Tac2015 – Mon top 10

À titre de leader pédagogique de l’équipe TacTIC, j’ai eu la chance de participer à l’organisation de Tac2015 – Oser innover, qui a eu lieu les 8, 9 et 10 décembre 2015 au Courtyard Marriott à Toronto. Tac2015 était une conférence provinciale pour les 70 écoles et 12 conseils scolaires francophones de l’Ontario accompagnés par notre équipe cette année. Nous avons accueilli près de 270 personnes!

Le but de la conférence était d’offrir aux participants une occasion de se rencontrer, d’élargir leur réseau d’apprentissage personnel et de participer à une variété d’ateliers en lien avec l’enseignement et l’apprentissage à l’ère numérique, dans une perspective d’innovation. Les participants ont également assisté  à une conférence d’Yves Amyot portant sur la créativité, à une conférence de Luc Dupont portant sur la gestion de l’image de marque des écoles et à un forum d’experts animé par Thierry Karsenti. L’ensemble de la conférence était animé par le groupe Improtéine, une fierté pour les Franco-Ontariens.

Au cours de la conférence, j’ai eu l’occasion de converser avec plusieurs passionnés de l’éducation. Quelle expérience d’apprentissage exceptionnelle!

Comme dirait @gcouros, « La personne la plus intelligente dans la pièce, c’est la pièce. » (traduction libre)

Voici le top 10 de ce que je retiens de Tac2015 :

1. Oser innover

Le thème de la conférence se voulait une invitation à passer à l’action. En effet, pour espérer apporter les changements qui s’imposent en éducation, les principaux acteurs à tous les échelons doivent oser innover. Oser innover, c’est oser attirer les regards des autres, c’est oser se tromper, oser proposer des idées qui dérangent le statut quo, oser se dépasser, oser remettre en question sa propre pratique. Oser innover, c’est accepter d’être leader, d’être un agent de changement.

2. Des êtres de relation

En accueillant les divers participants en début de soirée le 8 décembre, j’étais épaté par l’énergie et le momemtum que suscitait cette occasion de rencontre et d’apprentissage. Les gens rencontraient des collègues qu’ils n’avaient pas vus depuis un certain temps et partagaient des anecdotes de leur école, expliquaient le trajet qu’ils venaient de parcourir pour se rendre à Toronto, des projets de leur école etc. En observant les diverses conversations qui avaient lieu tout autour de moi, je ne pouvais m’empêcher de faire le lien avec nos salles de classe. Nous avons une profession humaine, nous sommes, comme nos élèves, des êtres de relation. Aucune application ne viendra remplacer cela. Au coeur de la salle de classe la plus transformée qui soit se trouve un enseignant ou une enseignante, en relation avec ses élèves. Ça, ça ne changera jamais selon moi.

3. Zone proximale d’innovation

L’innovation est le thème de l’heure en éducation. George Couros a publié récemment The Innovator’s Mindset, une ressource incontournable à mon avis pour les leaders de nos écoles. Dans son oeuvre, il s’inspire de la zone proximale de développement de Vygotski et parle d’une zone proximale d’innovation. Dans son discours d’ouverture, Céline Drouin a présenté un visuel inspiré de l’oeuvre de George Couros. Elle y présente les comportements et attitudes à adopter pour réussir à innover en éducation. Voici un sketchnote de Marie-Andrée Ouimet, qui illustre bien ces propos.

ZPI

4. Pédagogie rhizomatique

Lors de sa conférence d’ouverture, Yves Amyot a invité les gens à recourir à une pédagogie rhizomatique. Ce que j’en retiens c’est que lorsque l’on réunit des composantes ou des stratégies qui ne vont pas naturellement ensemble, ça peut donner des résultats intéressants. M. Amyot nous a présenté divers projets qui faisaient appel à des éléments sonores. Voici un sketchnote de Joël Charlebois et un sketchnote de Marie-Andrée Ouimet qui résument bien la conférence d’ouverture.

