3 stratégies pour vivre le mois de novembre… autrement!

Dans mon vécu, le mois de novembre est sans contredit le mois qui me semble le plus difficile, pour plusieurs raisons. En novembre, et on l’a senti vendredi, les arbres laissent tomber leurs feuilles et se préparent à affronter l’hiver. En novembre dans les écoles, c’est le temps des bulletins. La première communication formelle qui explicite le fruit des efforts des élèves et de l’efficacité de nos stratégies. Si les arbres perdent leurs feuilles, nous, on perd un peu d’énergie. L’adrénaline de la rentrée et du «rush» des bulletins nous rend parfois plus fragiles. Les élèves aussi, en passant. En plus, on recule l’heure ce soir. Nous perdrons alors une heure de lumière en fin de journée, en route vers le solstice d’hiver.

Si les arbres perdent leurs feuilles, nous, on perd un peu d’énergie. @bourmu

Le pilote automatique?

Dans ce contexte, le naturel revient au galop! J’ai déjà entendu un collègue affirmer : «Après les bulletins, on met ça sur le pilote automatique jusqu’au congé des Fêtes.» Ça m’a obnubilé pour un moment. Je n’ai rien dit. Je n’ai pas osé. Or ce que cette phrase suggérait allait contre toutes mes croyances et mes convictions. Mettre sa pratique sur le pilote automatique, c’est à mon avis la pire chose à faire, surtout en novembre… surtout si on souhaite s’épanouir avec nos élèves au quotidien. Si la nature s’endort tranquillement en novembre, c’est tout le contraire qui est requis dans nos écoles.

Si la nature s'endort tranquillement en novembre, dans nos écoles, c'est tout le contraire qui est requis.

S’éteindre ou s’éveiller?

Mise en garde. Dans un état plus fatigué ou plus fragile, ce n’est pas le temps de jouer au super-héros non plus. Or les élèves vont bientôt recevoir leur premier bulletin. C’est le contexte tout désigné pour les amener à se fixer des objectifs personnels et pour les autonomiser. Et si on réussissait à éveiller le goût de l’apprentissage chez les élèves sans constamment avoir à obtenir leur attention ou leur engagement? C’est possible. Plusieurs le font. Mais il faut être intentionnel, car le naturel, parce qu’il est fatigué, cherche habituellement le calme, le contrôle, le silence… l’obéissance de l’élève. Ça éteint ou ça éveille, ça?

Mettre sa pratique sur le pilote automatique, c’est à mon avis la pire chose à faire, surtout en novembre. @bourmu

Vivre novembre autrement

Nous amorçons le mois de novembre. Certains s’épanouiront avec leurs élèves et leurs collègues alors que d’autres… moins. Qu’est-ce qui explique cette réalité?

Voici 3 stratégies pour vivre novembre autrement.

1- Changer de riff : Tout le monde a un style, qu’on pourrait comparer à un riff dans une chanson. Un rythme. En novembre, nos élèves et nos collègues connaissent notre riff. Nous devenons très prévisibles. Que pourriez-vous faire en novembre pour changer de riff? Pour changer l’ordre dans lequel vous concevez vos leçons, vos démarches, vos formations. Changer de riff, ça éveille. Ça stimule. Ça amène du piquant, du nouveau. Une façon très simple pour changer de riff, c’est de créer beaucoup de place pour les élèves dans la démarche d’enseignement et d’apprentissage. On peut, par exemple, prendre toutes les activités de compréhension de lecture (tout le monde a ça) et les transformer en activités de réflexion, en préparation à des conversations stimulantes en classe. Plutôt que de passer des périodes à vérifier les devoirs et à corriger (prof parle, élève écoute), on donne la parole aux élèves en structurant des conversations et des mises en commun qui éveillent la curiosité et mettent en lumière la richesse des différents points de vue.

2- Utiliser l’actualité pour animer des conversations avec les élèves ou même laisser les élèves animer les conversations, tout en faisant des liens avec le contenu du programme (concepts, thèmes, idées, valeurs, compétences…). Les guides pédagogiques de l’École branchée vous aident à créer des situations d’apprentissage signifiantes et ouvertes à partir de l’actualité. Les occasions d’éveiller le goût de l’apprentissage sont partout autour de nous. Il suffit d’en être conscient, de les saisir et de les intégrer à notre riff pédagogique.

3- S’appuyer sur le bulletin : Pourquoi ne pas saisir l’occasion pour revenir sur le bulletin et en parler explicitement en groupe ou même individuellement avec les élèves. Ensuite, pourquoi ne pas permettre aux élèves de se fixer des objectifs personnels et de réinvestir les commentaires du bulletin (et de la conversation) dans un projet conçu, et pour répondre aux exigences du programme, et qui amène l’élève à progresser personnellement. Cette approche risque de donner lieu à un dernier droit (jusqu’aux Fêtes) très personnalisé. Et qui dit personnalisation, dit engagement.

Responsabiliser, ça demande de l’énergie.

Vous aurez sans doute remarqué la tendance. Pour vivre un mois de novembre différent, je crois que de faire de la place pour les conversations, les réflexions et les projets personnels est une approche qui risque d’éveiller plus que d’éteindre les apprenantes et les apprenants. On remet entre les mains de l’apprenant la responsabilité de son devenir. C’est un principe de leadership simple, mais important. Notre rôle : soutenir, encourager, aimer, communiquer, coacher… Mais ça demande de l’énergie tout ça! Oui. La gestion du désengagement aussi, les amis. D’une façon ou d’une autre, il faudra mettre de l’énergie. Il suffit de choisir où on veut la mettre.

Je vous souhaite de vivre le mois de novembre… autrement!

Vous avez des idées à partager de votre côté? J’aimerais bien vous lire 🙂

Payer le prix! Mais lequel?

Dans la vague de la rentrée scolaire, j’ai eu la chance de rencontrer plusieurs collègues d’un peu partout pour les aider à se propulser dans l’année scolaire 2019-2020. Comment on part ça une année scolaire? En fait, tout le monde sait ce qu’il veut faire et ce qu’il a à faire. Mais comment on fait pour passer à un autre niveau? Dans mon dernier billet, je parlais de l’engagement de l’élève. C’est souvent ça le dilemme en début d’année (toute l’année en fait) : comment on fait pour mobiliser les personnes qui nous sont confiées sans partir en peur avec le programme (ou le projet éducatif) en laissant tout le monde derrière nous (désengagement)? C’est quand même très complexe. Permettez-moi de vous raconter une histoire…

Lorsqu’on est en mode survie, on n’a pas le goût de se rapprocher de nos élèves. @bourmu

L’histoire d’une collègue

À l’époque où j’étais enseignant de français au secondaire, j’ai eu la chance d’accueillir une nouvelle collègue à l’école et de l’accompagner. On pourrait dire que j’agissais un peu comme un mentor. Lors d’une de nos rencontres de planification, elle me racontait un peu ce qui se passait dans sa classe et elle m’expliquait les stratégies qu’elle souhaitait mettre en place pour améliorer ce qui se passait dans sa classe. Si ma mémoire est bonne, c’était fin septembre début octobre. En l’écoutant, j’ai remarqué qu’elle avait les émotions à fleur de peau et que derrière les stratégies qu’elle me présentait, il y avait ce grand besoin de contrôle. Je me suis reconnu. Comme moi à un moment dans ma carrière, elle essayait de tout anticiper, minute par minute. «S’il se passe ça, je vais faire ça. Pour que ceci ne se passe pas, je vais faire xyz.» J’ai perçu une certaine anxiété et qu’elle travaillait très fort mais que l’engagement de ses élèves n’était pas au rendez-vous. Je dirais même que certains de ses élèves commençaient à activement résister à son approche. La relation qu’elle entretenait avec ses élèves était axée sur le contrôle (le sien) et l’obéissance des élèves (confirmation qu’elle était en contrôle). Si j’avais eu à identifier une question qui guidait ses réflexions, j’aurais choisi la suivante : «Comment puis-je m’assurer que tous les élèves font ce qu’ils ont à faire, comme je le dis, quand je le dis?» Je l’ai regardée droit dans les yeux, et avec toute l’empathie non verbale possible, je lui ai demandé : «Tu travailles très fort à essayer de tout prévoir (j’ai été poli). Comment aimerais-tu te rapprocher de tes élèves et les amener à avoir le goût de travailler aussi fort que toi, avec toi?» Elle m’a regardé comme si j’étais un extraterrestre en prenant le temps de choisir sa réponse. «Ce n’est pas possible avec ce groupe-là. J’ai tout essayé.» Ok. Lorsqu’on est en mode survie, on n’a pas le goût de se rapprocher de nos élèves… Ça exige trop de vulnérabilité de notre part. Je l’ai vécu. Et pourtant…

