mutation. Et après, Marius? Je vous laisse analyser le visuel que nous avons présenté dans le 4e webinaire (Merci Normand). La clé ici, ce sont les points rouges, qui désignent les relations humaines et la technologie.

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Je mets ici l’accent sur les relations humaines (nouveaux partenariats d’apprentissage) qui, comme le dirait mon collègue Normand, permettent la circularité dans ce modèle. Or dans nos écoles, on ne vit pas dans un modèle. On s’en inspire, oui, mais on crée nous-mêmes notre réalité, notre aujourd’hui. Enseignant de français dans mon autre vie, quand j’ai vu les points rouges dans ce modèle, j’ai tout de suite pensé aux marqueurs de relation. Pour ceux qui l’auraient oublié, un marqueur de relation crée un lien, un rapport entre des idées, des phrases ou des paragraphes. Et selon le marqueur de relation choisi, le sens varie. Le sens. Vous me voyez venir? Et si nous étions appelés à agir comme des marqueurs de relation auprès de nos élèves? Créer des liens et donner un sens…

Créer des liens, en vrac

Créer des liens avec nos élèves. Créer des liens entre nos élèves. Créer des liens entre le programme, le vécu des élèves et notre vécu. Créer des liens entre les intérêts, les talents des élèves et les exigences du programme. Créer des liens entre le programme, nos rétroactions et les progrès des élèves. Créer des liens entre la vie de tous les jours et ce qui se passe dans notre école. Créer des liens entre nous, entre collègues. Prendre le temps de se parler. Créer des liens entre mon impact en classe, mes besoins en formation et ce qui est disponible sur le Web. Créer des liens entre notre état d’esprit, nos émotions et les conditions que nous créons dans notre classe, dans notre école. Créer des liens.

Donner un sens, en vrac

Donner un sens à ce qu’on demande de nos élèves. Donner un sens au monde qui nous entoure. Le contenu que nous enseignons (le programme) est sensé refléter le monde qui nous entoure. Internet et les médias sociaux sont souvent vus comme des outils, comme des moyens. Et si on les abordait comme du contenu. Il ne faut pas seulement les utiliser. Il faut les comprendre. Donner un sens aux notes. Donner un sens aux progrès. Donner en sens à l’erreur, au «not yet». Donner un sens à la persévérance. Effort + Stratégie + Aide des autres = Croissance. E + S + A = C. Pas seulement E. Donner un sens à l’appui «supplémentaire» offert à ceux qui en ont besoin. Assurons-nous que l’appui vienne de la bonne personne. Il n’y a personne d’autre que moi qui peut être le père de mes enfants, et les aimer comme un père aime ses enfants. Ça s’applique comment dans la classe? Donner un sens au monde que nous portons en nous. Faire de la place pour ça. Apprendre en profondeur, en soi. La connaissance de soi, la croissance personnelle et la réalisation de soi sont étroitement liés. Donner un sens à nos aujourd’hui. Pour nous, pour nos élèves.

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Juste aujourd’hui

Alors, chers collègues, quelle pourrait bien être cette expérience scolaire que nous espérons tous pour nous et nos élèves? Nous la portons en nous, cette expérience. Elle est là, quelque part. Il faut simplement partir à sa découverte, écouter notre intuition et accueillir notre rôle, en mutation, juste aujourd’hui. Tous les jours, c’est aujourd’hui. Et, comme Winnie, ça peut devenir notre jour préféré. À nous et à nos élèves. C’est la puissance de l’aujourd’hui. Pas besoin de se priver de ça!

Qui sait à quoi pourrait ressembler notre aujourd’hui en juin 2019, 2024, 2029?

On comptera encore sûrement les dodos 😉

Les 12 habitudes du leader pédagogique

J’écris pour réfléchir aujourd’hui. J’ai besoin de créer de la clarté autour d’un concept qui me trotte dans la tête depuis un certain temps. J’espère pouvoir compter sur vos commentaires, chers lecteurs, pour le valider et surtout l’enrichir. Je vais l’inclure dans mon livre, qui devrait paraître en 2018 🙂

Tout ce que nous voulons créer dans nos écoles dépend de notre capacité de grandir. @bourmu

Une invitation

Partons du principe que tout le monde dans le système est un leader pédagogique. Tout le monde. Les 12 habitudes du leader pédagogique, c’est une invitation à volontairement mettre l’accent sur tout le potentiel humain qu’il y a dans notre système. Repenser l’école, c’est une question de croissance. Montrez-moi un conseil scolaire, une école, une salle de classe où il y a de l’innovation et des élèves qui se réalisent, je vous montrerai des leaders pédagogiques en croissance.

Montrez-moi un conseil scolaire, une école, une salle de classe où il y a de l’innovation, je vous montrerai des leaders pédagogiques en croissance. @bourmu

Croître intentionnellement

Tout ce que nous voulons créer dans nos écoles dépend de notre capacité de grandir. Que se passerait-il si nous décidions tous de volontairement adopter certaines habitudes pour croître intentionnellement? On ne peut pas donner ce qu’on n’a pas. Dans le système traditionnel, on enseignait ce qu’on savait. Dans l’école d’aujourd’hui, l’école des compétences, on doit développer des personnes. Et on peut seulement reproduire qui on est. Ce que nous sommes est désormais plus important que ce que nous savons. Ne soyons pas stressés par les résultats actuels, chers collègues. Soyons excités par tout le potentiel de croissance et d’innovation que nous pouvons exprimer. Que nous allons exprimer!

Ce que nous sommes est désormais plus important que ce que nous savons. @bourmu

Les 12 habitudes du leader pédagogique

Voici donc les 12 habitudes du leader pédagogique. Du 21e siècle, de l’ère numérique, d’aujourd’hui, de l’école repensée, d’influence, d’impact… Je vous laisse choisir. Ce n’est pas la vérité absolue. Avec mes apprentissages des dernières années, c’est ce qui me semble le plus important. À mon avis, ces habitudes nous aideront à exprimer notre plein potentiel en tant que leaders pédagogiques, à repenser l’école et à transformer l’expérience d’apprentissage de tous les apprenants dans le système, y compris les adultes.