Sketchnote JC conf ouverture.jpegSketchnote conférence d'ouverture MAO.jpeg

5. La culture franco-ontarienne

Le groupe Improtéine a grandement contribué au succès de la conférence à mon avis. Leur présence m’a fait constater à quel point nous avons une culture bien à nous, nous qui sommes des Franco-Ontariens. Rires, chansons, improvisation, dérision, animation, sketchs, défis etc. étaient au rendez-vous. Merci à Improtéine de nous avoir installés dans le moment présent, d’avoir fait des liens entre les jours, entre les ateliers dans un contexte humoristique. Il y a plusieurs liens à faire avec le climat scolaire positif! Voici un extrait vidéo (Il faut cliquer sur l’image. Merci à Roxanne et Tiffany!)

6. L’apprentissage personnalisé

Une grande variété d’ateliers ont été offerts aux participants. En tout, 50 ateliers en 5 blocs. Ces ateliers ont été préparés par des gens qui sont sur le terrain et qui connaissent bien leur clientèle. À la lumière des commentaires que j’ai reçus jusqu’à présent, je crois que le format (ateliers au choix) et le contenu des ateliers a permis un apprentissage plus personnalisé et axé sur les besoins des participants. Je crois que c’est ce qu’on tente de faire dans nos salles de classe actuellement. Comment donc offrir une expérience scolaire personnalisée à nos élèves? Un bon point de départ est de faire une place à la voix de l’élève, à mon avis.

7. Twitter et l’apprentissage professionnel

Dès l’arrivée des participants, le mot-clic de la conférence (#tac2015dec storify) était très actif. On y retrouvait plusieurs messages et photos. Twitter a été utilisé dans quelques ateliers également. Je crois que les gens sont de plus en plus conscients que Twitter permet de se réseauter et d’apprendre quand on veut. Comme je le mentionnais dans le cadre de l’atelier pour directions que j’ai offert avec mon collègue Joël McLean, Twitter a contribué à environ 85% de mes apprentissages au cours des 5 dernières années. L’apprentissage professionnel, contrairement au développement professionnel, c’est stimulant et motivant. Je ne pourrais plus m’en passer. Je souhaite la même expérience à mes collègues et je vais continuer de les appuyer en ce sens. Le changement en éducation, ça passe beaucoup par les directions d’école et nous ne pouvons pas le faire seuls, en silos.

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8. Google et l’image de marque de votre école

Luc Dupont m’a complètement estomaqué. Sa conférence sur la gestion de l’image de marque de nos écoles était personnalisée, humoristique, claire, appuyée, détaillée et combien pertinente pour nous! En gros, il faut comprendre que Google est l’engin de recherche de choix présentement. Si on veut que les gens trouvent les bonnes informations au sujet de notre école, il faut comprendre comment Google choisit quels sites ou informations apparaissent en premier dans les résultats de recherche. Il faut également comprendre comment lier efficacement ensemble nos différentes plateformes numériques / médias sociaux. Voici deux magnifiques sketchnotes de Marie-Andrée Ouimet et Joël Charlebois.

Luc Dupont MAO.jpgLuc Dupont JC.jpg

9. Mindset

Pendant le forum, les membres du panel ont partagé plusieurs réflexions intéressantes. On a fait un parallèle entre une salle de classe du préparatoire et la salle de classe à l’ère numérique que nous voulons créer à tous les niveaux. Bianca Girard nous parlait de l’importance de l’initiative, de la collaboration et de l’autonomie en salle de classe. Yves Mainville a partagé une réflexion très intéressante également que je paraphrase. Montre-moi une équipe passionnée et engagée dans une cause commune et je vais te montrer une équipe qui saura relever n’importe quel défi. Somme toute, je retiens du panel que le mindset requis pour mener le changement dans nos écoles est probablement l’ingrédient le plus important. George Couros a produit un sketchnote à ce sujet. Le voici.

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10. APA

Avant, Pendant, Après. APA. Avant la conférence, nous avons invité les participants à se fixer un objectif d’apprentissage personnel, une intention de participation. Comme le mentionnait mon collègue Rodrigue St-Jean dans un tweet, la conférence (pendant) étant terminée, il importe de se donner un défi à relever dès lundi matin (après). Quelles actions concrètes allons-nous poser suite à nos apprentissages? Ce n’est pas ce qu’on sait qui est important, c’est ce qu’on fait avec ce qu’on sait qui importe. Et comme je le mentionnais lors de mon atelier, ce n’est pas parce que la conférence est terminée qu’il faut arrêter d’apprendre. Je vous relance donc l’invitation à participer à notre premier #TacEdChat, ce mercredi 16 décembre à 20 h. Ce chat sera animé par moi-même (@bourmu) et par Joël McLean (@jprofNB). Au plaisir!