Les parents nous envoient leur meilleurs enfants. Ils ne gardent pas les meilleurs à la maison. @bourmu

S’établir comme leader

IMG_4551

Au début de l’année, on s’établit comme leader dans sa salle de classe. Tout est dans notre façon d’interpréter ce qui se passe autour de soi. Un(e) leader, ça voit plus loin que la fin d’un cours, d’une journée ou d’une semaine. Vision. Objectifs à long terme. Un(e) leader sait qu’on assied son leadership sur les relations. Tout part de là. Je suis tombé sur ce visuel dans la Story de @gcouros hier soir. Ça m’a rappelé l’histoire de ma collègue 🙂 On parle souvent de l’importance de la rétroaction pour favoriser l’apprentissage. On parle moins du lien explicite entre la rétroaction pour établir une relation ou une connexion de qualité avec les élèves qui nous sont confiés. Je ne me souviens plus où j’ai entendu le message de Nicholas A. Ferroni, mais il m’a marqué. Je suis d’avis que l’école peut réussir à créer les conditions pour que l’apprentissage de haut niveau se produise, malgré ce qui se passe à la maison.  Les élèves qui se sentent aimés viennent à l’école pour apprendre. Les autres viennent pour être aimés. Les élèves qui dérangent sont les élèves qui ont le plus besoin de nous. Quoi qu’il en soit, les parents nous envoient leurs meilleurs enfants. Ils ne gardent pas les meilleurs à la maison 🙂 En début d’année, les gens qui réussissent à s’établir comme leader dans leur salle de classe fournissent beaucoup de rétroactions à leur élèves. Mais une grande partie des conversations n’ont rien à voir avec l’apprentissage du programme.

Les élèves qui se sentent aimés 

3 aspects à considérer

Dans les salles de classe où un leadership pédagogique solide s’installe, les conversations portent quotidiennement sur les aspects suivants :

  1. La voix de l’élève : Amener les élèves à partager leurs passions; amener les élèves à partager leurs intérêts; parler de leurs attentes au sujet du fonctionnement, des routines et des processus; développer un langage commun en lien avec les stratégies pédagogiques qui seront utilisées fréquemment afin qu’ils prennent conscience des stratégies qui répondent le mieux à leurs besoins (ils pourront les choisir en octobre et en novembre); etc.
  2. La puissance du dépassement de soi : Amener les élèves à imaginer une meilleure version d’eux-mêmes; amener les élèves à rêver (On ne peut pas rêver lorsqu’on est en mode survie); se donner une intention qui va au-delà des exigences du cours, on veut contribuer; amener les élèves à croire en eux; amener les élèves à s’inspirer des possibilités qu’offre une nouvelle année, un peu comme une page blanche; faire appel à leur curiosité naturelle et au plaisir d’apprendre; parler de la mentalité de croissance; se fixer des objectifs personnels; etc.
  3. L’importance des routines, des processus et du nous très fort : Orchestrer des succès rapides pour tous les élèves en mettant l’accent sur les routines et sur les processus de groupe qui soutiennent les progrès et les résultats (avec moi, vous allez réussir); mettre l’accent sur les habiletés d’apprentissage et sur les habitudes de travail plutôt que sur l’intelligence; mettre l’accent sur la richesse de la diversité du vécu et des talents dans le groupe; vivre la mentalité de croissance; valoriser l’effort; autoévaluation de groupe en lien avec les routines, l’effort, les processus et le fonctionnement de la classe; se fixer des objectifs de groupe; «Je crois en vous.» (parce que je crois en ma capacité de vous amener à progresser); etc.

Ces conversations sous-entendent un certain désir de se rapprocher des élèves. Elle sous-entendent une ouverture à une certaine vulnérabilité.

Lorsqu’on ouvre la conversation avec les élèves, on s’ouvre aux élèves. @bourmu

La vulnérabilité : le prix à payer

«Croyez-vous que tous les élèves peuvent réussir?» Lorsque je pose la question, habituellement, tout le monde dit que oui. Cette croyance se traduit par «Je crois en toi, mon élève.» Qui n’a pas affirmé cela à ses élèves? Or je remarque que ce message vient souvent avec une condition implicite : l’obéissance. La phrase sous-entendue est davantage : «Je crois en toi, mon élève. Tant que tu m’obéis!» Ou quelque chose du genre.  Dans mon vécu, ce qui influence la capacité d’un(e) leader à s’établir dans sa salle de classe passe sans contredit par la vulnérabilité. Selon Brené Brown, la vulnérabilité, c’est tout simplement le fait d’accepter que nous ne contrôlerons pas le résultat. Lorsqu’on ouvre la conversation avec les élèves, on s’ouvre aux élèves. Qui peut savoir comment ça va se passer? Et que faire s’ils perçoivent cela comme un signe de faiblesse ou comme une ouverture pour fournir moins d’effort ou encore pour se mettre à négocier? C’est l’art d’enseigner. Dans mon vécu, ce qui nous protège de ces situations (opter pour le contrôle plutôt que la vulnérabilité) nous empêche aussi d’accéder au prochain niveau. Ce niveau où les relations avec les élèves sont respectueuses et positives. Ce niveau où les élèves s’engagent avec leur leader. Ce niveau où les élèves parlent en bien de nous, même si on donne des devoirs. Ça se peut! Ce niveau où ils demandent de la rétroaction descriptive, l’accueillent et la réinvestissent. Non seulement au sujet de la qualité de leur travail, mais aussi au sujet de la qualité de leurs habitudes de travail. La vulnérabilité.

À quel prix?

Quoi qu’il en soit, tout le monde paie le prix. Ça dépend de la vision et des aspirations qu’on se donne. En général, ceux qui n’osent pas payer le prix de la vulnérabilité, paient l’autre prix : la gestion quotidienne du contrôle, du désengagement de l’élève ou de cette simple indifférence qui peut planer quand ça «ne clique pas». Se placer soi-même dans un environnement où les élèves n’achètent pas ce qu’on vend, ça use. Même si ce n’est pas le but, on a besoin de se sentir aimés de nos élèves, nous aussi.

La vulnérabilité, c’est le prix à payer pour passer à un niveau supérieur de leadership mais aussi à un niveau supérieur de qualité de vie. Ça demande du courage et une mentalité de croissance. Parfois, les jeunes ont besoin de nous tester un peu pour voir qu’on est sérieux. C’est normal. Les adultes les déçoivent parfois.

Pensez à vos meilleures relations, pensez à vos moments joyeux dans le passé et vous constaterez que ces relations, ces moments joyeux se sont probablement produits parce que vous avez osé être vulnérable à un moment donné. Avec un élève ou avec un groupe d’élèves. Vous avez ouvert la conversation. C’est ça, le leadership. On s’ouvre à l’autre et on attend la réponse.

Merci de vos commentaires 🙂

 

 

 

 

 

 

 

 

 

«J’ai un beau groupe c’t’année!»

Tout le monde est un leader. Tout enseignant peut avoir un impact positif sur ses élèves. C’est ce que mon vécu m’a appris. Mais ça n’arrive pas par hasard. On parle rarement de ce qui suit. Ça a été tellement important pour moi…

Partons du principe que tout enseignant souhaite qu’à la fin septembre (au plus tard) tous les élèves soient en apprentissage dans sa salle de classe et que ça se poursuive toute l’année. On dirait : «Ça roule dans cette classe-là.» Ok go!

3 outils indispensables

Dans le système actuel, tout enseignant doit s’appuyer sur trois outils indispensables pour arriver à amener ses élèves à apprendre. C’est le but. L’apprentissage.