12 habitudes du leader pédagogique

Merci @maotechno pour le superbe sketchnote, encore une fois! Tu ne cesses de nous impressionner… 🙂

Le leader pédagogique…

  1. Entretient un dialogue intérieur positif

    On dit souvent que les relations sont la clé en éducation. On oublie cependant que la relation la plus importante pour notre épanouissement personnel est la relation que nous entretenons avec nous-mêmes. Comment on se parle. Ce qu’on croit possible pour soi. Se donner le droit à l’erreur. Dans mon expérience, je me rends compte que nos actions finissent toujours par donner raison à notre discours intérieur. Ce qu’on pense possible pour soi, pour nos collègues, pour nos élèves devient souvent la réalité. Nos actions reflètent notre discours intérieur après tout. Pour exprimer son plein potentiel, il faut croire qu’on a de la valeur. Et il faut savoir que notre discours intérieur, ce n’est pas nous. Il est conçu pour minimiser le risque et nous garder en sécurité. Défi : notre plein potentiel ne se trouve pas à l’intérieur de notre zone de confort. Jim Rohn a un bon conseil à cet effet : « Stand guard at the door of your mind. » Parce que notre discours intérieur affecte notre performance. Personne ne performe de façon constante à un niveau plus élevé que son image de soi. Personne. Et en éducation, notre discours intérieur affecte le discours intérieur des personnes dont nous sommes responsables. Bruce Lee disait : « A good teacher protects his pupils from his own influence. » Croire en soi, pour croire en nos collègues, pour croire en nos élèves. La santé mentale…

  2. Élève sa conscience de soi

    Dans mes lectures, je suis tombé sur cette citation de Carl Jung : « Until you make the unconscious, conscious, it will direct your life, and you will call it fate. » La conscience. David Foster Wallace soutient que le fruit d’une éducation de qualité n’est pas la connaissance, mais la conscience. Ça explique, par exemple, pourquoi plusieurs étudiants arrivent à l’université en croyant qu’ils savent beaucoup de choses. Ceux qui en ressortent avec une éducation de qualité repartent conscients de tout ce qu’ils ne savent pas, parce qu’ils ont été exposés à des niveaux supérieurs de conscience et de questionnement. Nos résultats actuels sont-ils dus à nos efforts conscients ou à nos croyances inconscientes? Je pense qu’il faut regarder plus loin que nos résultats actuels si on veut vraiment être en mesure de repenser l’école et développer des personnes. Dans l’école traditionnelle, les élèves étaient vus comme des vases vides à remplir de connaissances. Dans l’école d’aujourd’hui, la croyance de base doit être que les réponses sont toujours à l’intérieur des apprenants. En latin, éducation se dit educo, qui signifie : faire jaillir de. Notre rôle est de faire jaillir le potentiel des apprenants au niveau de leur conscience. Paul est bon en mathématiques. Il ne le sait pas encore. Not yet! Nous ne pouvons pas exprimer ce dont nous ne sommes pas conscients. D’où l’importance de mettre l’accent sur le potentiel des apprenants plutôt que sur leur performance actuelle.

  3. Se fixe des objectifs personnels clairs par écrit

    Quand on y pense, le vrai succès pour toute personne, c’est lorsqu’on fait des progrès constants dans notre capacité d’atteindre nos objectifs personnels. Le progrès. La clé, c’est qu’il faut avoir des objectifs pour les atteindre. Ça signifie qu’il faut vraiment savoir ce qu’on veut. Vraiment. Un bon exercice pour valider si nos objectifs sont vraiment nos objectifs, c’est de les écrire à la main dans un cahier et de les réécrire à tous les jours à partir de ce qu’on ressent, pas à partir des objectifs de la veille. Après 4 à 7 jours, les objectifs se précisent. Les objectifs SMART sont préférables mais je crois qu’il faut 2 autres critères : 1. Ils doivent nous exciter, nous motiver. 2. Nous devons pouvoir agir de façon concrète au quotidien pour les atteindre. Le processus d’écrire des objectifs personnels, de les formuler de sorte qu’ils nous motivent, de passer à l’action, de monitorer nos actions (et nos manques!!!), de nous ajuster… C’est incroyable ce que ça fait. Quand on vit ce processus, notre discours intérieur s’améliore et on améliore considérablement les résultats qu’on obtient dans notre vie. En plus, on s’outille pour appuyer les élèves à faire de même. Si on souhaite personnaliser l’éducation, il faudra pouvoir aider les élèves à se fixer des objectifs personnels et à passer à l’action.

  4. Est intentionnel, discipliné et constant

    Tout ce qui vaut la peine d’être fait, comme de grandir en tant que leader pédagogique, ça se fait en montant. Il faut être intentionnel. Il faut suivre le plan, les objectifs. Passer à l’action. Quand on y pense, ça n’a rien à voir avec la connaissance. La plupart des gens savent quoi faire. Pensez-y. C’est plutôt une question de connaissance de soi (voir no 1 et no 2). Ce qui se passe à l’intérieur de soi nous prive de nos rêves beaucoup plus que nos échecs. John Maxwell affirme : «There is pain in life. The pain of discipline or the pain of regret. You have to decide if you want to pay it upfront.» La discipline, c’est accueillir le processus, c’est passer à l’action chaque jour. Être constant. Ce n’est pas une qualité très reluisante. Ce n’est pas une qualité qui gonfle l’ego. Or la constance donne des résultats. Prenons le golf par exemple. Pour gagner un tournoi, les joueurs jouent 4 rondes. Pourquoi? Tous les joueurs peuvent jouer 66 un jour. Après 2 rondes, on élimine la moitié des joueurs. Les moins constants. Après 4 rondes, les meilleurs sont en tête. Les plus constants. C’est la même chose dans la vie. Ce qu’on fait au quotidien détermine nos résultats. Ce n’est pas ce qu’on fait une fois de temps en temps. La constance. Dans notre caractère, nos relations, notre performance, nos réactions, nos décisions… Tout le monde est un leader. Lead yourself.

  5. Est réseauté

    L’humain est un être social. Nous sommes meilleurs en communauté. Ce n’est pas naturel en éducation puisque le système traditionnel nous a habitués à travailler en privé. Chacun dans sa classe. Aujourd’hui, l’isolement est un choix qu’on fait. Il faut se réseauter, choisir les gens qui vont nous soutenir, nous nourrir, nous appuyer et vice versa. Ça commence par les gens dans notre école. Il y a aussi les multiples possibilités de réseautage en ligne avec les médias sociaux qu’on connaît. Mais ça n’a pas vraiment de sens si on ne peut pas d’abord se réseauter avec les gens qui partagent la même bâtisse que nous. Les mêmes élèves, la même mission… L’efficacité collective. Pour moi, être réseauté, c’est être actif. C’est être au centre de mon apprentissage. C’est donner et recevoir. C’est chercher à aider tout un système à s’améliorer. Parce qu’on peut. Nos élèves sont réseautés aussi. Quelle est la place des réseaux dans l’école repensée? C’est une question importante.