 

Et vous, quel est votre top 10? Qu’ajouteriez-vous à cette liste?

Bon succès dans vos prochaines étapes!

Merci aux artistes qui ont partagé leurs sketchnotes!

 

Et si les fruits de la régulation externe n’étaient pas si beaux…

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Poussent poussent poussent, les beaux beaux légumes!

Je faisais l’épicerie avec mes enfants récemment et je leur expliquais que les fruits et légumes au supermarché sont pas mal tous pareils parce que les consommateurs «mangent avec leurs yeux». Les gens aiment acheter des fruits et légumes qui sont beaux. «Mais comment ils font les fermiers pour faire des fruits et légumes identiques, papa?» Et là ça m’a frappé. Bien sûr, et je ne vous apprends rien, on utilise des produits chimiques (régulation externe) ainsi que des connaissances avancées au sujet du climat requis pour que chaque fruit et légume atteigne son plein potentiel esthétiquement. C’est la cible, non? Ils doivent être beaux. Le goût, les effets sur la santé, ça c’est autre chose.

Mais ça m’a fait réfléchir au grand monde de l’éducation. Quelle est la cible pour nos élèves? Qu’ils soient beaux? Bien sûr que non. Qu’ils performent bien en littératie et en numératie? Oh que si! Mais qu’en est-il de leur plein potentiel et des exigences de l’ère numérique? Apprendre à apprendre. S’adapter. S’auto-réguler. Développer les talents…

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Tous les élèves ne sont pas conçus pour devenir des 2×4

Tous nos élèves ne sont pas destinés à devenir des êtres identiques, comme le disait si bien Sugata Mitra dans une de ses plus récentes vidéos. Mais malheureusement, notre système d’éducation est présentement conçu pour prendre les jeunes et à graduellement les faire entrer dans le moule qui, faut-il le préciser, amènera à force d’initiatives et de stratégies un haut pourcentage d’élèves à de «hauts niveaux de rendement». Dans le moule. Le non-dit ici est que ce moule mène au désengagement autant des élèves que des enseignants puisqu’il n’accorde que très peu de place à l’auto-régulation. Ironiquement, l’avènement du testing est sensé nous aider à valoriser la profession enseignante en démontrant son efficacité et son impact sur l’apprentissage des élèves.

Sir Ken Robinson aborde les défis du système de l’éducation dans sa plus récente vidéo, How to escape education’s death valley. Il affirme que notre système doit passer de l’autorité et du contrôle, à la gestion du climat. Il prétend que les êtres humains s’épanouissent lorsque ces trois conditions sont respectées :

1. Respect et promotion de la diversité

2. Promotion et stimulation de la curiosité

3. Promotion et stimulation de la créativité

Et comme Sir Ken nous le rappelle, nous ne pouvons pas y arriver à force de régulation externe. L’enseignement n’est pas quelque chose qu’on peut dispenser systématiquement. L’apprentissage, lui, doit être systématique et s’appuyer systématiquement sur la capacité des gens à s’auto-réguler. L’enseignement est un art qui fait appel à la créativité, à la curiosité et à la diversité. Pour y arriver, notre système d’éducation doit passer de l’autorité et du contrôle, à la gestion du climat. En effet, les administrateurs envers les enseignants et les enseignants envers les élèves, créons les conditions qui permettront aux humains de s’épanouir, de s’auto-réguler dans notre système.

Le défi : si on s’en remet à la gestion du climat, on perdra le contrôle et la conformité, et, enfin, administrateurs, enseignants et élèves pourront s’auto-réguler. C’est quoi le problème? Les fruits de notre système actuel sont-ils si beaux qu’on ne peut imaginer mieux? J’espère que non.

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Death valley avant la pluie. Illustre bien comment plusieurs se sentent dans le système actuel.
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Death valley après la pluie. Illustre ce que les bonnes conditions dans notre système pourraient nous amener. Combien de talents dorment en attendant?