  • Le code de vie : Le code de vie de l’école établit le cadre, les paramètres à respecter pour que l’institution puisse respecter son mandat : l’apprentissage des élèves. Si on garde les choses simples avec les élèves, tout ce qu’on retrouve dans le code de vie vise habituellement à favoriser 1. un climat scolaire positif et sécuritaire; 2. le bon fonctionnement de la communauté scolaire et/ou 3. l’apprentissage des élèves.
  • Le programme : Le programme, c’est ce qu’on doit enseigner et évaluer. C’est ce que les élèves doivent apprendre. Plus un enseignant sait où il va, où il se trouve, ce qui est important et ce qui peut être laissé de côté, plus il sait comment gérer le temps, plus il peut concevoir des expériences d’apprentissage signifiantes pour ses élèves.
  • Le manuel scolaire : Les ressources pédagogiques sont nombreuses et sont généralement très bien conçues. Or il ne faut pas les confondre avec le programme. Le manuel scolaire propose une façon d’amener les élèves à apprendre ce qui est au programme. Mais ce n’est pas le programme. Comme je le mentionnais dans On n’enseigne pas pour faire des bulletins : «Quel enseignant n’a jamais fait l’erreur de suivre une ressource à partir de la page 1 pour se rendre compte à la fin octobre que, mathématiquement, ça prendrait 440 heures pour passer à travers avec les élèves?»

Comment faire pour que ça roule?

Quand les élèves sont engagés et qu’ils respectent le code de vie, ça va bien. En plus, s’ils apprennent à la bonne vitesse, ça va encore mieux. On dit même à nos collègues : «J’ai un beau groupe c’t’année! Ça roule!» Quand j’ai commencé à enseigner, après deux semaines, je me demandais comment mes collègues s’y prenaient pour arriver à dire ça. Je ne les trouvais pas si beaux que ça mes groupes. Même que… tsé. Mes collègues avaient-ils été chanceux ou avaient-ils des stratégies que je ne connaissais pas? En réfléchissant à mes expériences personnelles et aux mentors que j’ai eu la chance de côtoyer, je me rends compte qu’une grande partie des succès d’un enseignant dépend de sa façon d’utiliser les 3 outils indispensables avec ses élèves. Le code de vie, le programme et le manuel scolaire. Je m’explique.

L’obéissance ou le plein potentiel?

Dans Enseigner est désormais un poste de leadership, j’expliquais brièvement les 5 niveaux de leadership de John C. Maxwell. Si un enseignant est autoritaire et a une mentalité de niveau 1, il vise uniquement le contrôle et l’obéissance de l’élève. Théoriquement, il n’y a rien de mal avec un élève obéissant. Mais nous savons qu’un élève qui fait quelque chose parce qu’il est obligé de le faire donnera le minimum d’effort. De nos jours, c’est insuffisant. On parle de concevoir des expériences d’apprentissage, d’être guide, d’être coach, d’évaluer moins mais mieux, de développer le plein potentiel des élèves… Ça demande plus que de l’obéissance. Ça demande de viser le 4e niveau de leadership. Pourquoi? Parce que personne n’atteint son plein potentiel avec un minimum d’effort. Personne. On doit donner le ton. Et dès le premier cours, ça paraît dans le non-verbal et dans les actions de l’enseignant. On vise l’obéissance et le contrôle ou le développement du plein potentiel de l’élève? Notre façon d’utiliser les 3 outils indispensables peut nous aider à identifier où nous faisons parfois fausse route dans notre quête d’atteindre le 4e niveau de leadership.

Des pièges à éviter

Le code de vie, le programme et le manuel scolaire sont destinés à favoriser l’apprentissage des élèves. On s’entend. Mais s’il y a des niveaux de leadership, il y a aussi des niveaux d’engagement des élèves. Voici un visuel intéressant qu’on nous a présenté à #iste18 :

Capture d’écran 2018-08-13 à 21.51.20.png

Quand les élèves sont peu ou pas engagés (rose, orange et jaune), c’est là que les 3 outils indispensables peuvent parfois être utilisés à des fins de… contrôle. En effet, avec le code de vie, on peut toujours donner une conséquence, comme une retenue, à un élève indiscipliné. On peut aussi lui enlever des points (il y a toutes sortes de pratiques avec les notes… outch!) Finalement, au nom du programme, on peut toujours lui donner du travail à faire, en surplus ou pour l’occuper. Ce ne sont pas les ressources qui manquent. Généralement, les élèves finissent par obéir quand on utilise la punition (temps), la pénalité (note) ou le travail supplémentaire. Selon mon expérience, ce sont des pièges à éviter avec les élèves. À moins que les niveaux rose, orange et jaune vous interpellent.

Généralement, les élèves finissent par obéir quand on utilise la punition (temps), la pénalité (note) ou le travail supplémentaire. Selon mon expérience, ce sont des pièges à éviter avec les élèves.

Même si le code de vie me permet d’intervenir de façon punitive, c’est mon dernier recours (il y a des cas extrêmes, ils sont rares). Le but, c’est l’apprentissage des élèves. Un élève puni par son enseignant n’a pas le goût d’apprendre de son enseignant. Ces situations avec les élèves sont des occasions pour nous d’être les adultes, d’être les leaders en contrôle. Il n’y a rien de plus déstabilisant et de rassurant pour les élèves que de voir un adulte en contrôle de ses propres émotions. Mes mentors m’ont appris qu’il ne faut pas le prendre personnel. Voici une question à se poser avant de choisir une stratégie pour amener un élève à s’engager dans son apprentissage :  «Est-ce la meilleure stratégie pour amener l’élève à APPRENDRE?» Si la réponse est non, on ne le fait pas. Une autre façon de voir cette question est de se demander : «Si j’utilise la stratégie xyz aujourd’hui, est-ce que cet élève pourra/voudra apprendre de moi demain?» L’obéissance aujourd’hui peut nous coûter l’apprentissage de demain. C’est big. Je dirais même que c’est déterminant. Il faut voir ça comme un marathon, pas un sprint. Big picture!

Est-ce la meilleure stratégie pour amener l’élève à APPRENDRE? Si la réponse est non, on ne le fait pas.

S’établir comme leader, une conversation à la fois

Dans une de mes conférences, je parle souvent de la stratégie qui a propulsé ma carrière : le 5 + 5. C’est avec cette stratégie que j’ai pu me développer en tant qu’enseignant, en tant que leader à mes débuts. La stratégie est bien simple. J’ai demandé aux élèves de sortir une feuille lignée (il n’y avait pas de Google en 2001), de la diviser en 2 colonnes et d’écrire, d’un côté, 5 choses que les élèves peuvent faire pour rendre les cours agréables et, de l’autre côté, 5 choses qu’un enseignant peut faire pour rendre les choses agréables. 5 + 5. La stratégie n’est pas importante. L’idée, c’est d’ouvrir la conversation et de donner une voix aux élèves. À ma 2e année d’enseignement, j’ai eu le privilège d’avoir le groupe d’élèves qui a le plus contribué au développement de mes stratégies de gestion de classe. Vous me suivez? 😉

Grâce à quelques mentors, après 6 semaines, c’était mon plus beau groupe. Voici ce que j’ai dû faire pour y arriver : 

  1. J’ai arrêté d’avoir peur d’eux.
  2. J’ai commencé à apprendre à les connaître.
  3. J’ai accepté qu’ils étaient mes élèves.
  4. J’ai pris du temps de classe dans la classe pour parler avec eux.
  5. J’ai pris du temps de classe en dehors de la classe pour avoir des discussions individuelles.
  6. J’ai planifié des leçons afin qu’ils vivent des succès rapides avec moi.
  7. Je les ai félicités pour leurs progrès.
  8. J’ai ri avec eux. Souvent.
  9. J’ai laissé passer certains commentaires quand «ils s’échappaient».
  10. J’ai décidé que mes élèves étaient plus importants que le programme.

Tout arrive pour nous

 Je lisais dernièrement que tout ce qui arrive dans la vie, arrive pour nous. En notre faveur. J’ai longtemps pensé que j’étais là pour aider mes élèves à se développer. C’est vrai. Mais je ne m’étais pas rendu compte que les élèves qui nous sont confiés sont placés sur notre route pour nous aider à développer le leader pédagogique en nous. Ils nous préparent pour nos prochains groupes. La vie est bien faite, quand même.

Enfin, je ne suis pas en train de dire qu’il ne faut pas imposer de conséquences aux élèves. Dans certains cas, on impose la conséquence d’abord, ensuite on a une conversation et on essaie de soutenir l’élève. Mais ce n’est pas la norme.