  6. Réfléchit

    Le leadership, c’est être proactif. C’est essayer d’anticiper où on s’en va et choisir le meilleur chemin pour s’y rendre. Ça demande du recul, de la réflexion. On dit souvent qu’on apprend de nos expériences. Je crois qu’on apprend surtout quand on réfléchit à nos expériences. Quand on réfléchit, on peut en retirer des leçons. Dans The 15 Invaluable Laws of Growth, John Maxwell affirme : « Reflection allows growth to catch up with you. » En éducation, ce n’est pas facile de prendre le temps de réfléchir à sa pratique. Ça ne semble pas utile. On a des choses à faire. Je vous encourage à mettre du temps à l’horaire (30 minutes), une fois par semaine, pour réfléchir à vos expériences, à vos objectifs. C’est magique 🙂

  7. Rend ses apprentissages visibles

    Une des premières étapes du leadership, c’est être modèle. Parce que les gens font ce qu’ils voient, pas ce qu’on dit. Rendre ses apprentissages visibles, c’est une façon d’établir sa crédibilité en étant volontairement vulnérable. Ça demande de la confiance en soi. Ça bâtit la confiance et le respect entre les apprenants. Cette habitude va un peu avec l’idée d’être réseautés et de s’améliorer collectivement aussi. Quand je rends mes apprentissages visibles, quand je partage les questions qui m’interpellent, les défis que je tente de relever, j’aide la profession, la collectivité à s’améliorer. Je ne serais pas qui je suis aujourd’hui sans mon réseau d’apprentissage professionnel. Rendre ses apprentissages visibles, c’est pour moi un incontournable dans le monde d’aujourd’hui. Imaginez si tous les leaders pédagogiques le faisaient. À quelle vitesse pourrions-nous progresser? Dans l’école repensée, pour développer des personnes, nous devons amener nos élèves à rendre leur pensée visible. On ne peut pas agir sur ce qu’on ne voit pas.

  8. A une attitude positive

    L’attitude, c’est 100%. Faites le calcul. (A = 1; T = 20; I = 9; U = 21; D = 4; E = 5). On ne contrôle pas ce qui nous arrive, ni à quelle vitesse nos élèves se développent, mais on contrôle comment on choisit de réagir. Notre attitude détermine comment on vit nos journées. Les élèves viennent à l’école pour qu’on les développe, pas pour nous donner un auditoire pour qu’on puisse livrer notre contenu. C’est sec, mais c’est ça 🙂 C’est l’école des élèves. Et on a le privilège de les accompagner dans leur développement. Vu comme ça… 🙂

  9. Estime les autres

    Le leader pédagogique croit que les autres ont de la valeur. Ils valent la peine qu’on s’investisse en eux, pour eux. Il croit que la vie de chaque personne qu’il côtoie est plus importante que ses résultats actuels. Potentiel. Empathie. Processus. Long terme. L’école est désormais une entreprise de développement de personnes. On ne peut pas avoir de succès si on n’estime pas les autres.

  10. A une mentalité d’abondance

    Carol Dweck parle de la mentalité de croissance. C’est croire qu’on peut se développer avec de l’effort et des stratégies. Choisir d’avoir une mentalité d’abondance, c’est choisir de croire qu’il y en aura toujours assez. Qu’il y a une abondance de ressources, de talents, de potentiel, de temps, de flexibilité, de possibilités. Au fil du temps, je me rends compte qu’on ne choisit pas toujours consciemment notre mentalité d’abondance ou d’insuffisance. Et ça a tout un impact sur notre comportement et sur notre qualité de vie. Pour repenser l’école et personnaliser l’éducation, il faut adopter une mentalité d’abondance. Croire que tout le monde a suffisamment de potentiel pour se développer. Croire qu’il y a plusieurs façons de se rendre où on veut aller. La mentalité d’abondance, c’est le point de départ de l’innovation et de la créativité.

  11. Entretient des relations qui ajoutent de la valeur aux autres

    Le leadership pédagogique, c’est une vie qui en influence une autre. C’est tout. En éducation, on entre en relation avec les autres dans le but de contribuer à leur développement. Le bien-être dans nos écoles passe par la qualité des relations que nous entretenons avec les autres. Les leaders pédagogiques d’impact savent comment connecter avec les autres. Écouter, observer, apprendre à connaître l’autre. Ce sont les fondements du leadership. On assoit son leadership sur les relations. Pourquoi? Parce qu’on ne peut pas influencer quelqu’un qui ne nous aime pas.

  12. Innove à l’intérieur de la boîte

    Enfin, on parle d’innovation. C’est souvent le point de départ quand on parle du virage au numérique. Innover à l’intérieur de la boîte, c’est repenser nos processus pour faciliter l’innovation, l’expérimentation. C’est devenir un concepteur d’expériences d’apprentissage, c’est créer de la flexibilité dans la démarche d’enseignement/apprentissage pour permettre aux apprenants de se développer, pas seulement pour se préparer à des épreuves. Innover à l’intérieur de la boîte, c’est laisser libre cours au potentiel humain dans nos écoles. Faire autrement.

Quelques remarques

  • Les habitudes ne sont pas linéaires.
  • Les 12 habitudes sont des choix. Pas besoin de talent particulier pour les adopter.
  • Les habitudes deviennent des habitudes quand on n’a plus besoin d’y penser. Il faut donc être intentionnels et conscients pour y arriver. Chaque jour.
  • 8 des 12 habitudes sont invisibles pour les autres. C’est intérieur. C’est ce qui est à la source de nos résultats actuels! Certaines seront difficiles. On vise le progrès, pas la perfection 🙂
  • Les habitudes visibles, on les adopte surtout pour les autres.
  • On travaille donc 2 fois plus sur soi pour pouvoir aider les autres. C’est l’idée.
  • Ces 12 habitudes vous aideront à grandir et vous donneront un profond sentiment d’accomplissement.

Alors vous, quelles habitudes vous interpellent?

Quelles habitudes sont un défi pour vous?

Quelles habitudes ajouteriez-vous à cette liste?

Merci de vos commentaires! 🙂

La présentation orale… inversée?

La stratégie suivante a été présentée hier soir dans le cadre de notre tout premier webinaire : Tout pour réussir le #défi20prof. Vous pouvez voir l’enregistrement du webinaire ici.

Les présentations orales font partie de l’expérience d’apprentissage des élèves. Dans pratiquement toutes les matières, les élèves sont invités, à un moment donné, à faire une présentation orale devant leurs pairs. C’est un processus qui prend beaucoup de temps dans la classe. Jusqu’à 4 et même 5 périodes de 60 à 75 minutes. La question que je me suis toujours posée est : «Est-ce que cet investissement de temps de classe est un investissement qui en vaut le coût?» Investir tout ce temps pour évaluer un produit ou une performance… Pourtant, notre rôle est d’agir sur le processus, sur ce qui mène au produit de qualité, à la performance… Hmmm. Comment faire alors? Suivez-moi. J’ai une idée 🙂

Le temps

Le temps. C’est tellement important comment on choisit d’investir notre temps avec les élèves, n’est-ce pas? On dit toujours qu’on manque de temps. Si vos élèves présentent seulement deux fois pendant un semestre et que vous investissez 8, 9 et même 10 périodes pour passer, à tour de rôle, chacun des élèves dans le but de leur donner une note… Ça vaut la peine? Que font les autres élèves pendant ce temps? C’est comme si un enseignant d’éducation physique demandait à ses élèves de faire la file et de venir, à tour de rôle, faire un lancer au panier, par exemple. Le temps d’attente serait beaucoup trop long pour les élèves qui ne sont pas en action. C’est pour cette raison qu’on place les élèves en petits groupes ou en stations. Afin qu’ils soient en action, qu’ils puissent développer leurs compétences et recevoir de la rétroaction fréquente de leurs pairs ou de leur enseignant, qui circule dans le gymnase.

Investir du temps de classe pour apprendre, pas pour donner une note!

