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« On enseigne pour le 25%. »

Il y a quelques semaines, j’ai eu la chance de participer à l’enregistrement d’un épisode de podcast des Ingénieux pédagogiques. Si vous n’avez jamais eu l’occasion de participer à un podcast, je vous le souhaite. C’est tellement une belle expérience. Vous pouvez écouter l’épisode ici si cela vous intéresse.

On enseigne pour le 25%.

Parfois, c’est ce qui se dit avant d’appuyer sur «Enregistrer» qui nous fait réfléchir. Et c’est ce qui m’amène à écrire aujourd’hui. Je discutais avec Alexandre Audet (@profaudet) et Martin Parent (@Monsieur_Parent) avant d’enregistrer l’épisode et Alex a dit quelque chose comme : « On n’enseigne pas pour le 75% des élèves qui vont bien. On enseigne pour le 25% qui n’apprend pas toujours à la bonne vitesse. » Wow. Quelle belle observation! Lorsqu’on ose se remettre en question, lorsqu’on ose se pencher sur le 25%, on fait prendre de l’expansion à sa pédagogie. C’est avec le 25% qu’on développe de nouvelles stratégies. Toutes nos futures listes de classe sont alors mieux servies.

Le 1er bulletin, c’est NOTRE bulletin!

Le 1er bulletin de l’année arrive à grands pas. Cette activité de communication formelle sera une belle occasion de faire des constats (pas obligé d’attendre au bulletin pour faire des constats mais bon). Un collègue m’a déjà dit que le bulletin de nos élèves, c’est en fait notre bulletin. C’est le fruit de notre effet enseignant. Si 75% des élèves progressent bien présentement, pourquoi un pédagogue remettrait-il en question sa pratique? Parce qu’on enseigne pour le 25% aussi. On enseigne pour la réussite de 100% des élèves, comme je le mentionnais il y a quelques années dans ce billet : « J’ai pas juste lui dans ma classe! ». Si 25% des élèves ne progressent pas bien présentement, alors… (insérer sa culture d’école ici). Certains diront qu’on ne contrôle pas tout dans l’énigme qu’est l’apprentissage des élèves. L’élève a une grande part de responsabilité. La famille aussi. Or ce n’est pas nécessairement à cause de nous si certains élèves n’apprennent pas au rythme souhaité. Mais ça peut être grâce à nous si ça s’améliore. Le leader pense comme ça. Ce n’est pas à cause de moi, mais ça peut être grâce à moi si ça s’améliore. Alors, qu’est-ce qui se trouve à l’intérieur de notre zone de contrôle?

Une rampe pédagogique?

J’ai offert une formation en leadership et en coaching au Nouveau-Brunswick à la fin du mois de septembre. Nous étions sur le point de monter à bord de l’avion lorsqu’on nous a informés qu’il y aurait un délai de 10 minutes. Une passagère à mobilité réduite avait besoin qu’on installe une rampe d’accès (voir photo) afin de lui permettre de monter à bord de l’avion. Aucun problème. C’est la moindre des choses. Et là j’ai tout de suite fait des liens avec nos écoles. Si bien que j’ai pris une photo. Que voulez-vous, je suis fait comme ça. Tous les passagers ont emprunté la rampe pour monter à bord de l’avion. Sur les 38 passagers, une seule personne avait réellement besoin de la rampe. La rampe représente la planification d’un cours qui donne accès à l’apprentissage ou qui est adapté pour tenir compte du 25%. Ce n’est pas parce que tous les élèves y ont accès que ce n’est plus une adaptation. Pensez-y. L’idée, ce n’est pas de faire 32 planifications différentes mais de planifier de façon inclusive.

Trois + 1 questions à se poser

L’éducation, ce n’est pas un système de triage. Il nous invite à agir sur l’apprentissage de tous les élèves. Et naturellement, notre style, notre approche habituelle ne répond pas toujours aux besoins des enfants qui nous sont confiés. Je ne connais pas le pourcentage d’élèves qui progressent moins bien dans votre classe présentement mais vous, vous le savez. Je vous invite à célébrer le fait que plusieurs élèves progressent bien présentement grâce à vos stratégies actuelles. On parle de reconnaissance en éducation. Il faut reconnaître que vous avez un effet enseignant. Tout passe par là. Or le point de départ en développement professionnel, le point de départ pour améliorer son effet enseignant, c’est d’accepter de SE questionner à l’occasion. Pas parce qu’on n’est pas assez bon mais parce qu’on peut être encore meilleur comme dirait Dylan Wiliam (@dylanwiliam). Voici donc trois questions à se poser (pourquoi attendre après le bulletin?) pour faire prendre de l’expansion à sa pratique :

  1. Si seulement les élèves qui réussissent moins bien revenaient dans ma classe, qu’est-ce qui changerait dans le design de mes leçons?
  2. Si on permettait aussi aux élèves qui réussissent bien de revenir dans ma classe, profiteraient-ils aussi du nouveau design de mes leçons?
  3. Qu’est-ce qui m’empêche de commencer à créer une rampe pédagogique pour mes élèves?

On enseigne pour le 25%, les amis.

Une question pour l’équipe-école : Si on continue à faire ce que qu’on fait présentement, quelles sont les chances de réussite du __% d’élèves qui réussissent moins bien jusqu’à présent?

1, 2, 3… GO!

Merci de vos commentaires 🙂

 

31 Oct, 2022

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Commentaires

2 Commentaires

  1. André Savard

    J’aime beaucoup Marius l’idée de la rampe pédagogique. Elle enlève absolument rien aux élèves qui réussissent bien. Au contraire, elle leur permet de jeter un nouveau regard sur notre monde, celui de prendre conscience que dans notre société il y a toute sorte de personne qui n’ont pas moins de richesses à offrir. L’objectif est simple, estomper les différences, favoriser l’inclusivité et voir la différence comme une richesse et non une contrainte. On parle beaucoup du concept de dénormalisation ces derniers temps. En clair cela signifie que les « adaptations », peut importe à quoi elles peuvent ressembler, ne doivent plus être au centre de ce que nous voyons, mais tout simplement des ponts qui nous permettent de se voir les uns les autres comme des humains à part entière qui peuvent contribuer au mieux être de notre société.

    Réponse
    • Marius

      Merci de ton commentaire André. J’aime bien ton choix de mots : estomper les différences, favoriser l’inclusivité, voir la différence comme une richesse et non une contrainte, les « adaptations » sont des ponts… Yes. À bientôt 🙂

      Réponse

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