Mes mentors m’ont amené à considérer des alternatives beaucoup plus payantes qui rendent la vie de l’enseignant beaucoup plus agréable et qui augmentent considérablement son influence auprès de ses élèves.

Je ne vous demande pas de me croire sur parole.

Il n’y a rien comme l’essayer 😉

Qui sait? Vous aurez peut-être un beau groupe c’t’année.

Et si nous étions des marqueurs de relation? Juste aujourd’hui.

Je vous propose un billet «zoom out» aujourd’hui.

«If we teach today’s students as we taught yesterday’s, we rob them of tomorrow.» Cette citation de John Dewey passait dans Instagram ce matin. Ça m’a fait réfléchir. Je ne suis pas tout à fait d’accord.

Priver nos élèves de leur aujourd’hui

Demain ne nous appartient pas. Si on prive les élèves de quelque chose, c’est de leur aujourd’hui, d’un aujourd’hui pertinent qui a du sens. Pensez-y. Ce qu’on demande de nos élèves parfois. Pensez à tout ce système d’appui à certains élèves dits «en difficulté». Comprenez-moi bien. Il y a des élèves avec de réelles difficultés et ils ont besoin d’appui. Je parle ici des élèves en difficulté que nous produisons. Parce qu’on n’est pas à jour. Parce que le contenu ne colle pas, n’a pas de sens. Parce que c’est important, le travail sur les papillons pour jeudi. Plus important que les humains qui ne s’engagent pas. Curiosité naturelle… Faut que ça roule! Curieux. Ne regardons pas trop loin. Juste aujourd’hui. Quel sens aujourd’hui aura-t-il pour nous et pour nos élèves?

«If we teach today’s students as we taught yesterday’s, we rob them of tomorrow.» John Dewey

Nous sommes le contenu

Je pense aussi que ça va plus loin que «as», que notre approche. Je parle toujours de la citation de John Dewey. Vous me suivez? Dans le monde d’aujourd’hui, oui notre approche doit changer, parce que le monde a changé, mais ce qu’on enseigne aussi évolue. Je dis souvent que l’éducation est désormais une entreprise de développement de personnes. Après tout, on veut que tous trouvent leur voie, atteignent leur plein potentiel et contribuent au monde. Le contenu qu’on enseigne doit donc mener à ça. Aujourd’hui, qui nous sommes est plus important que le contenu du programme. On enseigne qui on est. L’humain. Nous sommes le contenu le plus important (je sais, le programme aussi est important). C’est pourquoi le développement professionnel, la croissance personnelle sont si importants. How far can we grow?

Nouveaux partenariats d’apprentissage

Dans le cadre d’une série de webinaires offerte en collaboration avec Jacques Cool, Normand Brodeur et Stephane Hunter, il a été question des compétences globales (ou du 21e siècle). Selon Définir les compétences du 21e siècle pour l’Ontario, le point central de l’enseignement serait désormais de développer des pratiques axées sur l’apprentissage en profondeur et le développement de nouveaux partenariats d’apprentissage.

Apprentissage en profondeur : « L’apprentissage en profondeur » est « le processus au cours duquel une personne parvient à s’approprier les enseignements tirés d’une situation et à les appliquer à de nouvelles situations » (Pellegrino et Hilton, 2012, p. 5, traduction libre). On le décrit aussi comme étant le développement et l’application pluridisciplinaire d’habiletés transférables. L’apprentissage en profondeur implique l’interrelation des domaines cognitif, intrapersonnel et interpersonnel.

Nouveaux partenariats d’apprentissage : L’attention accordée à l’« apprentissage en profondeur » signale une mutation dans le rôle de l’enseignante ou de l’enseignant, dont « l’attention jusque-là concentrée sur le contenu à couvrir se reporte sur le processus d’apprentissage et sur le développement de la capacité des élèves à prendre en charge leur propre apprentissage et à tirer parti de celui-ci. L’enseignante ou l’enseignant doit devenir la ou le partenaire de l’élève dans les activités d’apprentissage en profondeur, celles-ci se caractérisant par la recherche, la connexité et des enjeux authentiques et significatifs » (Fullan et Langworthy, 2014, p. 7, traduction libre).

Et si nous étions des marqueurs de relation?

Ok, le rôle de l’enseignant est en mutation. Et après, Marius? Je vous laisse analyser le visuel que nous avons présenté dans le 4e webinaire (Merci Normand). La clé ici, ce sont les points rouges, qui désignent les relations humaines et la technologie.

Capture d’écran 2018-06-13 à 08.31.16.png

Je mets ici l’accent sur les relations humaines (nouveaux partenariats d’apprentissage) qui, comme le dirait mon collègue Normand, permettent la circularité dans ce modèle. Or dans nos écoles, on ne vit pas dans un modèle. On s’en inspire, oui, mais on crée nous-mêmes notre réalité, notre aujourd’hui. Enseignant de français dans mon autre vie, quand j’ai vu les points rouges dans ce modèle, j’ai tout de suite pensé aux marqueurs de relation. Pour ceux qui l’auraient oublié, un marqueur de relation crée un lien, un rapport entre des idées, des phrases ou des paragraphes. Et selon le marqueur de relation choisi, le sens varie. Le sens. Vous me voyez venir? Et si nous étions appelés à agir comme des marqueurs de relation auprès de nos élèves? Créer des liens et donner un sens…

Créer des liens, en vrac

Créer des liens avec nos élèves. Créer des liens entre nos élèves. Créer des liens entre le programme, le vécu des élèves et notre vécu. Créer des liens entre les intérêts, les talents des élèves et les exigences du programme. Créer des liens entre le programme, nos rétroactions et les progrès des élèves. Créer des liens entre la vie de tous les jours et ce qui se passe dans notre école. Créer des liens entre nous, entre collègues. Prendre le temps de se parler. Créer des liens entre mon impact en classe, mes besoins en formation et ce qui est disponible sur le Web. Créer des liens entre notre état d’esprit, nos émotions et les conditions que nous créons dans notre classe, dans notre école. Créer des liens.

Donner un sens, en vrac

Donner un sens à ce qu’on demande de nos élèves. Donner un sens au monde qui nous entoure. Le contenu que nous enseignons (le programme) est sensé refléter le monde qui nous entoure. Internet et les médias sociaux sont souvent vus comme des outils, comme des moyens. Et si on les abordait comme du contenu. Il ne faut pas seulement les utiliser. Il faut les comprendre. Donner un sens aux notes. Donner un sens aux progrès. Donner en sens à l’erreur, au «not yet». Donner un sens à la persévérance. Effort + Stratégie + Aide des autres = Croissance. E + S + A = C. Pas seulement E. Donner un sens à l’appui «supplémentaire» offert à ceux qui en ont besoin. Assurons-nous que l’appui vienne de la bonne personne. Il n’y a personne d’autre que moi qui peut être le père de mes enfants, et les aimer comme un père aime ses enfants. Ça s’applique comment dans la classe? Donner un sens au monde que nous portons en nous. Faire de la place pour ça. Apprendre en profondeur, en soi. La connaissance de soi, la croissance personnelle et la réalisation de soi sont étroitement liés. Donner un sens à nos aujourd’hui. Pour nous, pour nos élèves.

Capture d’écran 2018-06-13 à 10.14.34.png

Juste aujourd’hui

Alors, chers collègues, quelle pourrait bien être cette expérience scolaire que nous espérons tous pour nous et nos élèves? Nous la portons en nous, cette expérience. Elle est là, quelque part. Il faut simplement partir à sa découverte, écouter notre intuition et accueillir notre rôle, en mutation, juste aujourd’hui. Tous les jours, c’est aujourd’hui. Et, comme Winnie, ça peut devenir notre jour préféré. À nous et à nos élèves. C’est la puissance de l’aujourd’hui. Pas besoin de se priver de ça!

Qui sait à quoi pourrait ressembler notre aujourd’hui en juin 2019, 2024, 2029?