Alors dans le cas des présentations orales, qu’en est-il de l’évaluation au service de l’apprentissage? Comment faire de la place pour agir sur le processus? Impossible de même considérer faire présenter chaque élève afin de lui offrir une rétroaction, et ce, avant «que ça compte». Imaginez investir le temps de 20 périodes, pour 2 présentations orales. Non. Impensable. Et si on utilisait la vidéo! La vidéo pour faire une présentation orale inversée. Inversée parce que le temps de classe serait investi pour placer tous les élèves en action et leur permettre d’agir sur le processus. L’évaluation de la performance ou du processus pourrait se faire à l’extérieur du temps de classe… Après discussion avec ma collègue @maotechno, merci collègue, je vois 4 étapes au processus de la présentation orale inversée, et ce, avant l’évaluation (attribution d’une note) du produit ou de la performance et, mieux encore, pourquoi pas le processus.

Étape 1 : Planifier / créer sa présentation

À l’étape 1, l’élève planifie sa présentation orale et la crée en fonction des exigences et des critères qu’on a co-construits en classe. Puisqu’il est question d’une présentation orale inversée, nous aurons recours à la vidéo comme outil technologique pour soutenir cette démarche. C’est ce qui nous permettra d’avoir accès au premier jet de la présentation orale (processus) dans la classe, sans avoir à prendre le temps de classe pour générer ces premiers jets, un élève à la fois. Alors l’élève planifie en fonction de la forme et du fond de la présentation.

Étape 2 : Réaliser sa présentation

L’élève se pratique à la maison et on l’invite à produire une première ébauche de sa présentation orale à l’aide de son appareil mobile, par exemple. On l’invite à placer sa vidéo dans un espace infonuagique afin qu’on y ait accès en salle de classe. Google docs, Google classroom, YouTube, Google Drive… Choisissez votre méthode.

Étape 3 : Critiquer / Juger

L’élève se présente en classe et on l’invite, en équipes de 3, à visionner la vidéo de ses pairs et à la critiquer/juger dans le but d’offrir une rétroaction descriptive et constructive à partir des critères co-construits avec la classe. On place l’élève dans une posture d’évaluateur en l’invitant à s’appuyer sur des critères. Ça, c’est de l’évaluation EN TANT qu’apprentissage. Super puissant. Ça fait appel à la pensée critique. Ça amène l’élève à développer de l’empathie, à faire preuve de doigté et de tact, à s’ouvrir à la critique et à recevoir de la rétroaction. Vous pouvez encadrer ce processus de façon très structurée, si vos élèves ont besoin de ça pour se sentir en sécurité. Vidéo de 3 minutes et moins; On regarde la même vidéo en même temps (avec nos écouteurs); On prend 5 minutes pour discuter de la vidéo et offrir une rétroaction en utilisant la grille de rétroaction fournie par l’enseignant; On passe à la prochaine vidéo; etc. En 25 minutes environ, l’exercice est fait. Tous les élèves ont visionné 2 vidéos et donné une rétroaction à 2 de leurs pairs et ont reçu de la rétroaction au sujet de leur vidéo. Ou vous pouvez laisser les élèves vivre ce processus à leur façon, s’ils anticipent le succès et que le climat de confiance entre les pairs est présent. Vous connaissez vos élèves. À vous de décider. Mais en une période de 30 minutes, c’est fait. Imaginez la puissance de ce processus!

Étape 4 : Retravailler

Après avoir reçu une rétroaction, l’élève doit la réinvestir et retravailler sa présentation orale (vidéo). Il continue à pratiquer à la maison et il peut revivre ce processus (étapes 2, 3 et 4) à quelques reprises, et ce, SANS PRENDRE PLUS DE TEMPS QU’ON NE LE FERAIT NORMALEMENT. L’avantage? L’élève reçoit de la rétroaction et vit le processus qui mène à un produit ou une performance de qualité. Et l’enseignant a la chance de fournir, lui aussi, une rétroaction à chacun de ses élèves, AVANT «que ça compte».

D’autres avantages

Puisque les élèves produisent une vidéo, on développe cette compétence chez nos élèves. Combien d’entre eux veulent être des YouTubers? Hein!? Ça ouvre la porte à la citoyenneté numérique, les élèves peuvent se voir, eux aussi et s’auto-évaluer. Les parents peuvent voir la performance de leur enfant etc. Et que dire de l’anxiété. Combien d’élèves sont anxieux de présenter devant un groupe? Ce processus permet à l’élève de performer devant une caméra et seulement quelques élèves et l’enseignant lui donneront de la rétroaction. L’enseignant gère qui aura accès à la performance (vidéo) de l’élève. Ici, il faut faire preuve de jugement concernant notre ouverture sur le monde. Il faut impliquer les élèves et leur donner le choix. Qui pourra voir ma vidéo? Que de discussions à avoir avec les élèves… Mais le plus important, c’est qu’on peut mettre l’accent sur le processus et même n’évaluer que le processus. Amener l’élève à nous partager une réflexion sur son processus d’apprentissage. Comment il a vécu les 4 étapes? Qu’est-ce qui l’a aidé? Comment s’est-il amélioré?… Apprendre. Se développer.

Et maintenant?

Alors, chers collègues. Comment allez-vous choisir d’investir votre temps de classe avec vos élèves en ce qui a trait aux présentations orales? Traditionnellement, 2 présentations orales nous coûtent, et le verbe n’est pas trop fort, jusqu’à 10 périodes et les élèves sont passifs 99% du temps, ne reçoivent peu ou pas de rétroactions et on évalue le produit, la performance. Avec la présentation orale inversée, l’élève est actif 100% du temps, a la chance d’obtenir de la rétroaction et on peut évaluer le processus plutôt que le produit. On fait tout ça, en 5 périodes selon moi. 50% moins de temps. 1000% plus riche et stimulant.

La présentation orale inversée, chers collègues.

Repenser l’école, ça peut être ça.

On transforme, l’expérience d’apprentissage des élèves.

N’oubliez pas de demander à vos élèves d’apporter des écouteurs 😉

Merci de vos commentaires!

L’école repensée

Repenser l’école. C’est le sujet de l’heure. On le voit par la quantité d’articles et de billets qui sont publiés dernièrement. Les gens sont en réflexion. On parle de changer nos édifices, nos structures organisationnelles, nos sources d’inspiration… On veut ce qu’il y a de mieux pour nous et nos élèves! Et ça m’amène à réfléchir. Il y a tellement de questions à se poser quand on se met à repenser l’école. Je vous en partage quelques-unes qui m’interpellent en ce moment et qui peuvent à mon avis nous aider à créer et à faire cette école repensée.

Quel est le point de départ de l’école repensée?

Quand on réduit l’éducation à sa forme la plus simple, on peut enlever les édifices, les directeurs, les manuels… On peut enlever bien des choses. À la fin, ce qui reste, pour qu’il y ait éducation, c’est un enseignant et un élève, en relation. L’idée de repenser l’école m’amène à essayer de voir les choses autrement. Et même quand j’essaie très fort d’imaginer un autre point de départ, je n’y arrive pas. Dans ma tête, le point de départ de l’école repensée est le même. Un enseignant et un élève, en relation.

Qu’est-ce que l’enseignement?

Quand on parle de repenser l’école, je crois que c’est davantage l’intention de cette relation qu’on veut revoir. Parce que c’est possible et nécessaire, grâce à (et non à cause de) Internet et aux technologies d’aujourd’hui. Revoir l’intention, les structures, les démarches, les cafétérias, les rôles, les espaces… Repenser ce qui se passe entre l’enseignant et l’élève. Alors, qu’est-ce que l’enseignement, dans cette école repensée? Qu’est-ce qui doit se passer dans l’école repensée pour qu’on se dise «Ah, il y a de l’enseignement là!» ? Et qu’est-ce qui doit se passer pour qu’on se dise «Ah, ça c’est de l’enseignement de haut niveau. Ça, on voudrait le voir à grande échelle.» ? Est-ce qu’il doit y avoir des stratégies à grande échelle dans l’école repensée? Après tout, on parle de personnalisation. À mon avis, tant qu’il y aura des indicateurs de réussite systémiques communs, on parlera de stratégies à grande échelle. Mais qu’est-ce que l’enseignement. On enseigne comment, quand tout le monde a Internet dans sa poche?

Une vision pour l’école repensée

J’offrais cette semaine la conférence La puissance du leadership pédagogique à mes collègues de la FEEP dans le cadre de #DSPP2017. J’essaie toujours de simplifier les choses. J’ai donc décidé de m’inspirer de visuels qui circulent depuis un certain temps pour produire un visuel qui pourrait refléter l’essentiel de l’école repensée. L’essentiel étant pour moi, la relation entre l’enseignant et l’élève et tout ce qui se passe entre les bulletins.

Le système traditionnel

Le bas de l’image reflète le système traditionnel où l’enseignant planifie son année en fonction du nombre d’unités qu’il a à «couvrir», les répartit dans le temps et mesure les élèves à la fin de chaque unité. Chaque crochet représente la note obtenue à la fin d’une unité. La moyenne de ces notes est reflétée au bulletin. La flèche en noir est bien droite parce que c’est habituellement l’enseignant qui est derrière le volant (sur le vélo, pour ceux qui ont entendu ma conférence). C’est un modèle qui a été très efficace pour transmettre des connaissances à grande échelle, pour mesurer la rétention de l’information et pour soutenir l’obéissance des élèves.

L’école repensée

Le haut de l’image présente une ligne rose qui est loin d’être bien droite. Dans un monde de compétences, c’est l’élève qui doit être derrière le volant de son apprentissage (sur le vélo). Et cela signifie qu’il aura besoin de temps, de multiples occasions d’essayer, de rétroaction, de soutien, d’une mentalité de croissance, d’un prof qui croit en lui. Flexibilité entre les bulletins. Parce qu’à court terme, si on est réaliste, il y aura encore des bulletins dans l’école repensée. «Bulletins» apparaît en jaune ici parce que je crois que les résultats des élèves seront étincelants. Pourquoi repenser l’école autrement…? Dans l’école repensée, le projet 20% devient le projet 100%. Dans ce contexte, on doit se réseauter, créer ensemble et documenter nos processus. La technologie prend tout son sens ici, dans ce nouveau modèle. Nouveau modèle flexible et personnalisé, nouveaux résultats. Je me demande, dans l’école repensée, si les élèves «en difficulté» seront les mêmes? Pensez-y.

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4 stratégies pour réussir dans un nouveau modèle

Présentement, je crois que le grand monde de l’éducation se promène entre le bas et le haut du visuel que je vous propose aujourd’hui. Essaie-erreur. Nous sommes en train de le vivre, ce processus qui développe notre compétence collective à dispenser cette école repensée. Une collègue cette semaine nous a dit qu’il fallait parfois essayer de nouvelles choses avant d’y croire.

Je vous propose donc 4 stratégies qui peuvent nous aider à réussir lorsqu’on essaie de nouvelles choses.

  1. Vivre ce qu’on veut enseigner : Dans le modèle traditionnel, on enseigne ce qu’on sait. Dans l’école repensée, on enseigne qui on est. On ne peut pas développer les compétences de nos élèves si nous n’avons pas ces compétences. Il faut donc vivre, développer ces compétences, peu importe comment on les nomme dans votre coin de pays. Pensez à l’image d’un entraîneur personnel dans un gym près de chez vous. Être ce qu’on enseigne.
  2. Commencer à l’enseigner : Pour aller loin, il faut simplement faire un premier pas aujourd’hui. Et en faire un de plus à tous les jours. Et s’ajuster. La puissance de l’action au quotidien.
  3. Réfléchir à ses expériences d’apprentissage et d’enseignement : On dit souvent qu’on apprend de nos expériences. Je crois qu’on apprend seulement des expériences auxquelles on prend le temps de réfléchir, d’évaluer, de tirer des leçons. La sagesse ne vient pas automatiquement avec l’âge 🙂 Prendre le temps d’analyser ce que vous apprenez (no 1) et ce que vous tentez d’enseigner (no2). On parle ici de compétences, bien sûr! Demandez de la rétroaction de vos collègues et de vos élèves! «Ça a l’air de quoi être mon collègue, être mon élève?» Intéressant!
  4. Se trouver un collègue pour vous appuyer : On ne peut pas réussir seul. Idéalement, si vous pouviez trouver un collègue qui veut cheminer avec vous ou qui est un peu plus loin dans son cheminement, ce serait génial. Comme le dirait une élève dans une vidéo, «Quand on est deux, il y a deux cerveaux»! Se soutenir les uns les autres dans nos efforts de repenser et de faire l’école autrement.

Repenser l’école. On est là, chers collègues. Et nous avons besoin de l’intelligence collective pour y arriver. Parce qu’on ne veut pas seulement la repenser, on veut la faire, cette école. C’est déjà commencé et c’est de toute beauté.

Dans quelques années, nous pourrons regarder derrière et se dire, «Wow! Te souviens-tu quand on se posait telle question? Regarde, cher collègue, l’école que nous créons (présent duratif) tous ensemble. Regarde l’école repensée, que nous vivons avec nos élèves.» Je crois qu’il n’y a pas de point d’arrivée pour l’école repensée. Ce sera un processus continu, à mon humble avis.

Il faut donc se poser les bonnes questions!

Quelles sont les questions qui vous interpellent quand vous repensez l’école dans votre tête?

Merci de les partager, on en a besoin!

Il faut sortir de SA boîte pour penser à l’extérieur de LA boîte!

Il faut penser à l’extérieur de la boîte! On l’entend beaucoup dernièrement. Je me demande tout ce que ça implique, penser à l’extérieur de la boîte.