On comptera encore sûrement les dodos 😉

Les 12 habitudes du leader pédagogique

J’écris pour réfléchir aujourd’hui. J’ai besoin de créer de la clarté autour d’un concept qui me trotte dans la tête depuis un certain temps. J’espère pouvoir compter sur vos commentaires, chers lecteurs, pour le valider et surtout l’enrichir. Je vais l’inclure dans mon livre, qui devrait paraître en 2018 🙂

Tout ce que nous voulons créer dans nos écoles dépend de notre capacité de grandir. @bourmu

Une invitation

Partons du principe que tout le monde dans le système est un leader pédagogique. Tout le monde. Les 12 habitudes du leader pédagogique, c’est une invitation à volontairement mettre l’accent sur tout le potentiel humain qu’il y a dans notre système. Repenser l’école, c’est une question de croissance. Montrez-moi un conseil scolaire, une école, une salle de classe où il y a de l’innovation et des élèves qui se réalisent, je vous montrerai des leaders pédagogiques en croissance.

Montrez-moi un conseil scolaire, une école, une salle de classe où il y a de l’innovation, je vous montrerai des leaders pédagogiques en croissance. @bourmu

Croître intentionnellement

Tout ce que nous voulons créer dans nos écoles dépend de notre capacité de grandir. Que se passerait-il si nous décidions tous de volontairement adopter certaines habitudes pour croître intentionnellement? On ne peut pas donner ce qu’on n’a pas. Dans le système traditionnel, on enseignait ce qu’on savait. Dans l’école d’aujourd’hui, l’école des compétences, on doit développer des personnes. Et on peut seulement reproduire qui on est. Ce que nous sommes est désormais plus important que ce que nous savons. Ne soyons pas stressés par les résultats actuels, chers collègues. Soyons excités par tout le potentiel de croissance et d’innovation que nous pouvons exprimer. Que nous allons exprimer!

Ce que nous sommes est désormais plus important que ce que nous savons. @bourmu

Les 12 habitudes du leader pédagogique

Voici donc les 12 habitudes du leader pédagogique. Du 21e siècle, de l’ère numérique, d’aujourd’hui, de l’école repensée, d’influence, d’impact… Je vous laisse choisir. Ce n’est pas la vérité absolue. Avec mes apprentissages des dernières années, c’est ce qui me semble le plus important. À mon avis, ces habitudes nous aideront à exprimer notre plein potentiel en tant que leaders pédagogiques, à repenser l’école et à transformer l’expérience d’apprentissage de tous les apprenants dans le système, y compris les adultes.

12 habitudes du leader pédagogique

Merci @maotechno pour le superbe sketchnote, encore une fois! Tu ne cesses de nous impressionner… 🙂

Le leader pédagogique…

  1. Entretient un dialogue intérieur positif

    On dit souvent que les relations sont la clé en éducation. On oublie cependant que la relation la plus importante pour notre épanouissement personnel est la relation que nous entretenons avec nous-mêmes. Comment on se parle. Ce qu’on croit possible pour soi. Se donner le droit à l’erreur. Dans mon expérience, je me rends compte que nos actions finissent toujours par donner raison à notre discours intérieur. Ce qu’on pense possible pour soi, pour nos collègues, pour nos élèves devient souvent la réalité. Nos actions reflètent notre discours intérieur après tout. Pour exprimer son plein potentiel, il faut croire qu’on a de la valeur. Et il faut savoir que notre discours intérieur, ce n’est pas nous. Il est conçu pour minimiser le risque et nous garder en sécurité. Défi : notre plein potentiel ne se trouve pas à l’intérieur de notre zone de confort. Jim Rohn a un bon conseil à cet effet : « Stand guard at the door of your mind. » Parce que notre discours intérieur affecte notre performance. Personne ne performe de façon constante à un niveau plus élevé que son image de soi. Personne. Et en éducation, notre discours intérieur affecte le discours intérieur des personnes dont nous sommes responsables. Bruce Lee disait : « A good teacher protects his pupils from his own influence. » Croire en soi, pour croire en nos collègues, pour croire en nos élèves. La santé mentale…

  2. Élève sa conscience de soi

    Dans mes lectures, je suis tombé sur cette citation de Carl Jung : « Until you make the unconscious, conscious, it will direct your life, and you will call it fate. » La conscience. David Foster Wallace soutient que le fruit d’une éducation de qualité n’est pas la connaissance, mais la conscience. Ça explique, par exemple, pourquoi plusieurs étudiants arrivent à l’université en croyant qu’ils savent beaucoup de choses. Ceux qui en ressortent avec une éducation de qualité repartent conscients de tout ce qu’ils ne savent pas, parce qu’ils ont été exposés à des niveaux supérieurs de conscience et de questionnement. Nos résultats actuels sont-ils dus à nos efforts conscients ou à nos croyances inconscientes? Je pense qu’il faut regarder plus loin que nos résultats actuels si on veut vraiment être en mesure de repenser l’école et développer des personnes. Dans l’école traditionnelle, les élèves étaient vus comme des vases vides à remplir de connaissances. Dans l’école d’aujourd’hui, la croyance de base doit être que les réponses sont toujours à l’intérieur des apprenants. En latin, éducation se dit educo, qui signifie : faire jaillir de. Notre rôle est de faire jaillir le potentiel des apprenants au niveau de leur conscience. Paul est bon en mathématiques. Il ne le sait pas encore. Not yet! Nous ne pouvons pas exprimer ce dont nous ne sommes pas conscients. D’où l’importance de mettre l’accent sur le potentiel des apprenants plutôt que sur leur performance actuelle.

  3. Se fixe des objectifs personnels clairs par écrit

    Quand on y pense, le vrai succès pour toute personne, c’est lorsqu’on fait des progrès constants dans notre capacité d’atteindre nos objectifs personnels. Le progrès. La clé, c’est qu’il faut avoir des objectifs pour les atteindre. Ça signifie qu’il faut vraiment savoir ce qu’on veut. Vraiment. Un bon exercice pour valider si nos objectifs sont vraiment nos objectifs, c’est de les écrire à la main dans un cahier et de les réécrire à tous les jours à partir de ce qu’on ressent, pas à partir des objectifs de la veille. Après 4 à 7 jours, les objectifs se précisent. Les objectifs SMART sont préférables mais je crois qu’il faut 2 autres critères : 1. Ils doivent nous exciter, nous motiver. 2. Nous devons pouvoir agir de façon concrète au quotidien pour les atteindre. Le processus d’écrire des objectifs personnels, de les formuler de sorte qu’ils nous motivent, de passer à l’action, de monitorer nos actions (et nos manques!!!), de nous ajuster… C’est incroyable ce que ça fait. Quand on vit ce processus, notre discours intérieur s’améliore et on améliore considérablement les résultats qu’on obtient dans notre vie. En plus, on s’outille pour appuyer les élèves à faire de même. Si on souhaite personnaliser l’éducation, il faudra pouvoir aider les élèves à se fixer des objectifs personnels et à passer à l’action.

  4. Est intentionnel, discipliné et constant

    Tout ce qui vaut la peine d’être fait, comme de grandir en tant que leader pédagogique, ça se fait en montant. Il faut être intentionnel. Il faut suivre le plan, les objectifs. Passer à l’action. Quand on y pense, ça n’a rien à voir avec la connaissance. La plupart des gens savent quoi faire. Pensez-y. C’est plutôt une question de connaissance de soi (voir no 1 et no 2). Ce qui se passe à l’intérieur de soi nous prive de nos rêves beaucoup plus que nos échecs. John Maxwell affirme : «There is pain in life. The pain of discipline or the pain of regret. You have to decide if you want to pay it upfront.» La discipline, c’est accueillir le processus, c’est passer à l’action chaque jour. Être constant. Ce n’est pas une qualité très reluisante. Ce n’est pas une qualité qui gonfle l’ego. Or la constance donne des résultats. Prenons le golf par exemple. Pour gagner un tournoi, les joueurs jouent 4 rondes. Pourquoi? Tous les joueurs peuvent jouer 66 un jour. Après 2 rondes, on élimine la moitié des joueurs. Les moins constants. Après 4 rondes, les meilleurs sont en tête. Les plus constants. C’est la même chose dans la vie. Ce qu’on fait au quotidien détermine nos résultats. Ce n’est pas ce qu’on fait une fois de temps en temps. La constance. Dans notre caractère, nos relations, notre performance, nos réactions, nos décisions… Tout le monde est un leader. Lead yourself.

  5. Est réseauté

    L’humain est un être social. Nous sommes meilleurs en communauté. Ce n’est pas naturel en éducation puisque le système traditionnel nous a habitués à travailler en privé. Chacun dans sa classe. Aujourd’hui, l’isolement est un choix qu’on fait. Il faut se réseauter, choisir les gens qui vont nous soutenir, nous nourrir, nous appuyer et vice versa. Ça commence par les gens dans notre école. Il y a aussi les multiples possibilités de réseautage en ligne avec les médias sociaux qu’on connaît. Mais ça n’a pas vraiment de sens si on ne peut pas d’abord se réseauter avec les gens qui partagent la même bâtisse que nous. Les mêmes élèves, la même mission… L’efficacité collective. Pour moi, être réseauté, c’est être actif. C’est être au centre de mon apprentissage. C’est donner et recevoir. C’est chercher à aider tout un système à s’améliorer. Parce qu’on peut. Nos élèves sont réseautés aussi. Quelle est la place des réseaux dans l’école repensée? C’est une question importante.

  6. Réfléchit

    Le leadership, c’est être proactif. C’est essayer d’anticiper où on s’en va et choisir le meilleur chemin pour s’y rendre. Ça demande du recul, de la réflexion. On dit souvent qu’on apprend de nos expériences. Je crois qu’on apprend surtout quand on réfléchit à nos expériences. Quand on réfléchit, on peut en retirer des leçons. Dans The 15 Invaluable Laws of Growth, John Maxwell affirme : « Reflection allows growth to catch up with you. » En éducation, ce n’est pas facile de prendre le temps de réfléchir à sa pratique. Ça ne semble pas utile. On a des choses à faire. Je vous encourage à mettre du temps à l’horaire (30 minutes), une fois par semaine, pour réfléchir à vos expériences, à vos objectifs. C’est magique 🙂

  7. Rend ses apprentissages visibles

    Une des premières étapes du leadership, c’est être modèle. Parce que les gens font ce qu’ils voient, pas ce qu’on dit. Rendre ses apprentissages visibles, c’est une façon d’établir sa crédibilité en étant volontairement vulnérable. Ça demande de la confiance en soi. Ça bâtit la confiance et le respect entre les apprenants. Cette habitude va un peu avec l’idée d’être réseautés et de s’améliorer collectivement aussi. Quand je rends mes apprentissages visibles, quand je partage les questions qui m’interpellent, les défis que je tente de relever, j’aide la profession, la collectivité à s’améliorer. Je ne serais pas qui je suis aujourd’hui sans mon réseau d’apprentissage professionnel. Rendre ses apprentissages visibles, c’est pour moi un incontournable dans le monde d’aujourd’hui. Imaginez si tous les leaders pédagogiques le faisaient. À quelle vitesse pourrions-nous progresser? Dans l’école repensée, pour développer des personnes, nous devons amener nos élèves à rendre leur pensée visible. On ne peut pas agir sur ce qu’on ne voit pas.

  8. A une attitude positive

    L’attitude, c’est 100%. Faites le calcul. (A = 1; T = 20; I = 9; U = 21; D = 4; E = 5). On ne contrôle pas ce qui nous arrive, ni à quelle vitesse nos élèves se développent, mais on contrôle comment on choisit de réagir. Notre attitude détermine comment on vit nos journées. Les élèves viennent à l’école pour qu’on les développe, pas pour nous donner un auditoire pour qu’on puisse livrer notre contenu. C’est sec, mais c’est ça 🙂 C’est l’école des élèves. Et on a le privilège de les accompagner dans leur développement. Vu comme ça… 🙂

  9. Estime les autres

    Le leader pédagogique croit que les autres ont de la valeur. Ils valent la peine qu’on s’investisse en eux, pour eux. Il croit que la vie de chaque personne qu’il côtoie est plus importante que ses résultats actuels. Potentiel. Empathie. Processus. Long terme. L’école est désormais une entreprise de développement de personnes. On ne peut pas avoir de succès si on n’estime pas les autres.

  10. A une mentalité d’abondance

    Carol Dweck parle de la mentalité de croissance. C’est croire qu’on peut se développer avec de l’effort et des stratégies. Choisir d’avoir une mentalité d’abondance, c’est choisir de croire qu’il y en aura toujours assez. Qu’il y a une abondance de ressources, de talents, de potentiel, de temps, de flexibilité, de possibilités. Au fil du temps, je me rends compte qu’on ne choisit pas toujours consciemment notre mentalité d’abondance ou d’insuffisance. Et ça a tout un impact sur notre comportement et sur notre qualité de vie. Pour repenser l’école et personnaliser l’éducation, il faut adopter une mentalité d’abondance. Croire que tout le monde a suffisamment de potentiel pour se développer. Croire qu’il y a plusieurs façons de se rendre où on veut aller. La mentalité d’abondance, c’est le point de départ de l’innovation et de la créativité.

  11. Entretient des relations qui ajoutent de la valeur aux autres

    Le leadership pédagogique, c’est une vie qui en influence une autre. C’est tout. En éducation, on entre en relation avec les autres dans le but de contribuer à leur développement. Le bien-être dans nos écoles passe par la qualité des relations que nous entretenons avec les autres. Les leaders pédagogiques d’impact savent comment connecter avec les autres. Écouter, observer, apprendre à connaître l’autre. Ce sont les fondements du leadership. On assoit son leadership sur les relations. Pourquoi? Parce qu’on ne peut pas influencer quelqu’un qui ne nous aime pas.

  12. Innove à l’intérieur de la boîte

    Enfin, on parle d’innovation. C’est souvent le point de départ quand on parle du virage au numérique. Innover à l’intérieur de la boîte, c’est repenser nos processus pour faciliter l’innovation, l’expérimentation. C’est devenir un concepteur d’expériences d’apprentissage, c’est créer de la flexibilité dans la démarche d’enseignement/apprentissage pour permettre aux apprenants de se développer, pas seulement pour se préparer à des épreuves. Innover à l’intérieur de la boîte, c’est laisser libre cours au potentiel humain dans nos écoles. Faire autrement.

Quelques remarques

  • Les habitudes ne sont pas linéaires.
  • Les 12 habitudes sont des choix. Pas besoin de talent particulier pour les adopter.
  • Les habitudes deviennent des habitudes quand on n’a plus besoin d’y penser. Il faut donc être intentionnels et conscients pour y arriver. Chaque jour.
  • 8 des 12 habitudes sont invisibles pour les autres. C’est intérieur. C’est ce qui est à la source de nos résultats actuels! Certaines seront difficiles. On vise le progrès, pas la perfection 🙂
  • Les habitudes visibles, on les adopte surtout pour les autres.
  • On travaille donc 2 fois plus sur soi pour pouvoir aider les autres. C’est l’idée.
  • Ces 12 habitudes vous aideront à grandir et vous donneront un profond sentiment d’accomplissement.

Alors vous, quelles habitudes vous interpellent?

Quelles habitudes sont un défi pour vous?

Quelles habitudes ajouteriez-vous à cette liste?

Merci de vos commentaires! 🙂

L’école repensée

Repenser l’école. C’est le sujet de l’heure. On le voit par la quantité d’articles et de billets qui sont publiés dernièrement. Les gens sont en réflexion. On parle de changer nos édifices, nos structures organisationnelles, nos sources d’inspiration… On veut ce qu’il y a de mieux pour nous et nos élèves! Et ça m’amène à réfléchir. Il y a tellement de questions à se poser quand on se met à repenser l’école. Je vous en partage quelques-unes qui m’interpellent en ce moment et qui peuvent à mon avis nous aider à créer et à faire cette école repensée.

Quel est le point de départ de l’école repensée?

Quand on réduit l’éducation à sa forme la plus simple, on peut enlever les édifices, les directeurs, les manuels… On peut enlever bien des choses. À la fin, ce qui reste, pour qu’il y ait éducation, c’est un enseignant et un élève, en relation. L’idée de repenser l’école m’amène à essayer de voir les choses autrement. Et même quand j’essaie très fort d’imaginer un autre point de départ, je n’y arrive pas. Dans ma tête, le point de départ de l’école repensée est le même. Un enseignant et un élève, en relation.

Qu’est-ce que l’enseignement?