Je réfléchis beaucoup dernièrement aux prochaines étapes systémiques en éducation. À la stratégie numérique au Québec. À nos prochaines étapes en Ontario. Au profil de sortie des élèves qui seront passés dans un système en plein virage au numérique. Je me pose des questions comme :

  • À quoi doit servir l’éducation?
  • Quels sont les indicateurs de réussite d’un système qui éduque à l’ère du numérique?
  • Quelles stratégies systémiques peuvent et doivent être déployées et soutenues à grande échelle?
  • Quels changements au niveau des croyances institutionnelles doivent être faits pour réussir?

La conscience

Dans mes lectures, je suis tombé sur cette citation de Carl Jung : « Until you make the unconscious, conscious, it will direct your life, and you will call it fate. » La conscience. Dans This is Water (voir vidéo), David Foster Wallace soutient que le fruit d’une éducation de qualité n’est pas la connaissance, mais la conscience. Ça explique, par exemple, pourquoi plusieurs étudiants arrivent à l’université en croyant qu’ils savent beaucoup de choses. Ceux qui en ressortent avec une éducation de qualité repartent conscients de tout ce qu’ils ne savent pas parce qu’ils ont été exposés à des niveaux supérieurs de conscience et de questionnement. Sommes-nous conscients comme système d’éducation? Nos résultats actuels sont-ils dus à nos efforts conscients ou à nos croyances inconscientes? Je pense qu’il faut regarder plus loin que nos résultats si on veut vraiment obtenir de meilleurs résultats. Regarder plus loin que nos actions aussi. Après tout, nos actions viennent de nos croyances.

« Until you make the unconscious conscious, it will direct your life, and you will call it fate. » Carl Jung

Les croyances

Dans le virage au numérique, on entend souvent parler de l’école traditionnelle. De cette ancienne façon de faire les choses. Que l’enseignant n’est plus là pour transmettre des connaissances, comme autrefois. C’est qu’autrefois, la croyance était que les élèves étaient comme des vases vides qu’on devait «remplir» de connaissances. La plupart des gens ne croient plus cela. Mais qu’est-ce qu’on croit au juste? En latin, «Éducation» se dit «Educo», qui signifie «faire sortir de l’intérieur, tirer hors de». Si nos élèves ne sont pas des vases vides, c’est qu’ils sont des vases pleins. Pas très beau comme image mais la métaphore illustre bien l’idée qu’ils portent déjà en eux toutes leurs réponses, toute leur vérité, inconsciemment. Notre rôle, le rôle du système, serait donc de «faire sortir de l’intérieur», d’amener nos élèves à prendre conscience de leurs réponses, de leurs compétences, de leurs aspirations, de leurs talents.

Question : Comment les mécanismes d’amélioration systémiques peuvent-ils être conçus pour «faire sortir de l’intérieur», pour soutenir une prise de conscience des membres qui sont sensés dispenser le nouveau modèle d’enseignement?

En latin, «Éducation» se dit «Educo», qui signifie «faire sortir de l’intérieur, tirer hors de».

Nous sommes tous dans notre boîte

On entend souvent l’expression «Il faut penser à l’extérieur de la boîte». Imaginez que vous êtes dans une boîte, fermée. Votre niveau de conscience vous donne accès à l’intérieur de la boîte seulement. Pas facile de penser à l’extérieur de la boîte dans une telle situation. C’est pourtant la nôtre présentement. Imaginez que les instructions pour votre vie soient collées sur l’extérieur de la boîte. Comment pouvez-vous y avoir accès? Comment pouvez-vous avoir accès à VOS instructions, pour vivre pleinement VOTRE vie? La vérité est qu’il est impossible pour vous d’améliorer ou d’agir sur un aspect de votre vie si vous n’en êtes pas conscient. C’est impossible. C’est pourquoi nous avons besoin d’un réseau, de mentors pour nous aider à avoir accès à des niveaux supérieurs de réflexion et de conscience. Parce qu’une autre vérité, c’est que nous sommes tous dans notre boîte. Et notre boîte, notre niveau de conscience, ne peut pas prendre d’expansion sans appui de l’extérieur, sans soutien de nos collègues.

Lundi matin

Bruce Lee affirme : “ A good teacher protects his pupils from his own influence.” Cela signifie que notre rôle en éducation est d’amener les élèves à découvrir LEURS instructions, LEURS vérités. Pas les nôtres. L’ère du numérique, c’est l’ère de la personnalisation, l’ère où l’unicité des gens est de plus en plus mise en valeur parce que c’est nécessaire. C’est ce qui nous distingue des autres qui est important. Oui chers collègues, l’éducation traditionnelle voulait nous «remplir», nous dire quoi penser puis valoriser et mesurer ce que nous avions en commun les uns les autres. L’éducation d’aujourd’hui, ce qui doit se passer lundi matin, c’est une éducation qui permet à tous les élèves d’apprendre à penser et de devenir conscients de leur potentiel, de leur unicité, de leurs talents. En autres mots, l’enseignement traditionnel amenait les élèves à comprendre le monde autour d’eux. L’éducation d’aujourd’hui doit d’abord amener les élèves à comprendre le monde qu’ils portent en eux. C’est à partir du monde qu’ils portent en eux qu’ils s’engageront dans la société, qu’ils seront des citoyens (numérique est sous-entendu) qui contribuent activement à la communauté. La connaissance, oui, c’est sûr que nous aurons toujours besoin de la connaissance. Mais la connaissance appliquée à des contextes authentiques, par des êtres compétents, conscients, réfléchis, intentionnels et libres. On commence lundi matin? 

“ A good teacher protects his pupils from his own influence.” Bruce Lee

SAMR vu autrement

Depuis plusieurs années déjà, le modèle SAMR nous permet d’imaginer des étapes concrètes vers la transformation de l’expérience d’apprentissage de l’élève, vers cette autre façon d’enseigner.Capture d’écran 2017-03-26 à 11.46.12.png

Cependant, ce modèle met l’accent sur le numérique, sur la technologie. Et tout ceci est rendu possible grâce à la technologie. Mais le système d’éducation, c’est du monde. Et le monde, c’est la clé. En m’appuyant sur mon vécu en tant qu’accompagnateur de directions d’école et d’enseignants, je vous partage aujourd’hui trois constats qui s’appliquent au modèle SAMR.