Quand on parle de repenser l’école, je crois que c’est davantage l’intention de cette relation qu’on veut revoir. Parce que c’est possible et nécessaire, grâce à (et non à cause de) Internet et aux technologies d’aujourd’hui. Revoir l’intention, les structures, les démarches, les cafétérias, les rôles, les espaces… Repenser ce qui se passe entre l’enseignant et l’élève. Alors, qu’est-ce que l’enseignement, dans cette école repensée? Qu’est-ce qui doit se passer dans l’école repensée pour qu’on se dise «Ah, il y a de l’enseignement là!» ? Et qu’est-ce qui doit se passer pour qu’on se dise «Ah, ça c’est de l’enseignement de haut niveau. Ça, on voudrait le voir à grande échelle.» ? Est-ce qu’il doit y avoir des stratégies à grande échelle dans l’école repensée? Après tout, on parle de personnalisation. À mon avis, tant qu’il y aura des indicateurs de réussite systémiques communs, on parlera de stratégies à grande échelle. Mais qu’est-ce que l’enseignement. On enseigne comment, quand tout le monde a Internet dans sa poche?

Une vision pour l’école repensée

J’offrais cette semaine la conférence La puissance du leadership pédagogique à mes collègues de la FEEP dans le cadre de #DSPP2017. J’essaie toujours de simplifier les choses. J’ai donc décidé de m’inspirer de visuels qui circulent depuis un certain temps pour produire un visuel qui pourrait refléter l’essentiel de l’école repensée. L’essentiel étant pour moi, la relation entre l’enseignant et l’élève et tout ce qui se passe entre les bulletins.

Le système traditionnel

Le bas de l’image reflète le système traditionnel où l’enseignant planifie son année en fonction du nombre d’unités qu’il a à «couvrir», les répartit dans le temps et mesure les élèves à la fin de chaque unité. Chaque crochet représente la note obtenue à la fin d’une unité. La moyenne de ces notes est reflétée au bulletin. La flèche en noir est bien droite parce que c’est habituellement l’enseignant qui est derrière le volant (sur le vélo, pour ceux qui ont entendu ma conférence). C’est un modèle qui a été très efficace pour transmettre des connaissances à grande échelle, pour mesurer la rétention de l’information et pour soutenir l’obéissance des élèves.

L’école repensée

Le haut de l’image présente une ligne rose qui est loin d’être bien droite. Dans un monde de compétences, c’est l’élève qui doit être derrière le volant de son apprentissage (sur le vélo). Et cela signifie qu’il aura besoin de temps, de multiples occasions d’essayer, de rétroaction, de soutien, d’une mentalité de croissance, d’un prof qui croit en lui. Flexibilité entre les bulletins. Parce qu’à court terme, si on est réaliste, il y aura encore des bulletins dans l’école repensée. «Bulletins» apparaît en jaune ici parce que je crois que les résultats des élèves seront étincelants. Pourquoi repenser l’école autrement…? Dans l’école repensée, le projet 20% devient le projet 100%. Dans ce contexte, on doit se réseauter, créer ensemble et documenter nos processus. La technologie prend tout son sens ici, dans ce nouveau modèle. Nouveau modèle flexible et personnalisé, nouveaux résultats. Je me demande, dans l’école repensée, si les élèves «en difficulté» seront les mêmes? Pensez-y.

Capture d_écran 2017-04-08 à 19.40.27

4 stratégies pour réussir dans un nouveau modèle

Présentement, je crois que le grand monde de l’éducation se promène entre le bas et le haut du visuel que je vous propose aujourd’hui. Essaie-erreur. Nous sommes en train de le vivre, ce processus qui développe notre compétence collective à dispenser cette école repensée. Une collègue cette semaine nous a dit qu’il fallait parfois essayer de nouvelles choses avant d’y croire.

Je vous propose donc 4 stratégies qui peuvent nous aider à réussir lorsqu’on essaie de nouvelles choses.

  1. Vivre ce qu’on veut enseigner : Dans le modèle traditionnel, on enseigne ce qu’on sait. Dans l’école repensée, on enseigne qui on est. On ne peut pas développer les compétences de nos élèves si nous n’avons pas ces compétences. Il faut donc vivre, développer ces compétences, peu importe comment on les nomme dans votre coin de pays. Pensez à l’image d’un entraîneur personnel dans un gym près de chez vous. Être ce qu’on enseigne.
  2. Commencer à l’enseigner : Pour aller loin, il faut simplement faire un premier pas aujourd’hui. Et en faire un de plus à tous les jours. Et s’ajuster. La puissance de l’action au quotidien.
  3. Réfléchir à ses expériences d’apprentissage et d’enseignement : On dit souvent qu’on apprend de nos expériences. Je crois qu’on apprend seulement des expériences auxquelles on prend le temps de réfléchir, d’évaluer, de tirer des leçons. La sagesse ne vient pas automatiquement avec l’âge 🙂 Prendre le temps d’analyser ce que vous apprenez (no 1) et ce que vous tentez d’enseigner (no2). On parle ici de compétences, bien sûr! Demandez de la rétroaction de vos collègues et de vos élèves! «Ça a l’air de quoi être mon collègue, être mon élève?» Intéressant!
  4. Se trouver un collègue pour vous appuyer : On ne peut pas réussir seul. Idéalement, si vous pouviez trouver un collègue qui veut cheminer avec vous ou qui est un peu plus loin dans son cheminement, ce serait génial. Comme le dirait une élève dans une vidéo, «Quand on est deux, il y a deux cerveaux»! Se soutenir les uns les autres dans nos efforts de repenser et de faire l’école autrement.

Repenser l’école. On est là, chers collègues. Et nous avons besoin de l’intelligence collective pour y arriver. Parce qu’on ne veut pas seulement la repenser, on veut la faire, cette école. C’est déjà commencé et c’est de toute beauté.

Dans quelques années, nous pourrons regarder derrière et se dire, «Wow! Te souviens-tu quand on se posait telle question? Regarde, cher collègue, l’école que nous créons (présent duratif) tous ensemble. Regarde l’école repensée, que nous vivons avec nos élèves.» Je crois qu’il n’y a pas de point d’arrivée pour l’école repensée. Ce sera un processus continu, à mon humble avis.

Il faut donc se poser les bonnes questions!

Quelles sont les questions qui vous interpellent quand vous repensez l’école dans votre tête?

Merci de les partager, on en a besoin!

Est-il temps de parler d’évaluation hybride?

Depuis plusieurs années déjà, nous parlons d’enseignement/apprentissage hybride. Des initiatives ministérielles ou systémiques existent pour faciliter cette façon de dispenser l’enseignement, soit une partie en personne et une partie en ligne. Des cours entiers et des modules d’apprentissage sont donc mis à la disposition du personnel enseignant des écoles. Les plateformes et les formats de ces ressources varient selon les conseils scolaires, les provinces et les pays. Or de plus en plus d’enseignants choisissent eux-mêmes leur plateforme infonuagique et créent eux-mêmes la démarche d’enseignement/apprentissage hybride pour, et dans certains cas, avec leurs élèves. C’est une des grandes manifestations du virage au numérique en éducation et c’est extraordinaire de voir la variété des usages techno-réfléchis sur le terrain. J’aborde la question dans ce billet. Mais où veux-tu en venir, Marius?

Je participais cette semaine à une rencontre de leadership avec la grande équipe du CECCE pour réfléchir aux différents moyens de monitorer les progrès dans la transformation de l’expérience d’apprentissage des élèves. La rencontre était animée par le docteur Chris Dede, de l’université Harvard. Il m’a fait grandement réfléchir lorsqu’il a affirmé : « Assessment must advance to support new methods of teaching and learning. » Et plus tard il disait : « Knowledge is situated in a context, not written on the blackboard. » Ce qui m’amène à entretenir l’idée de l’évaluation hybride. Vous me suivez? Continuons la réflexion ensemble.

« Assessment must advance to support new methods of teaching and learning. (…) Knowledge is situated in a context, not written on the blackboard. » Dr. Chris Dede

Des contextes authentiques d’apprentissage

Avec du recul, je crois qu’on peut affirmer que le but de l’enseignement hybride, ce n’est pas de reproduire en ligne le modèle d’enseignement traditionnel. On ne transforme pas l’expérience d’apprentissage des élèves en les invitant à s’engager en ligne dans une démarche d’apprentissage traditionnelle axée sur l’acquisition du savoir, souvent hors contexte (p. ex., des notes de cours), et sur la bonne réponse. Docteur Dede disait (et je paraphrase) que depuis toujours, le discours du monde de l’éducation ressemble à ceci : «Les contenus et matières importantes sont très difficiles à saisir dans la vraie vie. La vraie vie est complexe. Venez à l’école, nous vous enseignerons les différentes matières, une à la fois, hors contexte.» Or les contenus qu’on enseigne sont utiles seulement dans le contexte de la vraie vie, dans leur contexte d’origine. La transformation de l’expérience d’apprentissage de l’élève nous invite donc à permettre aux élèves d’apprendre dans des contextes authentiques. On souhaite qu’ils soient en immersion dans les contextes où les contenus prennent tout leur sens. À l’école, en ligne et dans la vraie vie. C’est pourquoi nous remarquons un intérêt croissant du terrain dans les espaces maker, la robotique, la réalité augmentée, la réalité virtuelle, pour ne donner que quelques exemples. Ce sont des façons de «sortir du manuel» et d’entrer dans des contextes authentiques. Alors si l’enseignement devient de plus en plus hybride, si les élèves apprennent en salle de classe mais aussi dans des espaces numériques, quel devrait être l’impact sur notre façon d’évaluer les élèves?

Enseignement hybride. Évaluation hybride?

Les élèves ne viennent plus à l’école uniquement pour du contenu. Ils viennent à l’école pour développer des compétences, pour développer qui ils sont. On le dit depuis quelques années. On le sait! Mais on évalue tout ça comment, des compétences? Pour savoir si un joueur de hockey est talentueux, on l’évalue en situation de jeu, lors d’un match. Contexte authentique. Si on veut savoir si notre enfant sait nager, on le place dans la piscine et on lui demande de nager. Contexte authentique. Si on veut savoir si nos élèves connaissent la règle des participes passés employés avec l’auxiliaire être, on leur demande de l’écrire sur un test. Hors contexte. Si on veut savoir s’ils peuvent l’appliquer, on leur demande de composer un texte. Contexte authentique. Si on veut savoir si nos élèves sont organisés, on regarde leur reliure à anneaux, leur pupitre, leur case… et dans une classe où il y a de l’apprentissage hybride, on regarde dans leur espace numérique? On vérifie si les courriels sont lus, classés? On vérifie comment leur Drive est organisé? On vérifie leur agenda? Si le contexte d’enseignement et d’apprentissage est hybride, l’évaluation (et l’enseignement explicite aussi!) doit être hybride également selon moi. Ça a du sens?

Pour développer les HH et les 6C de nos élèves, nous devons les placer dans des contextes authentiques, oui. Mais nous devons également tenir compte de leur progression tant en classe que dans le contexte du numérique. C’est donc dire que pour attribuer E, T, S ou N à chacune des HH sur la première page du bulletin (Je décris les HH et le bulletin scolaire de l’Ontario dans ce billet.), l’enseignant tiendrait compte des critères habituels mais aussi du comportement de l’élève dans le numérique. Enseignement/apprentissage hybride, évaluation hybride. C’est logique, non? Le contexte d’enseignement/apprentissage EST le contexte de l’évaluation.

Expérience d’apprentissage transformée. Évaluation transformée?

« Assessment must advance to support new methods of teaching and learning. », disait Dr Chris Dede. Regardons rapidement le modèle traditionnel. Combien d’enseignants ont déjà vécu la frustration de voir un élève manquer 30, 40 cours dans un semestre et obtenir une note finale de 70% ou plus? Moi, je l’ai vécu souvent. Particulièrement avec des élèves de 11e et de 12e année, performants dans les sports ou les comités.

Le modèle traditionnel

Le modèle traditionnel servait à transmettre des connaissances. Manquer un cours équivalait à manquer des notes. Si l’élève reprend ses notes et les comprend, il n’a rien manqué alors… Et ça explique aussi pourquoi la gestion de l’assiduité devient de plus en plus difficile dans le modèle traditionnel, selon moi. Le modèle traditionnel demandait de prendre des notes, de les mémoriser et de performer 5 à 10 fois pendant un semestre. Souvent hors contexte. Le rôle de l’enseignant ressemblait drôlement à celui d’un juge. Quand les élèves comprennent la « game » de l’école, comme le dirait mon collègue @zecool

On pourrait donc résumer le modèle traditionnel comme ceci : Apprentissage hors contexte, évaluations hors contexte, performances ponctuelles.

Le modèle transformé

Le modèle transformé place l’élève au centre de son apprentissage. Ouf! on l’entend souvent, cette expression. Ça veut dire quoi au juste? Dit simplement (il faudrait une série de billets pour m’aider à réfléchir à tout ce que ça prend mais bon), je crois que ça se produit quand l’élève s’investit dans une activité d’apprentissage (en personne ou en virtuel) qui lui demande toute son attention et un effort intellectuel soutenu, et ce , en contexte authentique. Et tant mieux s’il aime ça. Le but est qu’il développe des compétences cognitives, interpersonnelles, intrapersonnelles, numériques… La croissance, ce n’est pas ponctuel, c’est intentionnel et fait au quotidien. Dans le modèle transformé, manquer un cours, c’est comme manquer un entraînement. Ça ne se reprend pas.  Manquer un cours, c’est prendre du retard dans le développement de ses compétences. Pas la même « game », n’est-ce pas M. Cool? 🙂

«Dans le modèle transformé, manquer un cours, c’est comme manquer un entraînement. Ça ne se reprend pas. Manquer un cours, c’est prendre du retard dans le développement de ses compétences. Pas la même « game »» @bourmu

Le rôle de l’enseignant

Le modèle transformé place l’élève au centre de son apprentissage, oui, mais qu’en est-il de l’enseignant? Le rôle de l’enseignant, et c’est là la grande difficulté, est de guider tous ses élèves dans une démarche d’apprentissage. Un peu comme le ferait un entraîneur personnel. Mais comment s’y prendre pour faire ça? Pour livrer du contenu, le prof se place devant ses 30 élèves, et il livre le contenu. Pour développer les compétences de ses élèves, le prof… Pas sûr. Pas clair. Pas évident de concevoir une démarche d’enseignement/apprentissage dans un modèle que l’on n’a pas connu. Les enseignants d’éducation physique, d’arts et de technologie peuvent grandement nous aider ici je crois. Dans ce modèle, le rôle de l’enseignant est d’être un guide la plupart du temps et de documenter, avec les élèves, des preuves de réflexion, d’apprentissage, et de créer du contenu pour contribuer au monde, à la communauté. L’évaluation des progrès est quotidienne. La place de l’évaluation sommative traditionnelle, hors contexte, a de moins en moins sa place. Non? À quoi sert ou à quoi ressemble une évaluation sommative dans ce modèle transformé? J’aurais tendance à fixer des moments où l’enseignant doit prendre du recul face à la documentation pédagogique, à ses observations et conversations avec l’élève et à consigner une note ou un indicateur de progression, pour jouer son rôle de juge et bien répondre aux exigences du système, qui nous demande de mesurer la performance de nos élèves. Ce que je veux dire c’est, est-ce qu’on a encore besoin de tests hors contexte et ponctuels pour mesurer ce que l’élève peut faire un jour donné? Ou doit-on davantage attribuer une note ou un indicateur qui mesure la progression ou le niveau de compétence «habituel ou quotidien» d’un élève? Je me questionne.

On pourrait donc résumer le modèle transformé comme ceci : Apprentissage en contexte, soutien continu, progression continue, évaluations ponctuelles du processus et de la progression, établissement d’objectifs personnels. Ça ressemble drôlement à Faire croître le succès ça…

Quoi qu’il en soit, si on revoit notre démarche d’enseignement/apprentissage, on doit forcément revoir notre façon de soutenir l’apprentissage et notre façon de mesurer et d’évaluer l’apprentissage. Enseignement hybride : Évaluation hybride. Développement de compétences : rétroaction utile et soutien affectif.

À mon avis et à la lumière du message du docteur Dede cette semaine, nous devrons développer notre capacité à évaluer et à mesurer les choses qui ont de l’impact sur la transformation mais qui sont abstraites comme l’engagement, la métacognition, l’autoefficacité et le leadership. Dans la transformation de l’expérience d’apprentissage de l’élève, les choses les plus importantes sont difficiles à mesurer. Est-il temps de parler d’évaluation hybride? Je réfléchis.

Merci de vos commentaires!