  1. Les personnes : Les personnes qui s’engagent dans la transformation de leur pratique sont incroyables. Tout devient possible! Ces personnes se mettent à réfléchir, à se questionner, et leur niveau de conscience prend de l’expansion au quotidien. En fait, le virage au numérique, il se passe d’abord à l’intérieur de chacun d’entre nous. Se questionner, redécouvrir le plaisir d’apprendre, c’est très stimulant et libérateur. C’est que, quand on se met à penser à l’extérieur de la boîte, on finit par sortir de la boîte, du point de vue de la conscience. Parce qu’on travaille tous «dans la boîte» qu’est le système. Mais notre niveau de conscience nous appartient et c’est là que naissent toutes nos possibilités… et nos barrières.
  2. Les croyances : Quand une personne se met à intégrer la technologie en salle de classe, est-ce qu’elle remet automatiquement en question son référentiel pédagogique? Voit-elle l’élève comme un vase vide ou un vase plein? «Ça change quoi» dites-vous? Dans nos efforts de transformer l’expérience d’apprentissage des élèves, de nouvelles actions, de nouvelles pratiques sont fortement recommandées. Ce qu’il faut comprendre, c’est que ces pratiques reflètent une vision de la pédagogie transformée. Et la personne qui applique cette approche doit y croire pour réussir. Je vous donne un exemple. Je suis un enseignant de mathématiques et je crois que les élèves sont des vases vides. Mon rôle est de leur dire quoi penser, comment appliquer tel truc ou telle formule pour obtenir la bonne réponse. Le rôle des élèves est uniquement d’obéir, de travailler en silence et de faire ce que je dis, comme je le dis. Si mon collègue me dis que je dois inviter les élèves à avoir des conversations mathématiques, à rendre leur pensée visible, à découvrir des algorithmes personnels, à travailler en équipe, à chercher à comprendre… je vais lui dire qu’il est complètement fou! Et si par hasard certaines de ces nouvelles pratiques deviennent obligatoires et qu’on en fait le monitorage – vous avez des images? – je vais échouer! Personne ne peut réussir à transformer sa pratique sans réfléchir à ses croyances, sans avoir accès à des conversations qui l’amènent  à prendre conscience d’autres réalités. Personne. Il n’y a pas de raccourci dans la transformation de l’expérience de l’apprentissage. Il faut prendre le temps avec les adultes comme avec les élèves. En tout cas moi, j’apprécie apprendre de mes collègues, de mon réseau, des gens que j’accompagne. Pour moi, théoriquement au niveau du «S», on voit les élèves comme des vases vides alors qu’au niveau du «R», on voit les élèves comme des vases pleins. C’est pour moi la transformation la plus importante dans le virage. Une transformation intérieure qui permet d’utiliser consciemment la technologie pour «faire sortir de, tirer hors de» nos élèves.
  3. L’appui requis : En regardant le modèle SAMR, je me rends compte qu’il y a une évolution dans le type d’appui requis pour aider les gens à passer du «S» au «R». En effet, l’appui dont les gens ont besoin au début est davantage technologique. Ensuite, au niveau du «A» et du «M», les gens demandent de l’appui pédagogique. Ils se mettent à changer leur démarche pédagogique mais l’impact sur leur façon d’évaluer les élèves n’est pas toujours clair ou cohérent pour eux. Au niveau du «R», l’appui se fait au niveau de l’évaluation. L’examen, les tâches sommatives, la triangulation, la documentation pédagogique, le rôle de l’élève, quand on met une note, quand on donne de la rétroaction… Tout est transformé. J’en parle ici de façon bien théorique. C’est sûr qu’à tous les niveaux, il est question de technologie, de pédagogie et d’évaluation. Mais le cheminement intérieur du pédagogue qui passe du «S» au «R» est complexe et graduel. Et comme le dit si bien Seth Godin : «If failure is not an option, neither is success. Innovation is just repeated failure until you come up with something that works.»

«If failure is not an option, neither is success. Innovation is just repeated failure until you come up with something that works.» Seth Godin

Voici une image qui illustre un peu cette autre façon de voir le modèle SAMR

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J’invite les adeptes du sketchnote à ajouter à ces idées et à produire quelque chose de plus esthétique 🙂

Enfin, pour réussir dans le virage, je crois qu’il faut :

  1. Être conscient que le virage est d’abord intérieur
  2. S’entourer de gens qui peuvent nous aider à sortir de notre boîte
  3. Réfléchir
  4. Croire ce qu’on dit et ce qu’on fait en salle de classe
  5. Être patient avec soi-même.

Je lisais qu’un enfant tombe près de 100 000 fois en apprenant à marcher.

Combien de fois êtes-vous prêts à tomber dans le virage?

La valeur du virage n’est pas tant dans les résultats que nous obtiendrons, que dans qui nous deviendrons toutes et tous, dans ce processus continu.

Il faut sortir de sa boîte pour penser à l’extérieur de la boîte!

Bon succès à tous et merci de vos commentaires!

 

«C’est dans Classroom!»

Google Classroom est un outil convivial et polyvalent qui permet plusieurs usages techno-réfléchis. Si bien que dans le virage au numérique, plusieurs enseignants choisissent Google Classroom comme solution infonuagique. On peut presque dire que Google Classroom est devenu un incontournable pour plusieurs enseignants, et même pour certaines directions d’école. Il est donc de plus en plus fréquent d’entendre l’expression «C’est dans Classroom!». Certains l’affirment même avec une certaine fierté. Après tout, nous (le grand monde de l’éducation) avons tellement fait de progrès au niveau de l’utilisation des technologies depuis quelques années. Je me souviens encore du stress qu’a occasionné pour plusieurs le passage de Word à Google Docs. Sérieusement. Je peux donc très bien comprendre la fierté et le sentiment de satisfaction que peuvent ressentir les gens qui utilisent maintenant Google Classroom. C’est le signe que l’étape du piton est passée pour plusieurs et que nous avons développé une certaine compétence avec la technologie et la suite GAFE (Google Apps For Education).

Or dans notre quête de transformer l’expérience d’apprentissage des élèves, dans notre souci de garder la barre haute, comme le dit mon collègue @jprofnb, je me demande ce qu’on entend par «C’est dans Classroom». À une certaine époque, le tableau vert venait révolutionner l’enseignement. Nous savons aujourd’hui que c’est ce qu’un enseignant fait avec le tableau vert qui est transformationnel pour les élèves. L’effet enseignant. C’est la même chose avec Google Classroom. Il va sans dire que l’infonuagique ajoute une couche de complexité dans la démarche d’enseignement et d’apprentissage. Quand un enseignant dit : «C’est dans Classroom», c’est un engagement important qu’il prend avec ses élèves et avec la communauté. Surtout si on élimine des outils traditionnels comme l’agenda imprimé, qui servait à écrire les devoirs mais aussi à communiquer avec les parents. On donne accès ou on ne donne pas accès. Il n’y a pas de demi-mesure. Il faut donc être proactif et constant.

«Quand un enseignant dit : «C’est dans Classroom», c’est un engagement important qu’il prend avec ses élèves et avec la communauté. Surtout si on élimine des outils traditionnels comme l’agenda imprimé, qui servait à écrire les devoirs mais aussi à communiquer avec les parents.» @bourmu

Oui, nous (le système) avons fait de grands pas dans le virage au numérique. C’est vraiment fantastique quand on y pense. Or en discutant avec des enseignants et des directions, dont plusieurs sont aussi des parents, je fais certains constats qui peuvent éclairer nos prochaines étapes. Voici donc deux aspects à considérer pour maximiser l’effet enseignant dans nos efforts d’intégrer l’infonuagique (Google Classroom dans ce billet) dans la démarche d’enseignement et d’apprentissage. Vous remarquerez que certaines choses n’ont rien à voir avec l’outil.

1. Accompagner les élèves dans l’infonuagique

L’accès à l’information et aux personnes. N’est-ce pas l’avantage ultime d’internet et des outils infonuagiques? Avec Google Classroom, on donne accès aux dates d’échéance, aux travaux, aux notes de cours, aux rétroactions, aux sondages, aux directives, aux conversations… Vous l’aurez deviné. Vous le cherchez? C’est dans Classroom! Et c’est fantastique.

  • Comment ça marche? Les enseignants qui ont du succès avec Classroom font un enseignement explicite de l’outil à leurs élèves. On pense souvent que les jeunes «sont technos». C’est vrai. Mais pas tous et pas avec tous les outils. L’étape des clics est importante. Il faut s’assurer que les élèves savent comment utiliser Classroom et tout ce qui l’entoure.
  • À quoi ça sert? Il faut aussi discuter avec les élèves de l’utilisation que l’on compte faire de cet outil. Après tout, les élèves se rendent à l’école parce qu’il y a un grand avantage de se retrouver tous ensemble physiquement au même endroit. L’infonuagique nous permet, entre autres, de conserver des informations qui nous seront utiles et accessibles après les heures de classe. C’est ce qui nous permet d’ailleurs de parler d’apprenants à vie, d’apprentissage continu. Voici trois questions intéressantes à aborder avec vos élèves :
    1. Qu’est-ce qui doit être écrit au tableau ou affiché sur les murs en classe?
    1. Qu’est-ce qui doit être dans Classroom?
    1. Qu’est-ce qui doit se retrouver aux deux endroits (p. ex., les échéances)?
  • Qui est responsable? Ce n’est pas parce qu’on met quelque chose dans Classroom que tous les élèves vont aller le voir. Soyons honnêtes. Google Classroom ne fait pas de la magie, mais presque. Même avec les notifications et les courriels automatiques, les enseignants qui ont du succès avec Google Classroom ne remplacent pas leurs conversations avec les élèves par des courriels et des notifications. Non. Ils communiquent activement avec leurs élèves et ils explicitent la démarche d’enseignement et d’apprentissage, qui comprend ce qui se fait physiquement en classe (papier, tableau, murs, conversations), ce qui se trouve déjà dans Classroom et ce qui devra se retrouver dans Classroom à la fin d’un cours. Et ça comprend la mise à jour quotidienne de l’agenda du cours.
  • Qui se rappelle du modèle SAMR? Plusieurs commencent par ajouter des notes de cours ou des copies de leur manuel en pdf dans Classroom. C’est super. C’est un début et je ne critique pas cette pratique, loin de là. C’est ce qui permet de maîtriser le piton, le «comment ça marche» de Google Classroom. C’est un début. On amène la démarche traditionnelle en ligne. Lire la page 27 (pdf) et répondre aux questions 1 à 6. À remettre jeudi dans Classroom. On corrige vendredi en personne. Au début, on apprend à utiliser l’outil. Mais pour transformer l’expérience d’apprentissage des élèves, il faut engager les élèves différemment avec le contenu. Je développe cette idée dans ce billet.

 2. Développer les habiletés d’apprentissage et les habitudes de travail des élèves dans le contexte du numérique

En début d’année, il n’est pas rare de voir le personnel remettre les fournitures scolaires à leurs élèves. Crayons, règle, reliures à anneaux de différentes couleurs, intercalaires, etc. Dans plusieurs écoles, on harmonise la couleur de la reliure pour les différentes matières. Français : jaune, Mathématiques : bleu, Géographie : vert… On précise même le nombre et le nom des intercalaires pour chacun des cours. On organise nos élèves! C’est plus facile pour eux et pour nous. Fait-on la même chose dans Classroom? Dans l’environnement Google des élèves? En Ontario, tel que stipulé dans la politique Faire croître le succès (voir p. 15), nous avons le mandat de développer les (HH) habiletés d’apprentissage et habitudes de travail des élèves. Les voici :

  • Utilisation du français oral
  • Sens de l’organisation
  • Sens de l’initiative
  • Esprit de collaboration
  • Autonomie
  • Fiabilité
  • Autorégulation

Je dis bien «développer». C’est une chose d’évaluer (juge) les HH. C’en est une autre de les enseigner (guide) et de les développer chez nos élèves. J’aborde la notion de guide et de juge dans ce billet. Les HH se retrouvent sur la 1re page du bulletin scolaire de l’Ontario. À l’élémentaire, les HH sont évaluées au bulletin de progrès (novembre), à la 1re étape (février) et à la 2e étape (juin). Au secondaire, on les évalue à la mi-semestre et à la fin du semestre. À chaque bulletin, les élèves obtiennent E (excellent), T (très bien), S (satisfaisant) ou N (amélioration nécessaire) pour chacune des HH. C’est important, les HH. Souvent, c’est ce qui explique le rendement scolaire de nos élèves.

Capture d’écran 2016-03-30 à 13.36.35Alors comment peut-on développer les HH de nos élèves dans le numérique? C’est la question de l’heure dans le terrain présentement. Ce qui fait en sorte que plusieurs enseignants ont commencé à enseigner explicitement à leurs élèves comment gérer leur Drive (dossiers, documents), leur agenda (souvent plusieurs agendas différents), leurs courriels etc. Combien d’élèves dans nos classes ont des centaines de courriels non-lus? Combien ne savent pas comment bien communiquer par courriel?

Quand on affirme : «C’est dans Classroom», ça signifie que nous nous engageons à accompagner les élèves dans le développement de leurs HH dans le numérique également. La vraie vie nous demande désormais de savoir bien gérer notre emploi du numérique à tous les instants. Vraiment. Pensez-y. Notre quotidien est rempli de ce va-et-vient entre le physique et le numérique (Je n’utilise pas Réel et Virtuel parce que le virtuel est réel dans bien des cas selon moi.). L’autorégulation dans le numérique, c’est de permettre aux élèves de demeurer maître de l’outil. Et on ne parle pas encore du rôle de leur appareil mobile dans tout ça. Ce sera pour un autre billet!

«Quand on affirme : «C’est dans Classroom», ça signifie que nous nous engageons à accompagner les élèves dans le développement de leurs HH dans le numérique également.» @bourmu

Surestimons-nous nos élèves?

Enfin, faire le choix de dire «C’est dans Classroom», c’est faire le choix de gérer le numérique au quotidien. Pour les élèves et pour la communauté. Nous ne pouvons pas prendre pour acquis que les élèves savent quoi faire et comment faire. Nous devons plus que jamais être explicites avec eux et les accompagner. Quand on intègre la technologie en salle de classe, on l’intègre aussi dans notre pratique. Ça fait boule de neige et c’est alors le début de la transformation de l’expérience d’apprentissage de l’élève. Ne prenons rien pour acquis. Mon expérience me dit qu’on surestime les compétences technologiques des élèves et on sous-estime les nôtres. Ça explique peut-être pourquoi certains hésitent à être aussi explicites avec la technologie qu’il ne l’étaient avec les reliures à anneaux et les intercalaires, par exemple. Les élèves ont besoin de nous!

«C’est dans Classroom!», ok.

Et l’effet enseignant, «C’est dans l’prof!».

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